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La Marseillaise, de Rouget de Lisle.

Auteur : Bernard Vandeplas docteur en Histoire contemporaine

vendredi 10 avril 2026

C’est seulement en 1887 que notre hymne national fut définitivement fixé par une commission spéciale, qui établit la version officielle du chant en utilisant les arrangements de Pleyel, Gossec, Grétry, Méhul et Berlioz. C’est un chant immortel et universel. « J’ai fait chanter le monde », disait Rouget de Lisle au soir de sa vie.

E. Quinet, dans son ouvrage sur la Révolution française écrit :

« La véritable réponse au manifeste de Brunswick fut la Marseillaise, de Rouget de Lisle. »

Un chant sortit de toutes les bouches : on eût pu croire que la nation entière l’avait composé, car, au même moment, il éclata en Alsace, en Provence, dans les villes et dans la plus misérable chaumière. C’était d’abord un élan de confiance magnanime, un mouvement serein, la tranquille assurance du héros qui prend ses armes et s’avance ; l’horizon lumineux de gloire s’ouvre devant lui soudainement, le cœur se gonfle de colère à la pensée de la tyrannie. Un premier cri d’alarme, répété deux fois, signale de loin l’ennemi. Tout se tait ; on écoute, et au loin on croit entendre, on entend sur un ton brisé le pas des envahisseurs dans l’ombre ; ils viennent par des chemins cachés, sourds ; le cliquetis des armes les annonce en pleine nuit, et par dessus ce bruit souterrain vous discernez la plainte, le gémissement des villes prisonnières. L’incendie rougit les ténèbres. Un grand silence succède, pendant lequel résonnent les pas confus d’un peuple qui se lève : puis ce cri imprévu, gigantesque, qui perce les nues : Aux armes ! Ce cri de la France, prolongé d’échos en échos, immense, surhumain, remplit la terre… Et encore une fois, le vaste silence de la terre et du ciel ! Et comme commandement militaire à un peuple de soldats ! Alors la marche cadencée, la danse guerrière d’une nation dont tous les pas sont comptés. A la fin, comme un coup de tonnerre, tout se précipite. La victoire a éclaté en même temps que la bataille …  [1] »

C’est seulement en 1887 que notre hymne national fut définitivement fixé par une commission spéciale, qui établit la version officielle du chant en utilisant les arrangements de Pleyel, Gossec, Grétry, Méhul et Berlioz. C’est un chant immortel et universel. « J’ai fait chanter le monde », disait Rouget de Lisle au soir de sa vie. Et c’est un fait que la Marseillaise dépassa les frontières de la France dès sa création.

Chant de guerre à l’origine, elle est devenue de plus en plus chant de fraternité, de justice sociale, invitant à l’union, à l’action constructive. Elle demeure pour tous les opprimés du monde le symbole de la liberté. Effectivement, la Marseillaise est universelle et ne peut être accaparée par certains, qui en font un hymne au service de la discrimination.

Le chant de l’armée du Rhin est chanté lors d’un banquet, adopté d’enthousiasme par l’auditoire, imprimé, distribué aux volontaires, chanté tout au long de la route. La Marseillaise va maintenant conquérir Paris. Elle électrise les armées. Elle est désormais associée à tous les actes de la Révolution.

La Convention, par décret du 14 juillet 1795, en fait l’hymne national. Le 18 brumaire, la Marseillaise est encore entendue, mais l’Empire (le premier et le deuxième) ne la tolère pas, non plus que la monarchie.

L’hymne à la liberté, elle renaîtra à chaque élan révolutionnaire : en 1830, proclamation de la République après Sedan, en 1848 à l’avènement de la Seconde République, en 1870-1871 (la Marseillaise s’imposera définitivement), lors de l’armistice du 11 novembre 1918, et par la résistance lors de la Seconde guerre mondiale.

Elle reste un élément fondamental de l’unité française aujourd’hui.


Voir en ligne : Ecouter la Marseillaise musique de Berlioz


[1Extrait de la Documentation photographique, 1961. Les citations qui suivent sont extraites de cette Documentation française.