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De la Révolution française au Conseil National de la Résistance
Une intervention du président de l’ARBR lors du 80e anniversaire de la naissance du CNR
vendredi 28 novembre 2025
Journée du 27 mai à Paris à l’invitation et à la demande du PRCF
Cher(ères) ami(es) robespierristes, déclaration du président de l’ARBR
Je remercie le PRCF de l’invitation qu’il a faite à l’ARBR d’intervenir ce jourd’hui pour rappeler ce que fut le Conseil National de la Résistance, le contexte et l’origine de sa création et son imposant programme connu sous le nom des jours heureux.
À première vue, en quoi le Président d’une association comme la nôtre, société historique savante et d’éducation populaire dont les travaux consistent essentiellement à parler des réalités de la Révolution française et habiliter dans ce cadre la vie et l’œuvre de Robespierre, et des Jacobins montagnards, serait-elle légitime pour parler du Conseil National de la Résistance ?
C’est la question que je vais essayer d’éclairer auprès de vous autant que je le peux.
C’est un honneur pour nous et la reconnaissance du travail de fond que nous menons pour faire connaître qui était réellement Robespierre et comment sa mémoire aujourd’hui nous est parvenue. Notre association est une association laïque, indépendante de tout mouvement politique ou syndical, regroupant celles & ceux qui partagent la même motivation : rassembler et analyser les éléments de la vie et de l’action de Robespierre, et d’une manière plus générale les réalités de la Révolution Française et la transmission de sa mémoire, car Robespierre, comme le soulignait à Arras en 1933 l’historien Georges Lefebvre, appartient à l’histoire glorieuse de notre République, donc pleinement à celle de pays, notre nation, bref à tous les républicains sincères attachés aux valeurs de liberté d’égalité et de fraternité que Robespierre voulut faire inscrire, pour qu’ils ne l’oublient pas sur l’uniforme de la Garde Nationale.
Les Jours Heureux ! Quoi de mieux que les idéaux révolutionnaires dans lesquels la question du bonheur est posée, pouvaient inspirer ses rédacteurs.Rappelons cette phrase célèbre de Saint-Just « La Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur et de la liberté publique par les lois. Ses élancements n’ont point d’autre objet, et doivent renverser tout ce qui s’y oppose » ou encore l’article I de la constitution de l’an I « Le but de la société est le bonheur commun. » et enfin Robespierre le 10 mai 1793 : « L’homme est né pour le bonheur et la liberté et partout il est esclave et malheureux. »
Écoutons Raymond Aubrac interviewé dans le documentaire de Gilles Peyret les Jours heureux :
« Les idées de la révolution sont dans la tête des rédacteurs du programme du CNR. Et finalement, si on cherche un peu, quelle est l’identité française, maintenant de nos jours, et bien il y a le programme du CNR. Il y est ; pas plus qu’on ne peut enlever les racines judéo-chrétiennes ou les souvenirs de la Révolution. [1] »
Quelles idées venues de la Révolution inspirent-elles nos rédacteurs ?Sans les idées mêmes de résister et d’imaginer, pour les lendemains un monde nouveau plus juste, plus libre, plus solidaire.
Puis plus précisément sans doute l’idée de la Nation, mot qui se confond avec celui de « Peuple » dans les propos de Robespierre et de bien des révolutionnaires d’une nation « une et indivisible » c’est-à-dire celle d’un peuple uni décidant d’une nouvelle manière de vivre et d’accomplir son destin dans une République faite par lui et pour lui, une république démocratique et sociale.
J’évoquerai tout d’abord à grands traits, les idéaux démocratiques
Je ne puis douter un instant qu’aucun des membres ce conseil et Jean-Moulin le premier n’ait eu en tête la constitution de l’an I et ses différents articles.
- son article I « La République française est une et indivisible. » À l’époque, Robespierre et les Jacobins avaient mesuré les dangers que le fédéralisme faisait courir à la révolution. Il ne pouvait y avoir ni liberté, ni égalité dans une nation mettant en compétition les provinces, les particularismes lorsqu’un pays était en guerre contre l’Europe entière, à ce moment de notre histoire ou un Peuple fait Nation.
- ses articles 21 à 36 innovant, je dis bien innovant, à partir de l’expérience des sociétés villageoises une forme de démocratie originale, jamais égalée dans laquelle – article 21 — La population est la seule base de la représentation nationale.
Enfin, évoquons le préambule de la constitution de 1946 : il s’ouvre par un premier alinéa qui souligne : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ».
Droits inaliénables et sacrés : Robespierre, suivant en cela Rousseau et les constituants de 1789 appellent cela le « droit naturel »
Rappelons à cet effet que la constitution de l’an III dite constitution thermidorienne qui installa le Directoire, mit fin au suffrage universel, oublia la référence aux droits naturels.
C’est la constitution de 1946 qui rétablit celui-ci dans son préambule et nous le devons au CNR.
Nul doute également que parmi le Peuple français et ceux entrés en résistance, bien plus nombreux qu’on ne le croit – les mineurs de 1941 entreprirent cette glorieuse grève patriotique en 1941 avant même l’entrée en guerre de l’URSS – avaient en tête la levée en masse des Sans-culottes défendant la patrie contre l’Europe monarchiste, lorsqu’ils s’engageaient à chasser les boches de leur territoire sans aucun doute. Et je vous renvoie en cela aux discours que Robespierre prononça contre la guerre, contre laquelle il lutta de toutes ses forces et repousser hors de nos frontières nos ennemis ligués.
En second lieu, je ne puis ne pas rappeler ce que le peuple retint de Robespierre tout au long de la Révolution mais dans la mémoire qu’il transmit de l’Incorruptible : Robespierre est incorruptiblement du Peuple. Il n’aura de cesse comme Saint-Just et Couthon d’ailleurs, de penser la République comme un système de gouvernement garantissant un droit naturel essentiel ; le droit à une existence digne et en déduction de cela le devoir de la République de garantir aux plus démunis, privés de travail ou infirmes, les secours matériels nécessaires pour qu’il puisse exercer pleinement ses droits de citoyen, articulant ainsi bonheur individuel et bonheur collectif. Je pourrais énumérer ici les décrets arrêtés par la convention bien vite jetés à bas par la réaction thermidorienne après Thermidor.
Article 111 : Nul citoyen n’est dispensé de l’honorable obligation de contribuer aux charges publiques, fondement de la citoyenneté.
Article 122 : La Constitution garantit à tous les Français l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété, la dette publique, le libre exercice des cultes, une instruction commune, des secours publics, la liberté indéfinie de la presse, le droit de pétition, le droit de se réunir en sociétés populaires, la jouissance de tous les Droits de l’homme.
Mais si elle garantit la propriété, elle lui donne des limites et l’existence de biens communs (très important dans cette France villageoise où les « communaux et leurs produits appartiennent à la communauté villageoise.)
Article 123 :La République française honore la loyauté, le courage, la vieillesse, la piété filiale, le malheur. Elle remet le dépôt de sa Constitution sous la garde de toutes les vertus.
C’est cette merveilleuse idée que je retrouve dans la politique sociale du CNR. Et comme je suis enseignant, je ne puis conclure sans évoquer le principe de Justice qui commanda le plan dit Langevin Wallon et la Loi Lepeletier de Saint-Fargeau qui proposa l’impôt scolaire progressif.
Je n’ai pas vocation devant vous à discuter ce qui appartient à l’Histoire contemporaine, , parce que ma vocation mon rôle est de parler des réalités de la Révolution Française et du rôle qu’y joua plus particulièrement Robespierre. J’ai tenté humblement de développer les propos de Raymond Aubrac qui fut l’acteur puis le témoin de cette époque et de cette aventure que conta si brillamment Kriegel-Valrimont [2] en son temps. Je demeure très prudent et vigilant surtout quant aux interprétations ou à l’instrumentalisation de l’histoire. Ce qui m’intéresse, c’est de l’éclairer, d’apporter des outils conceptuels solides pour que chacun puisse se forger son regard, et d’interroger le présent et l’avenir, faire ses choix de citoyen. C’est pour ça que la Révolution française me fascine »
Je vous remercie d’autant que je suis sensible au soutien que votre parti accorde à notre travail.
A. Carton
le 14 mai 2023
[1] https://www.dailymotion.com/video/xu3613 extrait de l’interview de Raymond Aubrac (2011)
[2] L’un des secrétaires du CNR emprisonné et pas sûr d’échapper à la mort



