Accueil > De la part de nos adhérents > Réhabiliter le Marat Savant : Ses Découvertes en Optique et sa Critique (…)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Réhabiliter le Marat Savant : Ses Découvertes en Optique et sa Critique d’Isaac Newton

Par Irina Vilchur, juriste et chercheuse indépendante

lundi 1er juin 2026

J.Boze : portrait de Marat

Jean-Paul Marat (24 mai 1743 — 13 juillet 1793), figure célèbre et ô combien controversée de la Révolution française, s’était consacré avec succès à la médecine et à la physique bien avant le début des événements révolutionnaires. Dans ces domaines scientifiques, il fit de curieuses et remarquables découvertes qu’il convient aujourd’hui de détailler afin de rétablir la vérité historique, de laver la réputation de Marat des accusations injustes portées par l’Académie des sciences de France du XVIIIe siècle, et de réhabiliter pleinement le Marat savant.

Cet article porte spécifiquement sur les travaux d’optique de Marat, sa critique audacieuse du système d’Isaac Newton, ainsi que sur l’accueil et les témoignages contemporains de cette œuvre méconnue.

Réhabiliter le Marat Savant et ses Découvertes en Optique et sa Critique d’Isaac Newton
Par Irina Vilchur, juriste et chercheuse indépendante

Cet article porte spécifiquement sur les travaux d’optique de Marat, sa critique audacieuse du système d’Isaac Newton, ainsi que sur l’accueil et les témoignages contemporains de cette œuvre méconnue.

I. L’Anticipation de la Théorie Ondulatoire et la Critique de Newton

Jean-Paul Marat attira l’attention sur l’importance de phénomènes optiques majeurs qui reçurent plus tard une explication correcte et définitive dans le cadre de la théorie ondulatoire de Thomas Young (1773-1829) et d’Augustin Fresnel (1788-1827).

Marat avait fondamentalement raison d’affirmer que la diffraction — c’est-à-dire la capacité de la lumière à contourner les obstacles et les bords nets — joue un rôle beaucoup plus important dans les phénomènes lumineux que ne le pensait Newton.

Le Contexte Scientifique : Newton face à la Réalité Physique

Isaac Newton (1643-1728) sous-estimait la diffraction et tentait de l’expliquer comme une forme particulière de réfraction, qu’il nommait « inflexion ». Son explication reposait sur l’action de forces mystérieuses exercées à distance sur les corpuscules lumineux. La physique moderne considère aujourd’hui cette explication corpusculaire comme erronée.

En mettant le doigt sur cette faille, Marat orienta ses recherches vers des phénomènes qui ne pouvaient s’expliquer que par la nature ondulatoire de la lumière. Cette observation cruciale fut développée ultérieurement par Thomas Young (avec sa théorie des interférences) et Augustin Fresnel. Ils démontrèrent que la diffraction et l’interférence constituent des propriétés fondamentales de la lumière, signant le déclin de la théorie purement corpusculaire de Newton au profit du paradigme ondulatoire.

Par ailleurs, Marat s’opposa de manière frontale au dogme des sept couleurs du spectre newtonien. Il soutenait avec force qu’il n’existe en réalité que trois couleurs fondamentales. Cette conception s’avère singulièrement moderne, puisqu’elle anticipe de manière remarquable notre notion actuelle des trois couleurs primaires et la synthèse trichromatique (RGB) utilisée par la science contemporaine.

II. Les Témoignages Illustres : Franklin, Goethe et la Communauté Scientifique

Malgré le rejet institutionnel de l’Académie des sciences, les travaux de Jean-Paul Marat suscitèrent le respect, la curiosité et l’estime d’esprits scientifiques et littéraires de premier plan.

A. L’intérêt de Benjamin Franklin

Le célèbre savant et homme d’État américain Benjamin Franklin rendit visite à Marat à plusieurs reprises lors de son séjour en France, manifestant un vif intérêt pour ses expériences innovantes en chambre obscure. En témoigne ce billet respectueux adressé à Marat en 1782 :

BILLET DE BENJAMIN FRANKLIN À JEAN-PAUL MARAT (Traduction)

« Monsieur,

Je ferai tous mes efforts pour être auprès de vous à dix heures du matin, mardi prochain, car j’ai un grand désir de voir vos expériences. J’espère que rien ne m’en empêchera, et que le temps sera favorable.

Avec une grande considération, j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissant et très humble serviteur. »

— B. Franklin. Passy, 1782.

B. L’estime de Johann Wolfgang von Goethe

Le grand poète et penseur allemand Johann Wolfgang von Goethe (1748-1832) considérait également les travaux de Marat avec une haute estime. Il voyait dans le rejet systématique de Marat par l’Académie un exemple flagrant de « despotisme scientifique ». Engagé lui-même dans une profonde contestation du système newtonien, Goethe formalisera plus tard ses propres théories et critiques dans son célèbre ouvrage Traité des couleurs (Zur Farbenlehre, 1810).

C. L’accueil des physiciens : La correspondance de M. Pâté

Au sein des provinces françaises, des professeurs de physique et des érudits saluèrent chaleureusement les découvertes de Marat. M. Pâté, professeur de physique à Châlons-sur-Marne, fit le voyage jusqu’à Paris dans l’unique but de s’entretenir avec l’auteur.

LETTRE DE M. PÂTÉ (25 Février 1780)

« Monsieur, Pardonnez mon indiscrétion, mais vos précieuses découvertes ayant été le principal motif de mon voyage à Paris, je voudrais ne pas partir sans avoir l’honneur de vous revoir, et d’avoir un entretien avec vous. Un officier des Gardes-du-Corps du Roy, instruit dans toutes les parties de la physique, et qui m’a accompagné ici, désirerait obtenir la même faveur ; si vous avez la bonté de nous l’accorder, je vous prie de vouloir bien m’indiquer le jour et le moment où il nous sera permis de nous rendre chez vous. J’ai l’honneur d’être avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. »

(Signé) Pâté, professeur de physique de Châlons-sur-Marne

LETTRE DE M. PÂTÉ (3 Juin 1781)

« Monsieur, J’ai toujours le projet de faire connaître aux écoles de Reims et de Châlons vos précieuses découvertes. M. de Tavernery a déjà annoncé mon projet, et je reçois de toutes parts les lettres les plus pressantes pour partir. Mais je voudrais être plus au fait de la matière, et pour cela j’aurais besoin d’avoir avec vous, Monsieur, quelques conférences ; je vous prie de me les accorder, et de m’indiquer les moments qui vous seront les plus commodes. Je craindrais d’être importun si je ne connaissais tout le plaisir que vous avez à éclairer les autres. J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. »

(Signé) Pâté, etc.

III. Analyses de la Presse Scientifique et Périodique

Plusieurs revues européennes d’importance se firent l’écho des observations positives et des innovations méthodologiques de Marat.

1. L’analyse de la revue anglaise « Monthly Review » (Octobre 1782) :

La revue consacre une longue section aux Découvertes de M. Marat sur la Lumière. Elle souligne d’emblée le caractère révolutionnaire de l’ouvrage, épuisé presque aussitôt que publié, qui ose ébranler l’orthodoxie newtonienne solidement installée depuis plus de trente ans dans toutes les académies d’Europe.

• L’Atmosphère Lumineux : Marat développe l’idée que tous les corps sont environnés d’une atmosphère lumineuse plus étendue que leur diamètre. Les rayons s’y ploient, convergent et se réunissent en différents foyers, offrant ainsi une explication naturelle au crépuscule et aux apparences optiques des éclipses.
• La Décomposition au Bord des Corps : Marat démontre par des expériences en chambre obscure que la lumière est systématiquement décomposée au contact de la circonférence et des bords des corps (notamment le bord du trou du volet). Selon lui, le prisme perd ainsi une grande partie de sa réputation de décompositeur exclusif.
• Contestation de la Réfrangibilité : Par des expériences précises (faisant passer un faisceau concentré par une lentille puis sur un prisme, n’offrant qu’un champ de lumière pure aux bords colorés), Marat affirme que les rayons hétérogènes sont tous également réfrangibles. Il attribue les différences observées par Newton à la déviation (ou déviabilité) auprès des bords, une notion qu’il estime confondue à tort avec la réfraction.

2. L’éloge méthodologique du « Journal de Paris » (2 Octobre 1779) :

Une lettre publiée dans le Journal de Paris met en avant l’utilité extraordinaire de la méthode d’observer dans la chambre obscure, inventée par Marat. Grâce à son génie, le microscope solaire — autrefois limité à de très petits objets diaphanes placés au foyer — devient l’instrument d’optique le plus précieux, capable de rendre visibles les émanations les plus subtiles des corps opaques ou transparents (le fluide igné, la matière électrique, l’air lui-même).

La lettre souligne également l’application pratique de cette méthode pour les opticiens afin de sélectionner et juger de la finesse du grain et des défauts gélatineux des verres de dioptrique, d’un simple coup d’œil à sept ou huit pieds de la toile.

IV. Conclusion : Le Prix de l’Audace face au Conservatisme

En raison de la franchise absolue et du tempérament volcanique qui caractérisaient son caractère, Jean-Paul Marat critiquait le dogme newtonien avec une virulence extrême dans ses écrits. Sa critique de Newton était audacieuse, novatrice, et à bien des égards scientifiquement fondée sur le plan phénoménal. Cependant, la forme particulièrement acerbe de ses attaques lui coûta définitivement sa carrière scientifique.

L’Académie royale des sciences de France de la fin du XVIIIe siècle était une institution profondément conservatrice, hiérarchisée et jalouse de ses prérogatives statutaires. La franchise de Marat et ses charges directes contre le « système » et l’orthodoxie le marginalisèrent définitivement. Marat fut l’un des rares savants à percevoir les faiblesses criantes du paradigme corpusculaire dominant bien avant les autres ; l’histoire des sciences lui a donné raison sur la nature de la lumière, bien qu’il en ait payé le prix fort par la perte de sa réputation académique.

Principaux Ouvrages Scientifiques de Jean-Paul Marat en Optique :

• Découvertes sur la lumière (1780)

• Notions élémentaires d’optique (1784)

• Mémoires académiques, ou nouvelles découvertes sur la lumière (1788)

Publications scientifiques de Marat citées dans l’article