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Le Pas-de-Calais durant les années terribles.

L’incroyable effort de guerre demandé à la population

lundi 2 février 2015

LE PAS-DE-CALAIS DURANT LES ANNÉES TERRIBLES

Levée en masse déjeunes hommes, réquisitions répétées pour les besoins des armées, au détriment du ravitaillement des habitants, mobilisation des femmes, vieillards et enfants pour fabriquer des armes de la poudre et des équipements militaires : il faut lire au jour le jour les décisions draconiennes prises par les élus du département et des districts, pour mesurer à quel incroyable effort de guerre furent contraintes les populations durant les années 1793-1794.

Pour répondre à la levée de 300 000 hommes décidée en février 1793 par le gouvernement, le Pas-de-Calais fut tenu de livrer un gros contingent en raison de sa population, soit 9 061 volontaires. Mais considérant ce qu’il avait déjà mobilisé lors de précédentes levées son contingent fut ramené à 6 891 hommes, ce qui représente 1 soldat pour 76 habitants.

Sans être encore effectif, le service militaire universel et obligatoire se mettait en place et tous les citoyens de 18 à 40 ans célibataires et veufs sans enfants étaient en état de réquisition permanente.

C’est le pouvoir civil (élus du département, du district et de la commune) qui organisait le recrutement. Chaque commune avait à fournir son contingent. Pour compléter l’effectif de volontaires (de plus en plus réduit) on pro­cédait au tirage au sort.

Les réticences à l’appel allaient grandissant.

Le 20 avril 1793 arrive à Arras le citoyen Carnot pour savoir où en sont les opéra­tions pour le recrutement de l’armée. Les commissaires des villes de St Orner et d’Aire lui demandent en vain à ce qu’on réduise leur contingent

Les retards s’accumulent et le 28 juin 1793, le conseil général du Pas-de-Calais déclare :

Considérant que la patrie a besoin de 300 000 hommes demandés par la loi du 24 février pour voler à sa défense et repousser l’ennemi qui s’avance sur le territoire de la République que par conséquent il est urgent que tous les districts du département qui sont en retard complètent incessamment le contingent qui leur a été assigné par le conseil général du département et arrête ce qui suit Art. 1 : Dans les 24 heures faire la liste des communes qui n ’ont point encore fourni leur contingent ou ne l’ont fourni qu ’en partie.

Art. 2 : Fournir la liste au département et aux communes en retard

Art. 3 : Le conseil général des communes dans les 48 heures convoqueront tous les garçons et veufs à effet de satisfaire entièrement et sur le champ le contingent demandé.

Art. 4  : Si dans la huitaine on n ’a pas terminé les opérations et envoyé les hommes au district, les districts enverront dans chaque commune en retard un commissaire et une force armée suffisante pour faire compléter le contingent et y resteront à leur dépens jusqu’aux opérations terminées.

Cette réquisition n’était pas encore terminée qu’une levée de 30 000 hommes de cavalerie est décidée et le Pas-de-Calais doit fournir 595 cavaliers et leur monture. Le 19 août 93 le département répartit l’effort : 91 hommes pour le district d’Arras, 69 pour celui de Bapaume, 97 pour Béthune etc..

Le 21 août 93, nouvelle adresse du département, pour rassurer : « les jeunes gens requis et leur faire connaître qu ’en partant ils ne sont tenus à aucun engagement ; que la réquisition n ’est que momentanée et ne peut être de longue durée, ne tendant à faire un dernier effort pour chasser du territoire des satellites du despotisme... » Mais la réquisition touche essentiellement les paysans en pleins travaux des champs, le conseil général doit à nouveau argumenter et lance le lendemain nouvelle adresse « La trompette guerrière se fait entendre et vous appelle. Vous allez sortir de vos foyers vous allez seconder l’ardeur de vos frères qui défendent nos frontières ...La patrie ne vous demande qu ’un effort momentané ; elle n ’ignore pas, cette patrie, que vos bras sont nécessaires à la *,culture de la terre. Mais c’est pour que l’ennemi ne vienne pas troubler cette culture si nécessaire qu’elle vous demande ce secours. Il s’agit donc de quitter pour quelques jours vos paisibles travaux, de tourner contre l’ennemi le fer qui vous sert à ouvrir le sein de cette mère féconde qui produit nos riches moissons, de marcher de concert avec nos guerriers contre les esclaves des despotes coalisés.... » Chaque jour arrive au district des pétitions déjeunes tirés au sort et qui font valoir des infirmités qui les rendent inaptes au service. Ils sont alors examinés par deux officiers de santé.

Cette réquisition de milliers de jeunes gens entraîne évidemment des efforts considérables pour les nourrir, les équiper, les armer, les transporter. Les autorités civiles siègent en permanence et la population toute entière est mise à contribution.

Le 1er germinal an II le district d’Arras décrète que chaque cordonnier doit fournir 2 paires de souliers par décade.

Le 12 germinal, le même district doit fournir 80 voitures bâchées et leurs voituriers et 320 chevaux (répartis entre les villages) pour un ravitaillement de l’armée du nord. Le 18 germinal, les citoyens charrons des communes du district construiront chacun 4 brouettes en 2 décades pour le chef de bataillon du génie qui en a besoin pour les fortifications d’Arras.

11 brumaire an II  : Un détachement de gardes nationaux sédentaires d’Arras ’ sera envoyé à Fampoux pour prêter main forte à la gendarmerie et arrêter les jeunes gens de la réquisition rentrés

floréal  : Le district doit fournir 20 000 quintaux de pur dans leur foyer. Les maires et officiers municipaux doivent froment pour être convertis en biscuit pour le service de la fournir nourriture et logement au détachement et fournir la marine... Le conseil général de chaque commune est chargé

Près des trois quarts de la Révolution se sont déroulés dans une France en guerre contre des armées étrangères.

En février 1793, 200 000 hommes étaient sous les drapeaux, ils étaient 804 000 en décembre. En 1794 le pays supportait le poids considérable de 14 armées en lutte sur les fronts du Nord, de l’Est, des Alpes, des Pyrénées et des côtes de l’Ouest.

C’est bien ce contexte de guerre qui a contribué à donner à la Révolution le cours tragique qu’elle a pris. Ce sont les terribles contraintes imposées aux populations par les impérieux besoins de la guerre (levée en masse de centaines de milliers d’hommes, réquisitions, privations) et les inévitables mécontentements qu’elles entraînaient, dont s’est nourrie la contre-révolution.

Durant des années, la tâche dominante des élus des départe
ments des districts et des municipalités a été de répondre
aux exigences de l’armée. Il suffit pour s’en convaincre de
parcourir les registres de leurs délibérations conservés aux
archives départementales :

20 septembre 1793  :

Fontaine, le maire de Mont-St-Eloy a 5 fils (de 23, 22, 18, 5 ans et un plus jeune). Considérant que, tandis que les citoyens indigents et nécessaires à la subsistance de leurs parents se portent volontaires à la défense de la république, ce serait un abus intolérable que des citoyens plus aisés se permissent de retenir leurs enfants et que si cet abus n’était pas fortement réprimé il en résulterait un découragement ou du moins un mécontentement général. Fontaine, maire de Saint-Eloy est suspendu de ses fonctions sur le champ, mis en état d’arrestation ainsi que l’aîné de ses fils. La gendarmerie \ est requise pour arrêter et amener à la maison d’arrêt le second et le troisième 1 fils du dit Fontaine. L’arrêté sera proclamé solennellement au village de Mont-Saint-Eloy.

12 brumaire an II  : Les maires et procureurs des communes de Duisans et Izel-les-Hameaux où les jeunes gens ont refusé de partir sont convoqués par le directoire du département.

14 brumaire an II  : Théodore Plouviez vient dire que son fils faisant partie de la réquisition dernière est retourné à l’armée du Nord en qualité d’artilleur engagé le 23 août dernier, n ’étant revenu que pour les semailles. Théodore Plouviez est mis en état d’arrestation jusqu’à ce que la municipalité justifie ce qu’il a dit. Mais il sera ménagé en raison de son grand âge.

brumaire an II  : Les membres du conseil général de la commune de Plouvain déclarent que tous les jeunes gens ont été requis de partir ce qu ’ils ont fait, que cependant plusieurs d’entre eux sont revenus et se sont cachés et que tous ont été dénoncés au district. Aucun membre de la municipalité n ’a de fils de retour.

brumaire  : Le conseil d’administration du 3e bataillon d’Arras envoie la liste des citoyens d’Arras qui ont abandonné leur drapeau.

Le conseil général de la commune d’Arras est chargé de faire arrêter les fuyards pour les conduire à leur bataillon et mettre en état d’arrestation leurs pères et mères. Tous les tailleurs d’Arras et environs sont mis en réquisition pour confectionner habits et équipements de la nouvelle levée. Un atelier de sept tailleurs sera continuellement occupé à tailler des habits. Les recrues partaient à l’armée équipées et armées par la commune elle-même. Les forgerons fabriquaient des piques etc.

1er germinal  : Chaque ouvrier cordonnier du district doit fournir deux paires de souliers pour l’armée par décade.

12 germinal  : Le district d’Arras doit fournir 110 000 livres de bois pour la commission des armes et du salpêtre

8 floréal  : Par ordre du Comité de Salut public le district d’Arras doit fournir 300 chevaux et 150 chariots et conducteurs pour se rendre à Lille sous deux fois 24 heures pour livrer du fourrage pour l’armée. Ceux qui refuseraient ou fourniraient des chevaux incapables seront considérés comme ayant voulu entraver une mesure d’où peut dépendre le salut de l’Etat, ils seront dénoncés et livrés au tribunal révolutionnaire. Le district répartissait par commune le nombre des chariots et chevaux à fournir et les maires étaient responsables de la désignation des paysans réquisitionnés.

de recenser les quantités de blé, seigle, orge et scorion de chaque citoyen.

29 floréal  : Le département du Pas-de-Calais est tenu de fournir 30 000 livres de lin pour la peinture des caissons d’Artillerie (Une partie de ces caissons et affûts de canon étaient fabriqués dans le collège d’Arras transformé en atelier d’armes).

19 thermidor  : Réquisition de 167 000 quintaux de grain, dont 3/4 de froment, 1/4 en seigle et orge pour l’armée du Nord. District de Calais : 15 000 qx, Béthune : 32 000 qx, St-Pol : 36 000 qx etc.

Christian Lescureux

L’Incorruptible n° 77

A voir aussi :http://ahrf.revues.org/1385