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1789 : La Révolution de France de Claude Mazauric

lundi 9 mars 2020

Récent ouvrage de Claude Mazauric
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1789 : La Révolution de France de Claude Mazauric par Pierre Crépel Historien des sciences

C’est une très heureuse initiative de l’Université Permanente qui propose des conférences et travaux d’éducation populaire « d’obédience marxiste » de publier ce stimulant essai de Claude Mazauric : « A propos de la Révolution française ».
Dans un format court de cent pages mais particulièrement concentrées, il prend la forme d’un exposé composé de questionnements suivis d’argumentaires. De nombreuses questions balaient le champ révolutionnaire, notamment, parmi d’autres :
Comment penser le régime de temporalité de la Révolution française ?
La Révolution française, peut-elle être saisie comme une durée ? Où situer ses bornes chronologiques ?
Comment évoquer les « grands hommes » de la Révolution ?
Peut-on établir un « bilan » de la transition révolutionnaire en France ?
La bataille mémorielle auteur de l’héritage révolutionnaire : quels enjeux ?
On sait gré à Claude Mazauric de rappeler le contexte dans lequel la Révolution va s’inscrire, celui du capitalisme naissant et se développant : « La généralisation transformatrice du modèle capitaliste marchand puis industriel qui a accompagné puis stimulé le processus d’expansion ( par voie maritime principalement depuis le XVIe siècle) de la domination occidentale sur la surface du globe. Le temps de la Révolution française s’inscrit dans ce moment-là et dans nul autre temps long. »
Les bornes chronologiques de la Révolution sont définies avec une cohérence argumentée : 1789-1799. La suite napoléonienne, par ses aspects régressifs concernant les valeurs de la Révolution n’est pas intégrée à la chronologie révolutionnaire. En effet, malgré parfois des contradictions, « Dans sa trajectoire fondamentale, la Révolution fut donc humaniste et progressiste. »
D’ailleurs l’auteur insiste également sur les avancées positives et spécifiques de la Révolution française.
L’ouvrage est composé de deux grandes parties, la première présente les particularités de l’Ancien Régime du royaume de France, puis, à partie égale, le processus révolutionnaire et ses multiples facettes : le peuple, les « grands personnages » avec une réflexion passionnante sur les apports et les limites de la biographie, la guerre et l’Europe, la contre-révolution, le legs de la Révolution.
De nombreux ouvrages judicieusement choisis sont signalés, souvent analysés ( comme le « Quatre-vingt-neuf » de Georges Lefebvre). Des historiens de la Révolution sont présentés, contre-révolutionnaire comme De Maistre, ou socialiste comme Jaurès. L’auteur signale qu’on doit particulièrement à Jaurès l’analyse fine des « classes révolutionnaires », avec une intervention populaire incontestable dans une révolution qui fut « assurément bourgeoise, à son point d’arrivée. »
Les dernières pages de l’ouvrage consacrées à l’historiographie et au Bicentenaire sont extrêmement émouvantes. Mazauric rend un hommage appuyé au grand historien disparu Michel Vovelle, son « frère et ami de toujours », vainqueur de l’histoire de la Révolution qui se construit et se reconstruit en permanence.
A ce propos, l’auteur nous explique, dans cette circonstance, ce que doit être le travail de l’historien : « La distinction entre ces deux catégories d’objet, l’historiographie et le politique, me paraît en effet non seulement féconde mais déterminante et nécessaire pour que le champ propre de la connaissance historique, qui doit relever du seul modèle du savoir scientifique distancié, demeure devant nous : problématique, inventif, critique. »
Un petit format pour un grand livre ! Sur cet « objet chaud » qui demeure, l’étude de la Révolution française. D’ailleurs, nous dit légitimement Claude Mazauric : « Le souvenir de la Révolution ne s’efface jamais parce que les questions posées par elle ne cessent d’être actuelles. »

Pierre Crépel Historien des sciences, article paru dans les colonnes de l’Humanité novembre 2019

1789 : La Révolution de France de Claude Mazauric par Bruno Decriem, professeur d’Histoire

C’est une très heureuse initiative de l’Université Permanente qui propose des conférences et travaux d’éducation populaire « d’obédience marxiste » de publier ce stimulant essai de Claude Mazauric : « A propos de la Révolution française ».
Dans un format court de cent pages mais particulièrement concentrées, il prend la forme d’un exposé composé de questionnements suivis d’argumentaires. De nombreuses questions balaient le champ révolutionnaire, notamment, parmi d’autres :
Comment penser le régime de temporalité de la Révolution française ?
La Révolution française, peut-elle être saisie comme une durée ? Où situer ses bornes chronologiques ?
Comment évoquer les « grands hommes » de la Révolution ?
Peut-on établir un « bilan » de la transition révolutionnaire en France ?
La bataille mémorielle auteur de l’héritage révolutionnaire : quels enjeux ?
On sait gré à Claude Mazauric de rappeler le contexte dans lequel la Révolution va s’inscrire, celui du capitalisme naissant et se développant : « La généralisation transformatrice du modèle capitaliste marchand puis industriel qui a accompagné puis stimulé le processus d’expansion ( par voie maritime principalement depuis le XVIe siècle) de la domination occidentale sur la surface du globe. Le temps de la Révolution française s’inscrit dans ce moment-là et dans nul autre temps long. »
Les bornes chronologiques de la Révolution sont définies avec une cohérence argumentée : 1789-1799. La suite napoléonienne, par ses aspects régressifs concernant les valeurs de la Révolution n’est pas intégrée à la chronologie révolutionnaire. En effet, malgré parfois des contradictions, « Dans sa trajectoire fondamentale, la Révolution fut donc humaniste et progressiste. »
D’ailleurs l’auteur insiste également sur les avancées positives et spécifiques de la Révolution française.
L’ouvrage est composé de deux grandes parties, la première présente les particularités de l’Ancien Régime du royaume de France, puis, à partie égale, le processus révolutionnaire et ses multiples facettes : le peuple, les « grands personnages » avec une réflexion passionnante sur les apports et les limites de la biographie, la guerre et l’Europe, la contre-révolution, le legs de la Révolution.
De nombreux ouvrages judicieusement choisis sont signalés, souvent analysés ( comme le « Quatre-vingt-neuf » de Georges Lefebvre). Des historiens de la Révolution sont présentés, contre-révolutionnaire comme De Maistre, ou socialiste comme Jaurès. L’auteur signale qu’on doit particulièrement à Jaurès l’analyse fine des « classes révolutionnaires », avec une intervention populaire incontestable dans une révolution qui fut « assurément bourgeoise, à son point d’arrivée. »
Les dernières pages de l’ouvrage consacrées à l’historiographie et au Bicentenaire sont extrêmement émouvantes. Mazauric rend un hommage appuyé au grand historien disparu Michel Vovelle, son « frère et ami de toujours », vainqueur de l’histoire de la Révolution qui se construit et se reconstruit en permanence.
A ce propos, l’auteur nous explique, dans cette circonstance, ce que doit être le travail de l’historien : « La distinction entre ces deux catégories d’objet, l’historiographie et le politique, me paraît en effet non seulement féconde mais déterminante et nécessaire pour que le champ propre de la connaissance historique, qui doit relever du seul modèle du savoir scientifique distancié, demeure devant nous : problématique, inventif, critique. »
Un petit format pour un grand livre ! Sur cet « objet chaud » qui demeure, l’étude de la Révolution française. D’ailleurs, nous dit légitimement Claude Mazauric : « Le souvenir de la Révolution ne s’efface jamais parce que les questions posées par elle ne cessent d’être actuelles. »

Bruno DECRIEM ( A.R.B.R.)