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Sur l’organisation des gardes nationales.

Robespierre dans le texte

lundi 14 novembre 2016

En décembre 1790, un député présente à l’Assemblée un pro­jet d’organisation de la force publique qui prévoyait implici­tement l’exclusion des citoyens passifs des fonctions de la Garde nationale. Robespierre prononça aux Jacobins ce discours qui contribua à populariser sa figure de démocrate.

Pour lui la Garde nationale se conçoit comme un contre-pouvoir vis-à-vis du pouvoir exécutif et vis-à-vis de tout inté­rêt personnel. Ce ne doit pas être une armée et il faut empê­cher toute apparition d’un esprit de corps grâce aux élec­tions fréquentes du commandement et à l’absence de signes hiérarchiques extérieurs.

Robespierre dans le texte

SUR L’ORGANISATION DES GARDES NATIONALES

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Gardes nationaux

Extraits :

[...] « Les gardes natio­nales ne peuvent être que la nation entière armée pour défendre, au besoin, ses droits ; il faut que tous les ci­toyens en âge de porter les armes y soient admis sans aucune distinction. Sans cela, loin d’être les appuis de la liberté, elles en seront les fléaux né­cessaires. Il faudra leur appliquer le principe que nous avons rappelé au commencement de cette discussion, en parlant des troupes de ligne dans tout Etat où une partie de la nation est armée et l’autre ne l’est pas, la première est maî­tresse des destinées de la seconde ; tout pouvoir s’anéantit devant le sien ; d’autant plus redoutable qu’elle sera plus nombreuse, cette portion privilégiée sera seule libre et souve­raine ; le reste sera esclave.

Etre armé pour sa défense personnelle est le droit de tout homme ; être armé pour défendre la liberté et l’existence de la commune patrie est le droit de tout citoyen. Ce droit est aussi sacré que celui de la défense naturelle et individuelle dont il est la conséquence, puisque l’intérêt et l’existence de la société sont composés des intérêts des existences indivi­duelles de ses membres. Dépouiller une portion quelconque des citoyens du droit de s’armer pour la patrie et en investir exclusivement l’autre, c’est donc violer à la fois et cette sainte égalité qui fut la base du pacte social, et les lois les plus irréfragables et les plus sacrées de la nature.

Mais remarquez, je vous prie, que ce principe ne souffre au­cune distinction entre ce que vous appelez citoyens actifs et les autres. Que les représentants du peuple aient cru, pendant quelque temps, qu’il fallait interdire à des millions de Fran­çais qui ne sont pas assez riches pour payer une quantité

d’imposition déterminée, le droit de paraître aux assemblées où le peuple délibère sur ses intérêts ou sur le choix de ses représentants et de ses magistrats, je ne puis en ce moment que me prescrire sur ces faits un silence religieux : tout ce que je dois dire, c’est qu’il est impossible d’ajouter à la pri­vation de ces droits la prohibition d’être armés pour sa dé­fense personnelle, ou pour celle de sa patrie ; c’est que ce droit est indépendant de tous les systèmes politiques qui classent les citoyens, parce qu’il tient essentiellement au droit inaltérable, au droit immortel de veiller à sa propre conservation.

Si quelqu’un m’objectait qu’il faut avoir une telle es­pèce, ou une telle étendue de propriété pour exercer ce droit, je ne daignerais pas lui répondre. Eh ! que répon-drais-je à un esclave assez vil ou à un tyran assez cor­rompu pour croire que la vie, que la liberté, que tous les biens que la nature a départis aux plus pauvres de tous les hommes ne sont pas des ob­jets qui vaillent la peine d’ê­tre défendus ? Que répon-drais-je à un sophiste assez absurde pour ne pas comprendre que ces superbes domai­nes, que ces fastueuses jouissances des riches, qui seules lui paraissent d’un grand prix, sont moins sacrées aux yeux des lois et de l’humanité que la chétive propriété mobilière, que le plus modique salaire auquel est attachée la subsistance de l’homme modeste et laborieux ?

Quelqu’un osera-t-il me dire que ces gens-là ne doivent pas être admis au nombre des défenseurs des lois et de la Cons­titution, parce qu’ils n’ont point d’intérêt au maintien des lois et de la Constitution ? Je le prierai à mon tour de ré­pondre à ce dilemme : si ces hommes ont intérêt au main­tien des lois et de la Constitution, ils ont droit, suivant vos principes mêmes d’être inscrits parmi les gardes nationales ; s’il n’y ont aucun intérêt, dites-moi ce que cela signifie, si ce n’est que les lois, que la Constitution n’auraient pas été établies pour l’intérêt général ; mais pour l’avantage parti­culier d’une certaine classe d’hommes ;qu’elles ne seraient point la propriété commune de tous les membres de la so­ciété, mais le patrimoine des riches ; ce qui serait, vous en conviendrez sans doute, une supposition trop révoltante et trop absurde [...]

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