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« Robespierre, l’innocent » de Simon Mauger, un essai réussi !

Une recommandation de Bruno Decriem

vendredi 28 novembre 2025

Après ses études à Sciences Po Aix et ses deux ans en tant que collaborateur parlementaire à l’assemblée nationale, Simon Mauger travaille désormais au ministère du Travail. Passionné par l’Histoire, et particulièrement la Révolution française, il publie à 27 ans son premier ouvrage : Robespierre l’innocent. Source : L’Harmattan

« ROBESPIERRE L’INNOCENT » DE SIMON MAUGER : UN ESSAI REUSSI !

Simon Mauger, âgé de 27 ans, est un jeune passionné par l’Histoire, et « Robespierre l’innocent » est son premier livre, publié aux éditions de L’Harmattan en 2023. ( 284 pages)
A priori, l’ouvrage pouvait nous laisser dubitatif ! A commencer par son titre, assez curieux. D’ailleurs l’auteur lui-même le paraît contestable : « Affirmer qu’il était innocent en tout point et « juste parmi les justes » serait foncièrement absurde car personne ne peut ressortir immaculé de l’Histoire. » ( page 110)
Et puis il y a ces erreurs d’érudition qui sont plus qu’agaçantes et méritent d’être corrigées en cas de nouveau tirage : Non Robespierre n’a pas démissionné du Comité de Salut public un mois avant sa mort. Le Comité de défense générale ne concurrence pas le Comité de Salut public mais il le précède chronologiquement. Barère ne meurt pas guillotiné comme Carrier, mais vivra longuement jusqu’en 1841 ! Et le prénom de Le Bon n’est pas Jacques mais Joseph !
Ceci étant dit, l’ouvrage mérite cependant qu’on s’y attarde ! Il n’est pas une énième biographie de Robespierre mais un essai particulièrement intéressant !
On le pensait d’abord très militant, son préfacier n’est autre que Jean-Luc Mélenchon, mais il est beaucoup plus subtil : Bien sûr l’auteur est favorable à Robespierre, et part d’un constat que nous partageons : « L’Incorruptible a participé à la Révolution dans ses moments les plus tragiques et les plus sensibles mais lui attribuer l’ensemble des aspects violents de cette dernière est à la fois incorrect et malhonnête. » ( page 110)
L’auteur propose tout d’abord une analyse fine de l’œuvre révolutionnaire progressiste de Robespierre, en le présentant plutôt « isolé des différents partis ».
Mais c’est l’étude de la postérité de Robespierre qui constitue le point fort du livre.
En créant la légende noire tyrannique et sanguinaire de Robespierre afin de se dédouaner de leurs propres turpitudes, les Thermidoriens ont finalement rendu le personnage encore plus important qu’il ne l’était de son vivant. L’image négative de Robespierre s’est transmise depuis, de régimes politiques en régimes politiques, chacun utilisant à son profit cette diffusion de cette mauvaise image fabriquée.
L’auteur multiplie les exemples historiques en les diversifiant, évoque les représentations par la littérature en étudiant Victor Hugo et Anatole France, n’hésite pas à dénoncer les positions iniques d’Onfray et évoque Robespierre, le peuple, les idéaux de la Révolution Française jusqu’aux Gilets jaunes.
Le métier d’historien est passé au crible et même avec ses pratiques scientifiques et sa déontologie, et se situe dans son époque.
Finalement, cet essai décapant pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, mais ainsi l’a voulu l’auteur. Après sa lecture, on est plus riche de mille questions supplémentaires sur Robespierre, sa postérité, et les idéaux de la Révolution française.
Mauger termine son livre en proposant au lecteur : « Que l’histoire vous plaise et que vive la Révolution ! » (page 281)
Nous conseillons ce livre intéressant, original, qui ouvre de très nombreuses pistes de réflexion sur Robespierre et la Révolution.

Bruno DECRIEM, vice-président de l’A.R.B.R. ( Les Amis de Robespierre)