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Les Enfants de la Liberté de Michel Benoit
Le second tome des « Coulisses de l’Histoire » est paru aux Editions JEJ.
jeudi 29 janvier 2026
Les Enfants de la Liberté vous dévoileront ce que devinrent les enfants des grands personnages de la Révolution Française, Vous revivrez également les noces de Camille et Lucile Desmoulins et les amours interdits et suicidaires des grands acteurs de cette époque et bien d’autres histoires, où corruption, vengeance et trahison se mêleront aux grandes affaires du passé.
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Vous pouvez vous procurez ce livre par commande auprès de l’éditeur à l’adresse : JEJ 13 Rue Antoine de Saint Exupery, 18400 Saint‑Florent‑sur‑Cher
Ou auprès de l’auteur en le contactant par retour michel.benoit57 wanadoo.fr
Michel Benoit
est écrivain, essayiste, historien, auteur de théâtre. Licencié en Histoire, il est membre du Conseil scientifique et du Conseil d’administration des Amis de Robespierre pour la bicentenaire de la Révolution Française. Ses ouvrages historiques ont connu un large succès, entre autres Saint-Just la liberté ou la mort, 1793 La Guillotine, la religion du couteau, L’affaire de la compagnie des Indes, Les nuits révolutionnaires de Paris, Les Grands Événements du Nivernais, Les Mystères du Cher.
Il a collaboré régulièrement aux magazines Les Grandes Affaires de l’Histoire et Les grandes Affaires criminelles. Enfin il publie depuis quinze ans les enquêtes du Commissaire Merle. Mais Michel Benoit est aussi, auteur de pièces de théâtre et auteur compositeur.S’il fallait résumer mon travail de chercheur et ma passion d’écrire l’Histoire, voici pour résumer ma pensée, ce que j’évoquerai :utiliser un style narratif et anecdotique propre à la « petite histoire », afin d’intéresser un public large et plus jeune à cette thématique.
Ne rien affirmer que sur des preuves certaines, ne tenir pour exact que ce qui est attesté par des témoins informés et dignes de foi, ne juger les hommes et les choses du passé que d’après les manières de penser et de juger en usage à leur époque.
Se référer toujours au contexte où eurent lieu les événements, rejeter impitoyablement les interprétations tendancieuses ou erronées mises en circulation par les historiens même les plus accrédités, ne jamais mépriser un passionné d’Histoire au bénéfice d’un « spécialiste » qui roule pour son clocher, conserver les yeux grands ouverts sur l’Histoire et ne servir que la vérité et la dire toute entière, telle est ma règle constante, à laquelle je ne suis pas prêt de renoncer pour sacrifier aux modes d’aujourd’hui.
Va pour l’Histoire !
En primeur, l’un des textes qui figureront dans la troisième collection : le vent des passions
Un fratricide montagnard
Cela fait plus de 230 ans que les pouvoirs en place, quels qu’ils soient, nous racontent une histoire, digne des grands romans, nous inondant de contre-vérités et de mensonges afin de refaire l’Histoire telle qu’ils auraient aimé qu’elle soit. L’un des évènements majeurs de cette histoire se situe le 9 thermidor de l’An II de la République, annonçant « la chute » de Robespierre et de ses amis. On présenta ce coup d’État comme l’action suicidaire d’un groupe de députés, se révoltant contre la tyrannie d’un seul homme, lequel aurait conquis le Comité de Salut public et la Convention, afin d’imposer ses théories sur le bonheur, la religion, l’égalité pour tous et bien plus, après plus de mille ans de gouvernance monarchique mise en place par une minorité au profit de quelques-uns.
Malgré l’évidence historique avancée par nombre d’Historiens, agissant en tant que tels, et dont la démarche n’est pas une démarche militante, contrairement aux conservateurs souhaitant enterrer à jamais cette partie de l’Histoire en la manipulant comme l’avaient manœuvrée les acteurs de ce coup d’État, le combat pour la vérité est encore bien présent dans les débats à ce jour.
Il faut tout de même admettre que la révolution de Thermidor fut un tragique malentendu entre ceux qui la déclenchèrent et pour ceux qui la subirent. Elle n’eut jamais la signification que lui donna l’opinion ; une opinion qui voulait que cessent la violence et la guerre et que les lois votées par les Assemblées soient enfin mises en application pour apaiser les maux des Français ; une opinion qui ne se doutait pas que des députés, fraîchement revenus de mission par rappel individuel, tous suspectés de vols, de concussions et de meurtres établis au nom de la République, prôneraient la sortie des prisons dans une société plus clémente en s’associant aux modérés pour sauver leur vie pour ensuite mieux faire perdurer la terreur dans toute la Nation. Une opinion qui ne se doutait pas que quelques nostalgiques de la monarchie, dissimulés dans les rangs républicains et ayant pignon sur rue, s’associeraient aux plus extrémistes pour abattre les défenseurs d’une République démocratique et sociale digne de ce nom.
À peine revenus de province, ils s’étaient préparés à confectionner un piège astucieux imaginé par de futés meneurs comme Fouché et réalisés par des exécutants hors pair comme Tallien et Fréron, secondés timidement dans un premier temps par des membres du Comité de Salut public tels que Billaud Varennes et Collot d’Herbois et soutenus par ceux du Comité de Sûreté générale tels Vadier et Amar. Ces derniers furent appuyés par des hommes ayant une formation militaire, comme Barras, lequel portera l’ultime coup d’épée à celui qu’ils appelleront bientôt comme bouc émissaire : le tyran.
Des hommes, ayant pris soin auparavant d’être encouragés et suivis par un peuple préoccupé par un quotidien misérable et soucieux de son avenir incertain. Ces hommes que l’on désignera sous le nom de Thermidoriens avanceront leurs pions un à un, en rêvant d’intensifier une terreur qu’ils avaient organisée dans la France entière, à Lyon, à Bordeaux, à Nantes, à Caen, à Lille et à Strasbourg.
Après près de 24 heures de séance dans la salle du manège aux Tuileries, les 10 et 11 thermidor, La répression s’abat sur Paris. La Commune est décapitée. Le 12 thermidor on comptera 108 exécutions. A la fin de la journée, devant la Convention Tallien déclare : « Ce jour est l’un des plus beaux pour la liberté : la tête des conspirateurs vient de tomber sur l’échafaud […] Allons nous joindre à nos concitoyens, allons partager l’allégresse commune : le jour de la mort du tyran est une fête à la fraternité ». Singuliers propos pour quelqu’un qui prétend parler au nom de l’humanité !
Les nouveaux vainqueurs comprirent à ce moment, alors qu’ils étaient disposés à poursuivre leurs méfaits, que le peuple était venu les remercier de mettre un terme à la terreur. Les Tallien, les Fréron et autres Barras, en bon, politiciens, avaient immédiatement senti le vent tourner et, afin d’assurer leurs vieux jours, s’étaient auto-désignés à la tête de ceux que l’on désignait pour avoir libéré le peuple de la tyrannie. Ils l’avaient fait avec le soutien du Centre que les Montagnards appelaient avec mépris « Le Marais », tant il naviguait à l’aveugle et votait d’une seule main, sans broncher, les lois et décrets qu’on lui proposait.
Mais ces thermidoriens qui la déclenchèrent, qui étaient-ils ? C’étaient pour la plupart des « terroristes » venant de tous bords, des ultras partisans des doctrines extrêmes et compromis depuis les débuts de la Convention dans les pires massacres organisés sur le sol de notre Nation. Ils firent trembler les provinces. Ces hommes, envoyés par la Convention et les Comités avec le titre de représentants de la République, devaient se comporter comme des proconsuls ayant droit de vie et de mort sur les populations, s’appropriant et pillant les richesses des provinces dont ils avaient la charge, se transformant en maîtres chanteurs pour s’accaparer les biens et les personnes issues souvent de l’ancien régime. Des « terroristes », qui en aucun cas n’avaient imaginé qu’une réaction se retournerait contre un système de Terreur qu’ils représentaient. À l’inverse, d’autres « terroristes », tout aussi coupables que ceux-là, n’avaient qu’une envie : celle de se faire oublier et qu’on ne découvre jamais les actes de concussion dont ils s’étaient rendus coupables ; députés montagnards, républicains, retournés par les agents des pays coalisés, Angleterre, Espagne ou Prusse, à grand coup d’espèces sonnantes ou de biens confisqués par l’État, rachetés à bas prix avec la complicité de fonctionnaires tout aussi corrompus qu’eux.
Ces hommes qui seront bientôt les vainqueurs de Thermidor, n’avaient nullement le désir d’arrêter la politique de terreur mise au service des grands propriétaires de province,, bien au contraire, ils souhaitaient l’amplifier afin de se sauver des griffes de Robespierre les ayant démasqués et, en n’ayant qu’un seul objectif, celui de tuer celui qui voulait leur fin !
Les chacals allaient se ruer sur le tigre dans l’indifférence d’une plaine encore muette, laquelle était décidée à ne pas bouger tant que le vainqueur du combat ne serait pas connu. Le Centre ou Marais avait de nouveau la partie belle, après plusieurs années de silence où les députés y étant représentés s’étaient tus par instinct de survie. À l’heure voulue, ce serait eux à présent qui feraient basculer l’avenir du pays en se rangeant d’un côté ou de l’autre des parties.
Robespierre ne s’était pas trompé le 8 Thermidor, dans son discours lu à la Convention, renouvelé au Club des jacobins, dans lequel, cherchant un allié, il appelait les membres du Centre « les hommes purs, les hommes vertueux » à se ranger à ses côtés. Cet appel les avait laissés muets, bien que les ayant flattés. Si une partie d’entre eux pouvaient encore être sensible aux avances de Robespierre et de ses amis, une majorité, par contre, se souvenant que les Montagnards les méprisaient hier encore, préférait demeurer à sa place et croasser en écoutant l’Incorruptible désireux d’abattre ses ennemis situés cette fois-ci à la gauche de l’assemblée. Mais ils savaient également que l’immobilisme n’a qu’un temps et qu’il ne faudrait pas compter longtemps sur eux pour que s’effectue un ralliement clair et net. Ils abandonneraient Robespierre comme ils avaient abandonné la Gironde et les indulgents.
Le temps étant compté et les nouveaux « terroristes » étant devenus les maîtres des horloges, l’hésitation des députés du Centre à rejoindre Robespierre les avait poussés dans les bras de leurs véritables ennemis, vers ceux qui demain réhabiliteraient les anciens usages afin de mieux régner sur un peuple à présent muselé. Ces hommes régnèrent encore quelques mois sur la Convention, certains d’entre eux, les plus impliqués, furent traduits en justice et déportés à Cayenne, d’autres rentrèrent chez eux discrètement pour se faire oublier. Barras devait encore résister jusqu’au 18 brumaire et l’avènement de Napoléon ; Fouché, devenu le valet des basses besognes de l’Empereur, resta en place jusqu’aux semaines qui suivirent Waterloo. Ils mourront tous les deux, vicomte et duc, en exil sous la restauration.
C’est ainsi que Thermidor fut en quelque sorte le mariage de la carpe et du lapin au détriment de ceux qui pensaient sincèrement que la Révolution n’était pas terminée. Le 9 Thermidor fut le triomphe des pilleurs d’église, la victoire des nouveaux riches, des accapareurs et des spéculateurs sur le commerce du blé et les crédits de guerre. Ces derniers triomphèrent sur les miséreux toujours plus nombreux et la terreur sans la vertu devint leur unique leitmotiv.
Sans attendre, les responsables de ce coup d’Etat vont s’organiser et s’atteler à réécrire l’Histoire afin de désigner « un coupable présentable » et d’effacer leur crimes. C’est l’habile Tallien qui s’en chargera dans un premier temps en inventant « un « système de la terreur », qu’il présentera à charge à la Convention le 28 septembre 1794 contre Robespierre et ses amis…Ainsi va naître la feuille de route qui accompagnera la réaction thermidorienne.
C’est sous le couvert de faire le bonheur du peuple qu’il imposera l’arrêt de l’intervention populaire démocratique en supprimant les assemblées primaires, en organisant une répression accrue de l’opposition montagnarde et en imposant le retour à la liberté totale des prix et du commerce.
L’ordre établi, devint alors celui des propriétaires riches mâles blancs, qui aboutira à la publication du Code Civil napoléonien et le retour de l’esclavage dans les colonies.
Après l’été, vint l’hiver, un hiver particulièrement rude et la politique économique de l’offre, le laisser faire pour les profiteurs de l’économie de guerre et les accapareurs des grains de bois de chauffage firent de cet hiver-là, une terrible épreuve pour les plus pauvres. A Paris, on mourait de froid et de faim. On ramassait des cadavres dans les rues au petit matin et ces actes se renouvelaient chaque jour, sans que le peuple ne puisse espérer l’arrêt immédiat d’une telle hémorragie. Le peuple voulait du pain ! Tenaillés par la faim, les sans-culottes devaient se remettre en mouvement et découvrir une forme de socialisme à la Française avant l’heure. Avec Babeuf, Saint-Simon et Fourier, ils voulaient croire encore à une république égalitaire, demandant le partage des terres désertes qui surabondaient et le partage des communaux pour les rendre productives. Un droit universel partagé par tous. Tous souhaitaient le « Progrès ». Un progrès désigné par Saint-Simon qui aurait pour conséquence de transférer les propriétés agricoles des mains des nobles, possesseurs oisifs, à celles des travailleurs de la terre, en la distribuant en petites parcelles à bas prix à destination des paysans. Toutes ces mesures étaient réalisables sans aucun doute.
L’abandon de la loi du maximum, les mesures d’amnistie en faveur des girondins épargnés par Robespierre en juin 1793 et réintégrés à la convention, le retour des émigrés, les concessions faites aux insurgés de l’Ouest conjugués aux politiques de répression ne parviendront pas à « apaiser » le pays, pas plus que les quelques mesures ne suffiront pas à calmer les émeutes de subsistance dans tout le pays au printemps 1795. La suite cependant, est une autre histoire ; mais la répression qui suivit n’éteindra pas la flamme d’espoir d’une société démocratique et juste. On la retrouvera un demi-siècle plus tard dans les écrits d’un certain Karl Marx.



