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Histoire des Rosati d’Arras

vendredi 15 avril 2022

La société anacréontique des Rosati [1] naît à Blangy, près d’Arras le 12 juin 1778.

Marianne Gilchrist, membre anglaise de l’ARBR devant la plaque en l’honneur des Rosati. Au dos du Beffroi d’ARRAS

Elle est à la fois une société badine comme il en existait de nombreuses en France et en Europe en cette fin de siècle des Lumières, mais aussi une société littéraire et bachique qui, à l’instar d’Anacréon, poète grec du VIe siècle av. J.-C., chantait l’amour et le vin. Elle est l’une des rares à perpétuer cette tradition et ses rites ancestraux encore aujourd’hui. Sa naissance est décrite dans le Discours à l’abbé Ménage, par Charamond, un des fondateurs, en ces termes :

« Des jeunes gens réunis par l’amitié, le goût des vers, des roses et du vin, partirent un beau jour de juin à cinq heures du matin et se réunirent dans un jardin, bien fleuri, bien ombragé, bien champêtre, sous un berceau de troène et d’acacia que réfléchissait le ruisseau le plus pur. Chacun lut sa pièce de vers analogue [adaptée] au lieu et aux mystères qu’on y devait célébrer ; des bouteilles de champagne furent apportées dans des rafraîchissoirs de porcelaine ; on emplit les verres. Tout à coup. l’un des jeunes gens présents fouillant dans ses poches en tira un grand nombre de roses fraîchement cueillies. En un clin d’œil, tout fut empreint de leur couleur. Le berceau vert en fut lambrissé et plafonné ; des roses effeuillées rougirent la table, les bancs et le gazon but à la reine des fleurs. Des impromptus jaillirent avec la mousse du Chambertin. Et, dans un moment d’inspiration, l’un des plus aimables poètes de la société, Louis-Joseph Le Gay s’écria : « Amis ! Qu’un jour si beau renaisse tous les ans, et qu’on l’appelle la “Fête des Roses” ! »1. Cette idée reçoit un accueil favorable et l’on trinque en disant « Profanes, loin d’ici ! Cet asile est sacré ! » »

Le lieu de réunion se trouvait dans un faubourg d’Arras, non loin de l’abbaye de Notre-Dame d’Avesnes, sur les bords de la Scarpe. C’est ainsi que se déroule l’inauguration du Berceau, en présence de Bergaigne, Caignez, Carré, Charamond, Desprez, Giguet, Herbet (abbé Berthe), Le Gay et Lenglet et que commence la tradition de la « Fête des Roses ».

La société fondée ce jour-là reçoit plus tard le nom de Rosati, double hommage à la rose et à l’Artois, dont c’est l’anagramme. Son but et son mode d’intégration sont décrits ainsi par Charamond en 1787 lorsqu’il accueille un nouveau membre, l’abbé Ménage, de Paris :

« Prendre un honnête délassement, s’éclairer des rayons de la vraie philosophie, rire de l’ambition et de mille riens importants, faire revivre le ton simple et franc de nos anciens auteurs en dépit de la précocité et de la morgue de plusieurs célébrités du jour, voilà le principal but des Rosati ; qui mieux que vous remplira leurs vues ?

La cérémonie de votre adoption n’est ni grave, ni fatigante. Vous cueillerez une rose, vous la respirerez trois fois, puis l’attacherez à votre boutonnière, vous viderez d’un trait (notez cette circonstance) un verre de vin rosé à la santé de tous les Rosati, passés, présents et futurs ; ensuite vous embrasserez, au nom de la société, une des personnes que vous aimez le mieux ; vous serez alors un vrai Rosati. »

[1] Cette société littéraire tirait son nom d’un berceau de roses, sous lequel s’assembla pour la première fois, à Arras, le 12 juin 1778, une réunion anacréontique composée de magistrats, d’avocats, d’abbés, d’officiers du génie et de propriétaires de l’Artois.


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