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Le Premier Prairial an III

(1 Prairial, Year III)

lundi 25 juin 2018

Dès cinq heures du matin, le 1er prairial an III, (20 mai 1795), les faubourgs Saint-Antoine et Saint Marceau étaient sur pied et en armes. Dans la nuit, on avait affiché sur les murs une proclamation, en tête de laquelle on lisait : « Insurrection du peuple pour obtenir du pain et reconquérir ses droits. »

(By 05.00 a.m. on 1 Prairial, Year III (20 May 1795), the districts of Saint-Antoine and Saint-Marceau were on their feet and armed. During the night, a proclamation was posted on the walls, the title of which read : « The People’s Insurrection to gain bread and re-take their rights. »

En français

LE PREMIER PRAIRIAL AN III (20 MAI 1795 : LE DÉCRET INSURRECTIONNEL.


« Dès cinq heures du matin, le 1er prairial an III, (20 mai 1795), les faubourgs Saint-Antoine et Saint Marceau étaient sur pied et en armes. Dans la nuit, on avait affiché sur les murs une proclamation, en tête de laquelle on lisait :« Insurrection du peuple pour obtenir du pain et reconquérir ses droits. »

Suivait le texte du décret insurrectionnel :

« Le peuple arrête ce qui suit :

Article 1er. Aujourd’hui, sans plus tarder, les citoyens et les citoyennes de Paris se porteront en masse à la Convention nationale pour lui demander :

1° Du pain ;

2° L’abolition du gouvernement révolutionnaire dont chaque faction abusa tour à tour pour ruiner, pour affamer et pour asservir le peuple ;

3° Pour demander à la Convention nationale la proclamation et l’établissement, sur-le-champ, de la Constitution démocratique de 1793 ;

4° La destitution du gouvernement actuel, son remplacement instantané par d’autres membres pris dans le sein de la Convention nationale, et l’arrestation de chacun des membres qui composent les comités actuels de gouvernement, comme coupables du crime de lèsent nation et de tyrannie envers le peuple ;

5° La mise en liberté, à l’instant, des citoyens détenus pour avoir demandé du pain, et émis leur opinion avec franchise ;

6° La convocation des assemblées primaires au 25 prairial prochain, pour le renouvellement de toutes les autorités qui, jusqu’à cette époque, seront tenues de se comporter et d’agir constitutionnellement.

7° Les personnes et les propriétés sont mises sous la sauvegarde du peuple…

Le mot de ralliement du peuple est : « du pain et la Constitution démocratique de 1793. »

À onze heures du matin, la Convention ouvrit sa séance ; Ysabeau donna lecture de la proclamation du peuple. Les tribunes étaient remplies d’une foule hostile à la majorité de l’Assemblée.

Un député s’écrit : « La Convention saura mourir à son poste ! » Et Clauzel, un autre député de la droite dit : « Ceux qui nous remplacerons, en marchant sur nos cadavres ne marcheront pas avec plus de zèle au salut du peuple. Citoyens, songez-y bien, les chefs du mouvement seront punis, et le soleil ne se couchera pas sur leurs forfaits… »

Ce qui frappe dans les mouvements du printemps 1795 et en particulier dans l’insurrection du 1er prairial, c’est la conscience, qu’il s’agissait de la victoire ou de la défaite soit des possédants soit des non possédants.

Le thermidorien Thibaudeau nomme trois catégories de gens qui vinrent à la rescousse de la Convention, le 1er prairial : « Les républicains honnêtes, par amour de la liberté ; les gens qui avaient quelque chose à perdre, par crainte du pillage, les royalistes mêmes pour sauver leurs têtes [1]… »

Le conventionnel Rovère affirme que jamais la Convention n’avait couru de si grands dangers que pendant les journées de prairial. Elle doit son salut aux « bons citoyens choisis un à un dans chaque section » et appelés à sa défense. Si l’on s’était contenté de lever les sections en masse, tout était perdu car « les scélérats dominaient partout et les honnêtes gens rougissaient de se mêler avec eux ». On avait alerté que les « bons citoyens qui avaient quelque chose à défendre [2]. Dans une lettre de David à Merlin, il est également parlé de ce rassemblement par convocation personnelle de « l’élite des citoyens ». Pour David, « l’élite des citoyens » constituait la force principale, et les troupes de ligne ne faisaient que les accompagner [3].

Sitôt après la victoire, le désarmement du peuple ainsi que les arrestations, sur les rapports de la police et les dénonciations des particuliers, reprirent avec une énergie décuplée.

À la différence du 14 juillet 1789, des 5 et 6 octobre 1789, du 10 août 1792, des 31 mai et 2 juin 1793, les « petite » des faubourgs n’avait aucun allié ou fort peu dans la bourgeoisie. En germinale et en prairial, la contestation était dirigée contre les accapareurs, les spéculateurs, les « riches » et contre la Convention thermidorienne. Seuls les restes de la Montagne soutiennent les revendications des faubourgs. Cependant, faute de chefs et d’un nombre suffisant de députés appuyant les revendications des « petits », l’affrontement tourna à l’avantage des thermidoriens. Ceux-ci en profitèrent pour éliminer les restes de la Montagne et à désarmer les faubourgs.

Après les 4 & 5 prairial, les faubourgs sont réduits à l’impuissance pour plusieurs années. Le désarmement des « petits » est un fait historique de la plus haute importance puisqu’il réduisait à l’impuissance les plus humbles.
Plus que jamais, les deux camps avaient compris et interprété les événements comme une lutte entre des non possédants contre des possédants.

Le décret du 1er prairial montre la volonté des plus humbles à changer leurs conditions de vies et plus globalement ce décret reflète l’espoir d’un monde plus égalitaire et libre. La contre-révolution anéantie se rêve pour de longues années.

In English

1 PRAIRIAL, YEAR III (MAY 20, 1795 : THE DECREE OF INSURRECTION


« By 05.00 a.m. on 1 Prairial, Year III (20 May 1795), the districts of Saint-Antoine and Saint-Marceau were on their feet and armed. During the night, a proclamation was posted on the walls, the title of which read :  »The People’s Insurrection to gain bread and re-take their rights."

Text of the decree of Insurrection runs as follows :

"The people decree the following :

Article 1. Today, without further delay, the citizens of Paris will come en masse to the National Convention to demand :

1° Bread ;

2° The abolition of the revolutionary government which each faction has abused in turn to ruin, starve and enslave the people ;

3° To demand the National Convention proclaims and establishes, forthwith, the Democratic Constitution of 1793 ;

4° The dismissal of the current government, its instant replacement by other members taken from within the National Convention, and the arrest of each of the members who make up the current committees of government, as guilty of the crime of harming the nation and tyranny towards the people ;

5° The immediate release of citizens detained for having asked for bread, and expressing their opinion freely ;

6° The convocation of the primary assemblies at the next 25 Prairial, for the renewal of all the authorities which, until that time, will be obliged to behave and act constitutionally.

7° People and properties are placed under the protection of the people...

The rallying cry of the people is :« Bread and the Democratic Constitution of 1793. »

At 11.00 a.m., the Convention opened its session ; Ysabeau read out the proclamation of the people. The stands were filled with a crowd hostile to the majority of the Assembly.

One deputy writes : « The Convention will die at its post ! » And Clauzel, another right-wing deputy says : « Those who will replace us, walking over our corpses, will not walk with more zeal for the safety of the people. Citizens, think well on it, the leaders of the movement will be punished, and the sun will not set on their offences... »

What is striking in the movements of spring 1795 and particularly the insurrection of 1 Prairial, is the consciousness that it was about the victory or defeat of either the propertied or the non-propertied classes.

The Thermidorian Thibaudeau named three categories of people who came to the Convention’s rescue on 1 Prairial : « Honest Republicans, for love of liberty ; people with something to lose, for fear of looting ; and even Royalists, to save their heads... »1

The Conventionnel Rovère states that never before has the Convention been in such danger as in the days of Prairial. It owes its salvation to « good citizens chosen one by one from each section » and called to its defence. If the sections had been raised en masse, all would have been lost because « scoundrels dominated everywhere and honest folk blushed to mix with them ». They had been made aware that the « good citizens who had something to defend ».2

In a letter from David to Merlin, this gathering by personal convocation of the « elite of citizens » is also mentioned. For David, « the citizens’ elite » was the main force, and the regular troops only accompanied them.3

Immediately after the victory, the disarming of the people as well as arrests, based on police reports and denunciations by individuals, resumed with a tenfold energy.

Unlike 14 July 1789, 5 and 6 October 1789, 10 August 1792, 31 May and 2 June 1793, the « lesser » districts had no or very few allies in the bourgeoisie. In Germinal and Prairial, the protest was directed against the monopolisers, the speculators, the « rich » and against the Thermidorian Convention. Only the remnant of the Mountain supported the demands of the districts. However, due to a lack of leaders and a sufficient number of deputies supporting the demands of the « lesser » people, the confrontation turned to the advantage of the Thermidorians. They took the opportunity to eliminate the remnant of the Mountain and to disarm the districts.

After 4 and 5 Prairial, the districts are rendered powerless for several years. The disarmament of the « lesser folk » is a historical fact of the utmost importance since it reduced the humblest to impotence.
More than ever, both sides had understood and interpreted the events as a struggle between the property-less and the propertied classes.

The decree of 1 Prairial shows the will of the most humble to change their living conditions, and more generally this decree reflects the hope of a more egalitarian and free world. The annihilated Counter-revolution remains a dream for many years to come.

Vandeplas Bernard, docteur en Histoire Contemporaine.

[1Thibaudeau, « Mémoires sur la Convention », Paris, 2 volumes, XIX ème siècle.

[2Correspondance intime du conventionnel Rovère avec Goupilleau de Montaigu en mission dans le midi après la Terreur, 1908, Nîmes.

[3Bibliothèque nationale.