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« Le citoyen Buonaparte, capitaine instruit. »...

Napoléon Bonaparte en l’an II : Du « Capitole à la roche tarpénne. »

samedi 22 mai 2021


Bruno DECRIEM nous fait connaître le changement des jugements contemporains sur Napoléon.

« Le citoyen Buonaparte, capitaine instruit. » (Saliceti, 26 septembre 1793) [1]
C’est quasiment par hasard que le représentant à l’armée d’Italie, Saliceti, croise le capitaine d’artillerie Buonaparte. Grâce à son action La Seyne bloquée par les Anglais est libérée. Il place judicieusement ses batteries « pour écarter tout à fait les vaisseaux de cette partie de la rade. » [2]
La canonnade est terrible : plus de douze mille coups de canons sont tirés en une seule journée ! « Il y réussit parfaitement malgré le feu terrible de toute l’escadre. » [3] L’objectif principal de l’armée républicaine, c’est la délivrance de Toulon tenue par les Anglais. Le 22 octobre 1793, Bonaparte réclame aux représentants de la poudre en abondance. « Il nous en faut pour le siège de Toulon. » [4] Gasparin et Saliceti relaient cette demande fondamentale auprès du comité de Salut public.
En frimaire an II, Saliceti annonce la victoire républicaine devant Toulon : « La bravoure des soldats de la République l’a décidée du côté de la cause de la justice et de la raison. » [5] Il cite la conduite distinguée de Bonaparte. En pluviôse, Saliceti élabore des descentes contre les bateaux anglais mouillés en rade d’Hyères, plan concerté notamment avec Bonaparte.
Le 11 pluviôse-30 janvier 1794, le citoyen Buonaparte est « nommé au grade de général de brigade » [6] par le Conseil exécutif provisoire. C’est la consécration !

« Le citoyen Bonaparte, général, d’un mérite transcendant. » (Augustin à Maximilien Robespierre, 16 germinal-5 avril 1794.) [7]
Augustin Robespierre, en mission à l’Armée d’Italie, le signale comme étant l’un des meilleurs patriotes, un corse « qui a résisté aux caresses de Paoli » [8], qui offre la « garantie d’un homme de cette nation. » [9] Saliceti l’envoie à Nice afin de préparer une expédition vers le Piémont et le Milanais. Auparavant, rendant compte de la situation de la côte et des défenses de Marseille, il se heurta à un refus ferme de Maignet, présent à Marseille en pluviôse et ventôse. « Quant au citoyen Bonaparte, c’était pour la première fois que je le voyais, sa demande me surprit. […] Au reste, il est parfaitement connu de Saliceti. » [10] Bonaparte, protégé des Robespierre ? Peut-être, mais surtout de Saliceti qui « l’a découvert » d’ailleurs ! Devenu indispensable sur les côtes méditerranéennes, il ne rejoindra pas Paris, mais Nice, où une mission délicate l’attendait, pour Gênes, en Italie où régnait une « grande fermentation. »

« Nous avons mis le général Bonaparte en état d’arrestation. » (Albitte et Saliceti au Comité de Salut public, 25 thermidor-12 août 1794.)  [11]
Après la chute des Robespierre, Saliceti chercha à tout prix à se désolidariser d’eux en chargeant son collègue Ricord et Bonaparte. « Buonaparte était leur homme, leur faiseur de plans, auxquels il nous fallait obéir. » [12] Sa mission secrète à Gênes sert de prétexte : « Tous nos soupçons se fixent sur sa tête. » [13] Il serait complice des « intrigues des infâmes Robespierre. » [14] Du 25 thermidor au 7 fructidor an II, durant 12 jours, Bonaparte est aux arrêts. « On examine ses papiers. » [15] Un successeur est nommé. Pourtant Albitte et Saliceti doivent se rendre rapidement à l’évidence : « Nous nous sommes convaincus de l’utilité dont nous peuvent être les talents de ce militaire qui, nous ne pouvons le nier, deviennent très nécessaires dans une armée dont il a mieux que personne la connaissance. » [16] En effet, l’armée d’Italie est en position critique et Bonaparte est l’homme de la situation par « l’usage de ses connaissances et son dévouement à la chose publique. » [17] Dans cette lettre des représentants en mission au Comité de Salut public la conclusion était donc évidente : « Nous l’avons remis en liberté » [18] afin de « rentrer dans un emploi, qu’au demeurant il est très capable de remplir avec succès. » [19] Bonaparte sauveur de l’armée d’Italie ? L’ascension militaire de Napoléon pouvait débuter ! Arcole n’était pas loin !

Sources :

Alphonse Aulard, Recueil des actes du Comité de Salut public, avec le correspondance officielle des représentants en mission et le registre du Conseil exécutif provisoire, Paris, Imprimerie Nationale, 1889-1999, 28 vol. + 4 vol. supp. + 4 vol. d’index. Indiqués ainsi : RACSP.
Tomes VII, IX, X, XI, XII, XV et XVI.

Bruno DECRIEM, Vice-Président de l’ARBR (2021)

[1RACSP, VII-79 Saliceti au CSP, 26 septembre 1793.

[2Ibid.

[3Ibid.

[4RACSP, VII-596-597 Lettre de Bonaparte aux représentants, 22 octobre 1793.

[5RACSP, IX-74 Saliceti au CSP, 10 frimaire an II- 30 novembre 1793.

[6RACSP, X-539 Conseil exécutif provisoire, 11 pluviôse an II-30 janvier 1794.

[7RACSP, XII-421 Lettre d’Augustin à Maximilien Robespierre et Œuvres complètes de Maximilien Robespierre, correspondance de Maximilien et Augustin Robespierre, tome III, Société des études robespierristes, 2011, I-271-274.

[8Ibid.

[9Ibid.

[10RACSP, XI-547 Maignet au CSP, 14 ventôse an II-4 mars 1794.

[11RACSP, XVI-65 Albitte et Saliceti au CSP, 25 thermidor an II-12 août 1794.

[12RACSP-XV-717 Albitte, Saliceti et Laporte au CSP, 19 thermidor an II- 6 août 1794.

[13Ibid.

[14RACSP, XVI-65 Albitte et Saliceti au CSP, 25 thermidor an II-12 août 1794.

[15Ibid.

[16RACSP, XVI-328 Albitte et Saliceti au CSP, 7 fructidor an II- 24 août 1794.

[17Ibid.

[18Ibid.

[19Ibid.