menu

Accueil > Connaître Robespierre > Robespierre et ses contemporains > Simonne Evrard une citoyenne engagée dans la Révolution.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Simonne Evrard une citoyenne engagée dans la Révolution.

Un article de Stéfania Di Pascale

vendredi 30 octobre 2020

En français

Simonne Evrard une citoyenne engagée dans la Révolution.

Simonne Evrard [1], Madame Marat, fut la compagne et l’épouse du révolutionnaire Jean-Paul Marat dit L’Ami du Peuple.

(Madame Marat, collection Chévremont – Musée Carnavalet)

Elle est née à Tournus, en Bourgogne, une petite ville baignée par le fleuve Saône, le 6 février 1764. Simonne était la fille aînée de second lit de Nicolas Evrard, exerçant la de profession charpentier de marine et de Catherine Large qui possédait un petit bois à 5 km de Tournus. Elle devient orpheline à l’âge de douze ans et s’occupe de ses trois sœurs (Philiberte, Catherine – la sœur qui sera à côté d’elle lors de la révolution – et Etiennette).

En 1790 elle tombe amoureuse de Marat qu’elle a rencontré grâce à son beau-frère Jean-Antoine Corne, époux de Catherine, qui travaillait comme imprimeur au Journal de Marat.

C’est chez les sœurs Evrard que Marat trouve alors soutien et secours. Simonne prendra soin de lui et sera aussi sa plus grande collaboratrice.

Cette femme a subi des grandes injustices de la société et de l’Histoire qui la méconnaît. Je vais en faire l’objet d’une petite réflexion.

Pourquoi Simonne Evrard est si oubliée par la France ?

En France et dans le monde s’est développée une conception totalement erronée concernant la vie et l’action politique de Madame Marat. Sans doute, on peut en attribuer la raison aux légendes noires crées par les thermidoriens et par les régimes monarchistes qui ont voulu traiter en ridicule la figure de cette grande femme de notre histoire, laissant ignorer du grand public le rôle essentiel qu’elle joua auprès de son époux L’Ami du Peuple. Ainsi, analysant la reconstitution de la scène de la mort de Marat au Musée Grévin de Paris, les historiens qui ont étudié cette figure, concluent : « Le musée Grévin a transformé cette belle femme en une terrible tricoteuse ».

Simonne a subi une vraie métamorphose dans le cours de l’Histoire. Ses détracteurs, surtout ceux de la fin du XIXe siècle la décrivent comme une bonne, une vendeuse de volupté, une tricoteuse vulgaire qui était au service de l’hygiène de Marat.

Mais en vérité, comment était la vraie Simonne Evrard ?

Ses contemporains la décrivent comme une femme très belle et très élégante, ayant l’aspect d’une aristocrate. Elle soignait beaucoup ses vêtements, ses broderies, ses chapeaux, ses plumes, etc.

Mais au-delà de sa physionomie, Simonne fut fort engagée dans la cause de la liberté. Cette jeune femme âgée de 28 ans a financé le journal de Marat L’Ami du Peuple en 1792. Sans son aide financière et son soutien quotidien, Marat n’aurait peut-être pas été plus le grand acclamé parisien ? Qui le sait ?

Toujours à ses côtés pour les soins domestiques, elle a aussi aidé son époux à l’écriture du journal travaillant avec lui, jour et nuit.

Madame fréquentait avec beaucoup d’assiduité les séances du Club des Cordeliers et elle a continué d’y participer après la mort de Marat.

C’est toujours elle qui soignait Jean-Paul et le cachait en cave en cave pour éviter qu’il soit assassiné par les mouchards et les soldats du Général Lafayette et de Necker.

Après l’assassinat de Marat, accablée par la douleur, elle eut le courage de monter à la Tribune de la Convention Nationale et de dénoncer les calomniateurs du Martyr de la liberté.

Simonne Evrard est surtout connue de ses contemporains par l’apparition qu’elle fit, le 8 août 1793, à la tribune de la Convention nationale, où elle fut introduite par Robespierre en personne. Il faut noter qu’à ce moment, le titre de veuve ne lui est contesté par personne, alors qu’au sein même de l’Assemblée, les ennemis de Marat sont nombreux.

Voici le discours de Simonne Evrard :

« Je ne viens point vous demander les faveurs que la cupidité convoite ou que réclame l’indigence. La veuve de Marat n’a besoin que d’un tombeau. Avant d’arriver à ce terme heureux des tourments de ma vie, je viens vous demander justice des attentats nouveaux commis contre la mémoire du plus intrépide et du plus outragé des défenseurs du peuple. Ces monstres, combien d’or ils ont prodigué ! Combien de libellistes hypocrites ils ont stipendié pour couvrir son nom d’opprobre ! Avec quel horrible acharnement ils se sont efforcés de lui donner une existence politique colossale et une célébrité hideuse, dans la seule vue de déshonorer la cause du peuple, qu’il a fidèlement défendue ; aujourd’hui tout couverts de son sang, ils le poursuivent jusqu’au sein du tombeau ; chaque jour, ils osent encore assassiner sa mémoire, ils s’efforcent à l’envi de peindre sous les traits d’une héroïne intéressante le monstre qui plongea dans son sein le fer parricide. On voit jusque dans cette enceinte les plus lâches de tous les folliculaires, les Carra, les Ducos, les Dulaure, la vanter sans pudeur dans leurs pamphlets périodiques, pour encourager ses pareilles à égorger le reste des défenseurs de la liberté. Je ne parle point de ce vil Pétion qui, à Caen, dans l’assemblée de ses complices, osa dire à cette occasion que l’assassinat était une vertu. Tantôt la scélérate perfidie des conspirateurs, feignant de rendre hommage à ses vertus civiques, multiplie à grands frais d’infâmes gravures, où l’exécrable assassin est présenté sous des traits favorables, et le martyr de la patrie défiguré par les plus horribles convulsions. Mais voici la plus perfide de leurs manœuvres : ils ont soudoyé des écrivains scélérats qui usurpent impudemment son nom et défigurent ses principes, pour éterniser l’empire de la calomnie dont il fut la victime ! Les lâches ! ils flattent d’abord la douleur du peuple par son éloge, ils tracent quelques peintures vraies des maux de la patrie, ils dénoncent quelques traîtres voués à son mépris ; ils parlent le langage du patriotisme et de la morale, afin que le peuple croie encore entendre Marat ; mais ce n’est que pour diffamer ensuite les plus zélés défenseurs qu’il ait conservés ; c’est pour prêcher, au nom de Marat, des maximes extravagantes que ses ennemis lui ont prêtées, et que toute sa conduite désavoue.

Je vous dénonce en particulier deux hommes, Jacques Roux et le nommé Leclerc, qui prétendent continuer ses feuilles patriotiques et faire parler son ombre pour outrager sa mémoire et tromper le peuple ; c’est là qu’après avoir débité des lieux communs révolutionnaires, on dit au peuple qu’il doit proscrire toute espèce de gouvernement ; c’est là qu’on ordonne en son nom d’ensanglanter la journée du 10 août, parce que de son âme sensible, déchirée par le spectacle des crimes de la tyrannie et des malheurs de l’humanité, sont sortis quelquefois de justes anathèmes contre les sangsues publiques et contre les oppresseurs du peuple ; ils cherchent à perpétuer après sa mort la calomnie parricide qui le persécutait et le présentait comme un apôtre insensé du désordre et de l’anarchie. Et qui sont ces hommes qui prétendent le remplacer ? C’est un prêtre qui, le lendemain même du jour où les députés fidèles triomphèrent de leurs lâches ennemis, vint insulter la Convention nationale par une adresse perfide et séditieuse ; c’est un autre homme non moins pervers, associé aux fureurs mercenaires de cet imposteur. Ce qui est bien remarquable, c’est que ces deux hommes sont les mêmes qui ont été dénoncés par lui, peu de jours avant sa mort, au Club des Cordeliers, comme des gens stipendiés par nos ennemis pour troubler la tranquillité publique et qui, dans la même séance, furent chassés solennellement du sein de cette société populaire.

Quel est le but de la faction perfide qui continue ces trames criminelles ? C’est d’avilir le peuple qui rend des hommages à la mémoire de celui qui mourut pour sa cause, c’est de diffamer tous les amis de la patrie, qu’elle a désignés sous le nom de Maratistes ; c’est de tromper peut-être tous les Français de toute la république qui se rassemblent pour la réunion du 10 août, en leur présentant leurs écrits perfides dont je parle comme la doctrine du représentant du peuple qu’ils ont égorgé ; c’est peut-être de troubler ces jours solennels par quelque catastrophe funeste. Dieux ! quelle serait donc la destinée du peuple ».

On peut y découvrir toute le charisme et l’intelligence de cette femme et combien elle était présente en politique et dans la vie de Marat.

Simonne Evrard a continué d’utiliser l’imprimerie de L’Ami du Peuple après la mort de son compagnon, et réussi à publier le premier volume de ses Œuvres Politiques, un projet qu’elle avait conçu avec son ami avant le terrible assassinat.

Après la chute de Robespierre, elle fut arrêtée en même temps que sa belle-sœur Albertine et enfermée à la prison de Sainte-Pélagie.

Simonne Evrard et Albertine [2], la sœur de Marat ont lutté toute leur existence pour défendre la mémoire de L’Ami du Peuple et à préserver les nombreux travaux qu’il avait produit de son vivant, et si aujourd’hui on peut lire et connaître la vérité sur ce grand homme, c’est grâce à l’action de ces deux citoyennes intrépides qui ont subi jusqu’à la mort les vexations de la police de Louis XVIII et Charles X.

Madame Marat mourut le 24 février 1824 à l’âge de 60 ans à cause d’une chute dans les escaliers. L’héritage du révolutionnaire revient en totalité à sa sœur Albertine, décédée à l’âge de 81 ans le 31 octobre 1841. Elle fut contactée voire courtisée par des étudiants, des médecins, Raspail et le Colonel Mourin dans le but d’acheter des écrits de L’Ami du Peuple.

Pourquoi alors ne parler pas de ces femmes si belles et courageuses ?

In English

Simonne Evrard : an active citizen in the Revolution.

Simonne Evrard1, Madame Marat, was the partner and wife of the revolutionary Jean-Paul Marat, who was known as The People’s Friend.

(Madame Marat, collection Chévremont – Musée Carnavalet)

She was born in Tournus, in Burgundy, a small town watered by the river Saône, on 6 February 1764. Simonne was the eldest daughter of Nicolas Evrard, a ship’s carpenter by trade, and his second wife Catherine Large, who owned a small woodland 5 km from Tournus. She was orphaned at the age of 12 and took care of her three sisters (Philiberte, Catherine – who was to be at her side throughout the Revolution – and Etiennette).

In 1790 she fell in love with Marat, whom she had met through her brother-in-law Jean-Antoine Corne, Catherine’s husband, who worked as a printer on Marat’s newspaper.

It was with the Evrard sisters that Marat then found support and help. Simonne would care for him and also be his greatest collaborator.

This woman has suffered great injustices from society and from History, which has ignored her. I am going to reflect on this a little.

Why is Simonne Evrard so forgotten by France ?

In France and worldwide there has developed a completely erroneous conception of the life and political activity of Madame Marat. Undoubtedly, the reason can be attributed to the ‘black legends’ created by the Thermidorians and monarchists régimes that sought to ridicule the figure of this great woman of our history, leaving the general public ignorant of the essential rôle she played alongside her husband, The People’s Friend. So, analysing the reconstruction of the scene of Marat’s death at the Musée Grévin waxworks museum in Paris, the historians who have studied this figure concluded : « The Musée Grévin turned this beautiful woman into a dreadful ‘tricoteuse’ ».

Simonne underwent a real metamorphosis in the course of History. Her detractors, above all those at the end of 19C, described her as a house-maid, a prostitute, or a common ‘tricoteuse’ who attended to Marat’s hygiene.

But what was the real Simonne Evrard really like ?

Contemporaries described her as a very beautiful and elegant woman, looking like an aristocrat. She took great care in her clothes, embroidered fabrics, hats and plumes, etc.

But besides her appearance, Simonne was strongly engaged in the cause of freedom. This young woman of 28 had financially supported Marat’s newspaper The People’s Friend in 1792. Without her financial aid and daily support, would Marat perhaps not have been the most acclaimed man in Paris ? Who knows ?

Always at his side for household care, she also helped her husband write his newspaper, working with him day and night.

Madame Marat attended Cordeliers’ Club meetings with great dedication and continued to participate there after her husband’s death.

It was always she who looked after Jean-Paul and hid him from cellar to cellar to prevent him being assassinated by spies and General Lafayette and Necker’s soldiers.

After Marat,’s assassination, grief-stricken, she had the courage to mount the tribune of the National Convention and denounce those who slandered the Martyr of Freedom.

Simonne Evrard was most famous to her contemporaries for her appearance on 8 August 1793 at the tribune of the National Convention, where she was introduced by Robespierre himself. It should be noted that at that time, the title of widow was not contested by anyone, even though Marat’s enemies were numerous within the Assembly itself.

This is Simonne Evrard’s speech :

“I have not come to ask you for the favours coveted by greed or demanded by indigence. Marat’s widow needs only a tomb. Before coming to this happy end of the torments of my life, I come to ask you for justice for the new attacks committed against the memory of the people’s most intrepid and outraged defender. These monsters, how much gold they lavished ! How many hypocritical libel-mongers they have bribed to cover his name with opprobrium ! With what horrible relentlessness they have tried to give him a colossal political existence and hideous fame, with the sole aim of dishonouring the people’s cause, which he faithfully defended ; today, all covered with his blood, they pursue him to the depths of the tomb ; every day they still dare to murder his memory, they try their utmost to paint in the likeness of a fascinating heroine the monster who plunged the parricidal iron into his breast. Even the most cowardly of all the hack journalists, the likes of Carra, Ducos and Dulaure, can be seen here, vaunting her in their periodical pamphlets, encouraging her likewise to slit the throats of the rest of liberty’s defenders. I am not talking about that vile Pétion who, in Caen, in the assembly of his accomplices, dared to say on that occasion that assassination was a virtue. At times the scoundrel perfidy of the conspirators, pretending to honour his civic virtues, multiplies at great expense infamous engravings in which the execrable murderer is presented in flattering light, and the martyr of the nation disfigured by the most horrible convulsions. But here is the most perfidious of their manœuvres : they have bribed scoundrel writers who impudently usurp his name and disfigure his principles, in order to perpetuate the empire of slander of which he was the victim ! Cowards ! First of all, they flatter the people’s pain with their praise, they draw some true pictures of the evils of the nation, they denounce some traitors devoted to his contempt ; they speak the language of patriotism and morality, so that the people still believe they can hear Marat ; but only to slander the most zealous defenders he retained ; only to preach, in the name of Marat, the extravagant maxims which his enemies have lent him, and which all his conduct disavows.

“I denounce to you in particular two men, Jacques Roux and one named Leclerc, who claim to continue his patriotic publications and to make his ghost speak to outrage his memory and deceive the people ; it is there that after having debated revolutionary commonplaces, the people are told that they must proscribe any kind of government ; it is there that they order in his name the day of August 10 to be bloody, because from his sensitive soul, torn by the spectacle of the crimes of tyranny and the misfortunes of humanity, have sometimes emerged just anathemas against the bloodsuckers and oppressors of the people ; they seek to perpetuate after his death the parricide slander which persecuted him and presented him as a foolish apostle of disorder and anarchy. And who are these men who claim to replace him ? It is a priest who, on the very day after the faithful deputies triumphed over their cowardly enemies, came to insult the National Convention with a perfidious and seditious address ; it is another man no less perverse, associated with this impostor’s mercenary wrath. What is quite remarkable is that these two men are the same ones denounced by him, a few days before his death, at the Cordeliers’ Club, as having been bribed by our enemies to disturb public peace and who, in the same session, were solemnly expelled from the heart of this popular society.

What is the aim of the perfidious faction that continues these criminal schemes ? It is to debase the people who pay homage to the memory of the one who died for their cause ; it is to defame all the friends of the nation, whom they have designated under the name of Maratists ; it is perhaps to deceive all Frenchmen of the entire republic who are gathering for the meeting of August 10, by presenting them with their perfidious writings of which I speak as the doctrine of the representative of the people whom they have slaughtered ; it is perhaps to disturb these solemn days by some disastrous catastrophe. Ye gods ! what would be the people’s fate !"

Here we can discover all this woman’s charisma and intelligence, and how she was present in Marat’s politics and life.

Simonne Evrard continued to use The People’s Friend press after her partner’s death, and succeeded in publishing the first volume of his Political Works, a project she had conceived with him before his terrible assassination.

After Robespierre’s fall, she was arrested at the same time as her sister-in-law Albertine and imprisoned at Sainte-Pélagie.

Simonne Evrard and Albertine,2 Marat’s sister, struggled all their lives to defend the memory of The People’s Friend and to preserve the numerous works he had produced in his lifetime, and if today we can read and get to know the truth of this great man, it’s thanks to the work of these two intrepid women, who suffered until their deaths police harassment under Louis XVIII and Charles X.

Madame Marat died on 24 February 1824, aged 60, after falling downstairs. The revolutionary’s inheritance passed entirely to his sister Albertine, who died aged 81 on 31 October 1841. She was contacted and even courted by students, doctors, Raspail and Colonel Mourin in order to buy the writings of The People’s Friend.

Why not, then, talk about these beautiful and courageous women ?

Stefania Di Pasquale
Société des Études Robespierristes
Habite Narni, Italie