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Les clubs et Sociétés Populaires
Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine
vendredi 24 avril 2026
Après thermidior, la centralisation gouvernementale, les nécessités de la guerre, amènent le Comité de Salut Public à limiter l’action de toutes les Sociétés Populaires autres que celles des Jacobins. Une dictature « pour le bien public » s’installe donc pour une année, jusqu’à la chute de Robespierre le 9 Thermidor an II.
En premier lieu, le rôle des Clubs et Sociétés Populaires est d’éclairer l’opinion. Une Société joue un rôle majeur durant la Révolution française : le Club des Jacobins, par ses ramifications en province, participe à l’unification nationale de l’opinions. Il n’est pas le seul, notamment à Paris, où le Club des Cordeliers par exemple, se manifeste par des prise de positions radicales et influence profondément le cours des évènements révolutionnaires.
Mais peu à peu, dans le courant de l’année 1794, la centralisation gouvernementale, les nécessités de la guerre, amènent le Comité de Salut Public à limiter l’action de toutes les Sociétés Populaires autres que celles des Jacobins. Une dictature « pour le bien public » s’installe donc pour une année, jusqu’à la chute de Robespierre le 9 Thermidor an II. Il n’est pas de mes compétences de dire, si une autre solution était possible. Le fait est là, une seule société domine, et épaule le gouvernement : la Société des Jacobins.
Les Sociétés éclairent l’opinion : « Vous sociétés populaires, êtes les foyers où l’opinion se forge, s’agrandit et s’épure.
Vous avez tout fait pour la patrie, elle attend tout de vous. Elle vous appelle à être en quelque sorte les professeurs d’une nouvelle instruction forme l’opinion. C’est le flambeau de l’opinion qui a brûlé le masque des conspirateurs, c’est le flambeau de l’opinion qui éclairera les hommes faibles, égarés et qui les a garantis des pièges semés sous leurs pas [1]. »
De son côté, le Club des Jacobins, dans une séance écrit : « Une députation de la société de Bourbonne-les-Eaux se présente pour resserrer les liens de la Fraternité avec les Jacobins. Cette société prie celle de Paris d’interposer ses bons offices auprès du comité de sûreté générale, en faveur du maire de la commune de Bourbonne, père de 9 enfants, et persécuté par la malveillance.
Une députation de la société de Nevers se présente à la tribune pour repousser des inculpations dirigées contre elle. Après avoir fait l’énumération des services rendus à la chose publique par la société qui l’envoie, l’orateur annonce que les patriotes ont l’âme navrée et comprimée à Nevers, en raison des persécutions atroces dont ils sont chaque jour les malheureuses victimes.
Votre société, répond le président, mérite des reproches sévères. S’il est vrai de dire que le souffle impur de Chaumette n’a pu y exercer sa funeste influence pendant son séjour à Nevers, il paraît au moins certain que l’ombre de ce conspirateur y plane aujourd’hui.
Des hommes suspects, incarcérés, ont été mis en liberté, et votre société n’a fait aucune réclamation ; des patriotes ardents et purs, de vrais sans-culottes ont été calomniés par des gens de loi, fédéralistes, et votre société a gardé le silence. Enfin la correspondance est insignifiante, elle est nulle [2]. »
Peu à peu, la centralisation donne au club des Jacobins le rôle majeur et unique. Organe de propagande et d’influence du pouvoir parisien. Il perd donc une partie de se qui faisait sa force, c’est-à-dire de donner « au peuple » la parole, il devient un organe de la fonction public, son âme d’origine se perd dans un fonctionnariat sans vie !
Saint-Just [3], dans un rapport à la Convention dénonce cet état nouveau et le déplore, car le peuple n’a plus la parole comme se fut le cas auparavant.
Musée Carnavalet, Histoire de Paris (1789-95)
« Les sociétés populaires étaient autrefois des temples de l’égalité ; les citoyens et les législateurs y venaient méditer la perte de la tyrannie, la chute des rois, les moyens de fonder la liberté. Dans les sociétés populaires, o, voyait le peuple, uni à ses représentants, les éclairer et les juger. Mais, depuis que les sociétés populaires se sont remplies d’êtres artificieux, qui viennent briguer à grands cris leur élévation à la législature, au ministère, au généralat ; depuis qu’il y a dans ces sociétés trop de fonctionnaires, trop peu de citoyens, le peuple y est nul. Ce n’est plus lui qui juge le gouvernement ; ce sont les fonctionnaires coalisés, qui, réunissent leur influence, font taire le peuple, l’épouvantent, le séparent des législateurs, qui devraient en être inséparables, et corrompent l’opinion dont ils s’emparent et par laquelle ils font taire le gouvernement et dénoncent la liberté même. Qui ne voit point tous les pièges que l’étranger a pu nous tendre par nos propres moyens ? … [4] »
Cette société rêvée par les révolutionnaires de &èçé-1794 est souvent qualifiée de Jacobine par les historiens, en raison de l’influence exercée par le Clubs des Jacobins aussi bien sur la Convention nationale et ses comités que sur la plupart des départements, grâce au réseau des sociétés affiliées à la société mère parisienne. Cette influence est indéniable, mais il existe encore le club des Cordeliers et les Enragés [5].
Cependant, comme nous le rapporte Saint-Just, le Club des Jacobins demeure, le Club majeur qui se fonctionnarise au fils du temps. Il empêche les autres Clubs et surtout le peuple au silence.
Mais les Clubs et Sociétés Populaires restent un évènement essentiel dans la formation de l’opinion à la politique moderne.
[1] Circulaire de Comité de Salut Public aux Sociétés Populaires, novembre 1793.
[2] Le Mercure Universel, tome XL, page 398, Séance du 23 prairial de la Société des Jacobins du département de Paris, Présidence de Foucher.
[3] Né à Decize (dans le Nivernais), en 1767, mort à Paris le 10 thermidor an II (1794). Mort à 26 ans, pour ses convictions avait écrit : « Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle, on pourra la persécuter et faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu’on m’arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux ». (Cité, dans le tome IX de l’Histoire de France sous la direction de Joël Cornette, p. 679.
[4] Saint-Just : « Rapport présenté à la Convention au nom du Comité de Salut Public, 23 ventôse an II (13 mars 1794). » Cité dans Saint-Just. Discours et rapports. Introduction et notes par Albert Soboul, collection « Sociales, Paris, 1957.
[5] Michel Biard et Pascal Dupuy, « La Révolution française, dynamiques, influences, débats 1787-1804 ». édition Armand Colin, Paris, 2004, p ; 89


