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Les visiteurs familiers de la Maison Duplay

Un article de Florent Héricher, doctorant, président de l’Association les Amis de Philippe Le Bas.

vendredi 28 novembre 2025

LES FAMILIERS DE LA MAISON DUPLAY

Maison du menuisier Duplay (Champin_Jean-Jacques)

La famille Duplay est la famille, que Maximilien Robespierre se choisit en acceptant l’hospitalité offerte par Maurice Duplay le 17 juillet 1791, après la fusillade du champ de Mars. Maximilien Robespierre vivra au sein de cette famille, jusqu’à sa mort.

Voici comment son petit-fils, Philippe Le Bas (1794-1860) évoque cette rencontre encyclopédique à l’article « Duplay » :

Maurice Duplay, né en 1738, à Saint-Didier-la-Séauve (Haute-Loire), vint de bonne heure à Paris, où il exerça la profession de menuisier. Protégé par madame Geoffrin, qui avait pour lui une estime qu’il méritait, il acquit, par quarante années de travail, une fortune d’environ quinze mille livres de rente en maisons. Il n’était donc pas, quand éclata la Révolution, dans la classe trop nombreuse de ces gens qui, ne possédant rien, désiraient des troubles pour s’enrichir. Et cependant il adopta avec enthousiasme les principes démocratiques. C’est que sa probité à toute épreuve, ses mœurs pures et sévères le portaient à regarder comme possible l’exécution de ces idées de vertu antique qui faisaient alors battre tant de cœurs honnêtes, c’est qu’il prenait au sérieux les projets de réformes sociales, c’est qu’il était prêt à faire avec joie bien des sacrifices personnels à ce qu’il regardait comme un acheminement au bonheur public. Le jour où le drapeau rouge fut déployé et la loi martiale proclamée au Champ-de-Mars, le bruit se répandit que les membres les plus influents du parti démocratique, et notamment Robespierre, allaient être arrêtés. Duplay, qui avait conçu une profonde admiration pour celui que le peuple avait surnommé l’incorruptible, lui fit offrir un asile dans sa demeure. Maximilien accepta, et fut amené nuitamment dans la maison qu’occupait, rue Saint-Honoré, (par) le citoyen généreux qui allait devenir son hôte et son ami. Le député d’Arras, touché de l’accueil bienveillant et cordial que lui fit l’homme respectable qui s’exposait pour le sauver, séduit par le spectacle d’une famille dont les mœurs patriarcales contrastaient avec la corruption de l’époque, se sentit pris d’une vive sympathie pour Duplay et pour tous les siens, et accepta avec empressement la proposition que l’honnête menuisier lui fit, quelque temps après, de regarder sa demeure comme la sienne propre. Depuis lors, jusqu’au dernier jour de sa vie, il ne cessa plus d’être son commensal. Bientôt la douceur de son caractère, la facilité de son commerce, la bonté de son cœur lui attachèrent toute cette famille, où les uns voyaient en lui un fils respectueux, les autres un frère plein d’indulgence et d’affection. Tout le temps qu’il ne consacrât pas à ses devoirs publics, il le passait avec ses hôtes, auxquels il avait présenté quelques-uns de ses amis, Le Bas, Camille Desmoulins, Buonarroti, etc. Le Bas, amateur passionné de la musique italienne qu’il chantait fort agréablement, se faisait souvent entendre dans ces réunions intimes où Buonarroti tenait le piano. D’autres fois, la soirée était consacrée à la lecture des plus belles tragédies de Racine. Chacun choisissait un rôle et, parmi ces acteurs improvisés, c’étaient Maximilien et Le Bas qui déclamaient avec le plus d’âme.

Sur un texte de correction concernant « Les Girondins » adressé à Lamartine par Elisabeth Le Bas et son fils Philippe, on peut lire la liste suivante des personnes fréquentant la maison Duplay :

« …les Lameth et Pétions dans les premiers temps, assez rarement Legendre, Merlin de Thionville, Fouché qu’aimait la sœur de Robespierre, mais que Robespierre n’aimait pas, souvent Tascherau, Camille Desmoulin, Piault, toujours Le Bas, Saint-Just, David, Couthon, Buonaroti »

Deux autres personnages sont souvent cités parmi les familiers de la maison Duplay, il s’agit de l’imprimeur Nicolas et du serrurier Didier Si le premier disparait dans la tragédie de thermidor, le second restera longtemps dans l’entourage de la famille Duplay comme on peut le lire dans une correspondance de Buonarroti en 1827. Il figure également dans un document d’archive inédit que je mentionne dans mon livre Philippe Le Bas (1794-1860) Un Républicain de naissance, il s’agit d’un acte de tutelle de novembre 1795. Dans cet acte de tutelle, Didier est cité comme témoin, mais l’aspect le plus spectaculaire de cet acte, est choix du tuteur par la famille Duplay pour le jeune Philippe, privé de père le 10 thermidor : Augustin Eugène Darthé. !!. Cet acte prouve ainsi la persistance des affinité électives et politiques de la famille Duplay après Thermidor. Philippe Le Bas, le fils du Conventionnel est lui-même élogieux et fier de son tuteur, lorsqu’il écrit sans son Dictionnaire à l’article Darthé :

"Compromis dans la conspiration de Babeuf, il fut traduit avec lui devant la haute cour de Vendôme . Babeuf et Darthé furent seuls condamnés à Mort. Au moment où ils connurent cet arrêt ils se frappèrent tous deux de plusieurs coups de poignard. Darthé plus heureux que son compagnon, parvint à se tuer, On le porta mort sur l’échafaud, où son cadavre fut décapité ».

Florent Héricher, doctorant