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Jean-Loup Kastler-Vassilievitch en conférence : Les herbières grenobloises et les biens communs en révolution

Cela aura lieu le samedi 10 janvier à l’Office Culturel d’Arras

samedi 3 janvier 2026

Jean-Loup Kastler-Vassilievitch
Ancien élève de l’école normale supérieure de Lyon, Docteur en Histoire, thèse soutenue sous la direction de Pierre Serna, professeur d’Histoire des Universités, ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.
LA JOURNÉE DES TUILES DU 7 JUIN 1788 : LES HERBIÈRES GRENOBLOISES ET LA QUESTION DES BIENS COMMUNS EN RÉVOLUTION.

Pour suivre la conférence à distance

L’ARBR vous invite à une réunion Zoom programmée.

Sujet : Conférence de Jean-Loup KASTLER

Heure : 10 janv. 2026 14:30 Paris

Participer à la réunion Zoom

ID de réunion : 682 939 6164
Code secret : UYvA3P

THÈME DE LA CONFÉRENCE :

CIHRF

 [1]
La communication revient sur la Journée des Tuiles de 1788, souvent présentée comme prélude à la Révolution française, mais ici réinterprétée à partir des résistances populaires grenobloises. L’auteur propose le concept d’« écologie morale de la foule », qui désigne les pratiques de survie et les résistances des classes modestes face aux privatisations des communaux. Les femmes, et particulièrement les herbières, jouent un rôle central : vivant du glanage, du jardinage précaire ou du commerce de plantes médicinales, elles sont directement touchées par la répression monarchique. Leur implication dans les émeutes témoigne d’une résistance écologique et sociale.

La découverte récente d’une nouvelle source, corroborant le célèbre témoignage du « religieux anonyme », confirme leur importance dans la Journée des Tuiles. Ces femmes ne sont plus seulement spectatrices mais véritables actrices, forçant même les parlementaires à siéger le 7 juin 1788. La mémoire de leur rôle a longtemps été minimisée voire moquée, mais elle réapparaît aujourd’hui, notamment par une plaque commémorative à Grenoble. L’étude replace aussi cette lutte dans un cadre juridique ancien (arrêt de 1477) qui légitimait les droits collectifs sur les communaux.

Ainsi, la Révolution à Grenoble apparaît non comme une simple réaction aux décisions parlementaires, mais comme l’aboutissement d’une longue résistance populaire, où se croisent luttes écologiques, sociales et féminines. La figure de la sorcière, réhabilitée dès la fin du XVIIIe siècle, incarne symboliquement cette résistance.

Commentaire de la gravure BNF

La journée des Tuiles à Grenoble 7 juin 1788
Alexandre Debelle (1805-1897), peintre, 1889.
Dépôt du Musée de Grenoble au Musée de la Révolution française
© Musée de la Révolution française / Domaine de Vizille

Le 8 mai 1788, Louis XVI entérine des réformes de force (par lit de justice) sans passer par le Parlement. Ces édits suppriment le droit de remontrance des Parlements de Paris et de Province et les remplacent par une Cour dont les membres seraient nommés par le roi. C’est mettre fin aux privilèges de chaque région. Les parlementaires (des nobles de robe) protestent. À Grenoble, où le ton est plus virulent, le Parlement voit ses portes être fermées par ordre royal. Le 7 juin 1788, le bruit court que des lettres de cachet ordonnent aux parlementaires de s’exiler sur leurs terres. Au son du tocsin, la population, animée par les auxiliaires de justice dont le Parlement constitue le gagne-pain, descend dans les rues de Grenoble. Certains montent sur les toits pour faire tomber des tuiles sur les troupes de la garnison chargées de rétablir l’ordre. Les émeutiers finissent par rouvrir les portes du Palais de justice, siège du Parlement.

Les conséquences de cette émeute vont bien au-delà des récriminations des nobles parlementaires. Le 21 juin, les représentants du Dauphiné se réunissent à Vizille, au sud de Grenoble.

Sont réclamés le rétablissement du Parlement et la convocation d’États généraux du royaume avec une double représentation du Tiers-État et le vote par tête (et non plus par ordre). Le 8 août 1788, Louis XVI annoncera la convocation des États généraux pour le 5 mai 1789.


Voir en ligne : Les métamorphoses de la cité idéale en Pays de Montagne (1768-1788)


[1logo de la Commission dont J.L. Kalstler est trésorier