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Exécution d’Hébert et de ses complices.

lundi 8 juin 2015

Une lettre du conventionnel Ayral Bernard témoigne auprès du général Dugua de l’arrestation des hébertistes et de leur exécution, quelques jours avant l’arrestation de George Danton et de Camille Desmoulins.

Exécution d’Hébert et de ses complices.

Le 4 germinal an II (24 mars 1794).

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{{}}Une lettre du conventionnel Ayral Bernard témoigne auprès du général Dugua de l’arrestation des hébertistes et de leur exécution, quelques jours avant l’arrestation de George Danton et de Camille Desmoulins.

Avant de donner la parole à Ayral, présentons brièvement celui-ci : Il est né à Saint-Nicolas-de-la-Grave (Tarn-et-Garonne), le 26 avril 1736, mort dans cette ville, le 10 avril 1810.

Député à la Convention, il vota dans le procès de Louis XVI, pour l’appel au peuple, pour la mort et contre le sursis. Il fit constamment partie du Comité de la marine et après la session ne passa pas au Corps législatif.

Après un long passage au sujet d’un opticien et de lunettes, Ayral relate à Dugua les évènements révolutionnaires.

« Tu y trouveras le rapport sur les factions de l’étranger et sur la conjuration ourdie par elles dans la République Française, pour détruire le gouvernement républicain par la corruption et affamer Paris. Tu y trouveras aussi la proclamation de la Convention au peuple Français… Oui, mon général, il y avait une conspiration tramée par les infernaux despotes, d’Espagne, Pitt et Cabourg, des scélérats savent bien qui n’est pas possible de réduire des hommes qui défendent la liberté et l’égalité ; avec leurs satellites d’esclaves ; c’est pourquoi ils ont cherché à corrompre ; des scélérats qui n’avaient que le discours du patriotisme, et tous les vices de l’Ancien Régime… Le jour de la dernière décade du dernier de ventôse, devait être l’enterrement de la République, ou du moins le jour que cet abominable complot devait éclater.

On devait s’emparer du petit Capet (Louis, XVII), fils du décapité, pour leur servir de mannequin, du trésor ; de là égorger la Convention, les jacobins et tous les plus chauds patriotes ; dans chaque département, ils avaient des émissaires pour en faire autant, jamais un plan plus vaste n’a été conçu plus en grand.

Le chef de ce vaste plan était Hébert, dit père Duchêne ; Ronsin, le général de l’armée révolutionnaire, Vincent, secrétaire, général du pouvoir exécutif ; Momoro, commissaire d’approvisionnement, les quinze autres tous placés qu’ils ne devaient espérer. Et dans l’Ancien Régime, ils n’auraient point aspiré jamais à un pareil sort.

Eh bien ! Ces infernaux conspirateurs étaient si bien déguisés, qu’ils avaient trouvé le moyen de se populariser, qu’on les croît des meilleurs patriotes de la République, ses honneurs corrompus, par l’ordre des despotes, n’ayant ni probité, ni mœurs, ni morale, et encore moins de vertu, se rassemblent, faisant de gueuletons à cent écus par tête et là, ils préméditent, le verre à la main les rôles qu’ils devaient pour chacun d’eux, les jours suivants, dans les assemblées… Les plans de ces scélérats étaient si bien combinés que nos armées devaient être mis en déroute, les brigands de l’Autriche et de la Prusse venir à Paris…

Pour couper court le 27 du mois, Ventôse, vingt des soupçonnés ont été arrêtés le 4 Germinal, le glaive de la loi a fait tomber leurs têtes coupables…

Ils sont au nombre de dix-huit qui ont subi la peine due à leurs forfaits… C’est le père Duchêne, ce scélérat, a été maudit par tout le peuple. S’il avait été susceptible de remords, il serait mort de honte avant son arrivée, devant Madame Guillotine… On l’a guillotiné le dernier, chacun des spectateurs les plus proches n’ont cessé de lui reprocher sa scélératesse…

Ils sont trop scélérats pour ne pas troubler le Diable, le scélérat du père Duchêne avec eux ; qui plus fin et plus fourbe que le maître de l’enfer, le trompera entre coquin à la fin et s’arrangeront.

Je suis avec les sentiments de l’attachement d’un républicain ton concitoyen et ton ami [1]. »

Ayral relate ici un épisode de la Révolution que les historiens ont coutume d’appeler : le drame de Germinal.

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Le 2 mars, au Club des Cordeliers, Hébert, Vincent et Ronsin avaient proclamé la nécessité à la fois d’épurer la Convention nationale (notamment par l’élimination des dantonistes) et d’une insurrection populaire contre la faction des endormeurs (Robespierre étant directement visé). Hébert et ses amis sont pris de court par le Comité de Salut public qui les fait arrêter dans la nuit du 13 au 14 mars 1794. Ils sont condamnés à mort le 24 mars. Danton et Desmoulins seront arrêtés le 29 mars et guillotinés le 2 avril.

Bernard Vandeplas docteur en Histoire Contemporaine.

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[1Archives privées, lettre autographe signée, Paris, le 6 Germinal an II (26 mars 1794), au général Dugua.