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Une lettre inédite d’Augustin Robespierre

adressée au Comité de Sureveillance d’Arras.

jeudi 13 février 2014

Une lettre inédite d’Augustin Robespierre (I)

Cette lettre ne figure, ni dans le tome III des « Œuvres de Robespierre » consacrées à sa correspondance, ni dans le tome XI récemment publié. On en trouve cependant quelques extraits dans le livre qu’Alexandre Cousin vient de consacrer à Augustin Robespierre et Philippe Lebas (2).

Datée d’avril 93 elle est adressée au Comité de Surveillance d’Arras (3)
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paris 22-avril 93-1’an 2. Rep.

Républicains

Vous venez de me donner une preuve non équivoque de votre estime, en m’instruisant de votre active surveillance ; je ne négligerai rien pour accélérer les progrès de vos opérations révolutionnaires. Je m’engage par devoir et par reconnaissance à vous écrire au moins une fois la semaine. Je suis convaincu que notre correspondance pourra servir la chose publique, et que les traîtres à la patrie ayant une communication rapide entre eux, il est nécessaire que les bons citoyens ne soient point isolés et qu’ils présentent une masse de lumières et de forces capables d’intimider et d’anéantir les ennemis de la république. La patrie en danger relève le courage des hommes libres, l’aveugle rage des royalistes et de fanatiques s’éteindra bientôt et nos efforts communs purgeront la terre de la liberté, de tous ceux qui n’ont point assez de vertus pour l’habiter.

J’ignore en ce moment quels sont les pouvoirs du patriote Brune (4), je désirerai qu’ils fussent assez étendus pour opérer tout le bien qu’il désire. C’est un excellent républicain qui a rendu des services dans la révolution, et qui, je crois, est toujours dans les mêmes dispositions. Je m’informerai de la latitude et de la nature de ses pouvoirs et je vous instruirai sur le champ.

Paris est toujours calme et fier, malgré les moyens employés pour exciter (ou inciter) des mouvements désordonnés dans cette immortelle cité. Les Parisiens éclairés sur les intrigues qui nous environnent dénoncent les traîtres et comme ces conspirateurs sont puissants ils emploient tous les moyens pour détourner les yeux de dessus leurs crimes et leurs conspirations, pour n’occuper la nation que de prétendues conjurations des Jacobins et de la commune de Paris, mais les Jacobins et la commune de Paris sont les amis de la république

C’est leur crime aux yeux des royalistes. La société des Jacobins est incorruptible par sa nature. Elle délibère en pré­sence de quatre mille personnes, elle ne peut donc trahir les intérêts du peuple puisque la seule puissance est dans l’opinion du peuple. Lisez ce que j’ai dit à la tribune de la Convention (5) samedi denier, si le moniteur l’a rendue exactement et vous aurez une idée des ennemis que nous avons à combattre.

Robespierre Jeune"

1-Archives départementales du Pas-de-Calais, cote : 4L/2

2- COUSIN Alexandre : Deux météores dans la Révolution française : Augustin Robespierre, Philippe Lebas (Edition : Bérénice).

3-Le 21 mars 1793 la Convention décréta que chaque commune désignerait un Comité de surveillance de douze membres char­gés d’établir la liste des étrangers se trouvant sur le territoire et, par la suite, de dresser la liste des suspects (et le cas échéant de les arrêter), puis de faire appliquer les lois révolutionnaires et les mesures de sûreté générale. Dotés de pouvoirs étendus, (ce qui n ’alla pas sans certains abus) on les dénomma aussi Comités révolutionnaires.

4-Alors adjudant-général, à l’Etat-major de l’armée du Nord, le futur maréchal d’Empire Brune a écrit au Comité de surveillance d’Arras pour demander la libération de hussards alors détenus, dit-il par erreur. Il ne semble pas qu ’il ait été aussi républicain que le pense alors Augustin car il sera bientôt proscrit par le Comité de salut public.

5-Le même jour Augustin écrit à son ami Buissart, avocat à Arras, une lettre où il parle du succès que lui a valu un discours à la Convention en faveur de la Commune de Paris violemment prise à parti par les députés girondins. La trahison de Dumouriez commandant en chef de l’armée du Nord passé à l’ennemi quelques jours plus tôt (le 5 avril 93) a encore exacerbé les tensions entre Girondins et Montagnards.