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La fuite du roi d’après le journal : « Le Paquebot », du 25 et 26 juin 1791
Auteur : Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine
vendredi 10 avril 2026
Le portrait du roi a été traîné dans la boue, son nom, et tout se qui peut rappeler l’idée du titre qu’il a perdu, a été effacé de toutes les enseignes.
Pour de nombreux Patriotes, la rupture est consommée. Dès le 21 juin, jour où l’équipée prend fin sans gloire à Varennes, illustrant notamment la mobilisation des foules dans les campagnes et villes traversées par les fugitifs.....
Le journal le Paquebot où l’on peut lire des courriers de Londres et de Paris, relate la fuite du roi. Les auteurs des articles qui vont suivre ne sont pas identifiés.
Les articles du 25 et 26 juin me semble intéressant, ils nous peignent une ambiance particulière, une scission entre le roi et une partie de la population, particulièrement des révolutionnaires voir au-delà.
Le 25 juin 1791, nous pouvons lire :
« L’arrestation du roi détruit l’espoir que nous avions conçu de donner au peuple français l’avant goût de la République, en lui démontrant l’inutilité d’un roi dans notre nouvelle Constitution, et combien il serait heureux pour lui d’être à jamais débarrassé de ce fardeau monstrueux qui tôt ou tard doit écraser la liberté.
Il est vrai que la guerre était une suite inévitable de la réunion du monarque aux contre-révolutionnaires d’outre-Rhin ; mais cette guerre était pour la France et pour l’Europe entière le signal de la liberté. Moins énergiques que les romains, nous n’aurons jamais le courage de chasser les Tarquins de Rome, mais nous eussions eu celui de les empêcher d’y rentrer et d’y braver tous les Porsenna ligués contre nous.
Que ferons-nous aujourd’hui d’un roi méprisable désormais indigne de la confiance de la nation ? Le replacerons-nous sur le trône et changerons-nous de faire exécuter les lois par le même homme qui les a toutes enfreint ? Lui ferons-nous son procès ? Il est inviolable. Réclamerons-nous l’exécution du décret qui le détrône en cas de désertion ? Les défenseurs trouveront dans le décret même des clauses qui l’annulent ? Nous le répétons, pourquoi toute la famille des Capet n’est-elle pas à Worms [1] ? »
Le 26 juin 1791, le journal poursuit :
« La nuit même que le roi avait destinée à son évasion il s’était couché de très bonne heure, ayant eu soin pendant la journée d’en imposer à tous ceux qui l’approchaient par une affection de tranquillité propre à écarter tous les soupçons ; il s’était informé dans la journée des préparatifs de la fête - dieu, il voulait, disait-il, que la procession fût plus belle que jamais. Sa femme y mit encore plus de dissimulation, la veille du départ, elle demanda naïvement au commandant du bataillon si l’on s’occupait encore à Paris du prétendu départ du roi. L’officier l’assura qu’il n’en était plus question, et qu’on croyait le roi trop attaché à sa patrie et à ses serments pour le soupçonner capable de les trahir. Ne vous y fier pourtant pas trop, reprit la reine d’un ton ironique, car une belle nuit nous partirons dans une montgolfière. Madame Elisabeth avait eu soin de son côté de commander la messe pour 8 heures, en prévenant ses aumôniers que son intention était de communier après l’avoir entendue. Un serrurier de Versailles avait fabriqué plusieurs clefs destinées à ouvrir plusieurs issues particulières des Tuileries qui conduisaient des appartements du roi et de la reine dans la cour des princes… ». Toujours le 26 juin, « La section du Luxembourg a déchiré le drapeau qu’elle avait reçu des mains de M. de Provence et s’en est servi pour faire des bourres de canon ».
Et « le portrait du roi a été traîné dans la boue, son nom, et tout se qui peut rappeler l’idée du titre qu’il a perdu, a été effacé de toutes les enseignes. Son buste parfaitement ressemblant, et qui servait d’enseigne à une maison de commerce de la rue Saint Honoré, a été jette bas et ignominieusement trainé dans un ruisseau [2] ».
L’image du bon roi a évolué, sa fuite le désacralise, auprès des français. « Pour de nombreux Patriotes, la rupture est consommée. Dès le 21 juin, jour où l’équipée prend fin sans gloire à Varennes, illustrant notamment la mobilisation des foules dans les campagnes et villes traversées par les fugitifs, une pétition du club des Cordeliers circule dans Paris et réclame la déchéance de Louis XVI : « Nous voilà libres et sans roi » peut-on y lire, cependant que journaux et pamphlets réagissent à la fuite du roi avec parfois beaucoup de radicalité à l’instar du Père Duchesne d’Hébert [3] ».
Les départements français sont rapidement au courant des événements, la presse nationale parvient dans les chefs lieux de départements et les patriotes locaux se trouvent devant un événement déstabilisant. L’image du roi devient négative dans des territoires éloignés de la capitale (ici le Gers). Le fait est important, car il donne aux patriotes locaux un élan qu’ils n’auraient peut-être pas eu, sans cette fuite du roi et de sa famille.
[1] A.D. du Gers, DC 37.
[2] Idem
[3] Joël Cornette, Histoire de France : Révolution Consulat Empire 1789-1815, tome IX, M. Biard, Ph. Bourdin et S. Marzagalli, édition Belin, Paris, 2010, p. 87.

