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Un temps court de domination Montagnarde à Villefranche-de-Rouergue.

lundi 9 mars 2020

A Villefranche-de-Rouergue, un Comité révolutionnaire (ou Comité de surveillance) est organisé par Taillefer représentant du peuple dans le département de l’Aveyron durant cette période.

UN TEMPS COURT DE DOMINATION MONTAGNARDE À VILLEFRANCHE-DE-ROUERGUE

Hôtel de ville Villefranche de Rouergue Aveyron

Pendant une année, avec l’appui des votes de la Plaine, la Montagne exerce sa domination. Au péril intérieur et extérieur, elle réplique par un régime rigoureux. Dans l’été 1793, la République française semble au bord de l’abîme. Un régime extra-constitutionnel et provisoire, comme l’indique le décret du 10 octobre 1793 est mis en place. Un régime de guerre est mis en place et celui-ci touchera l’ensemble du territoire avec plus ou moins d’intensité, selon les lieux et populations et selon les médiateurs que sont les représentants du peuple.

Comme le souligne Michel Biard : les représentants en mission « loin de n’agir que dans le sens Paris-Province, sont des médiateurs entre le peuple et ses élus ; ils savent se transformer en arbitres du local comme observateurs attentifs au microscopique, n’hésitent pas à appliquer la loi avec l’intelligence de l’interprète plus que du simple agent… »

Portrait de Saint-Just membre du Comité de Salut Public

Porteurs de mesures exceptionnelles dans des circonstances exceptionnelles, les révolutionnaires agissent et réagissent. Saint-Just écrit dans son rapport du 10 octobre 1793 : « Dans les circonstances où se trouve la République, la Constitution ne peut-être établie ; on l’immolerait par elle-même. Elle deviendrait la garantie des attentats contre la liberté, parce qu’elle manquerait de la violence nécessaire pour les réprimer… Il n’y a point de prospérité à espérer tant qu’un ennemi de la liberté respirera… Depuis que le peuple français a manifesté sa volonté, tout ce qui lui est opposé est hors le souverain : tout ce qui est hors le souverain est ennemi… Entre le peuple et ses ennemis, il n’y a plus rien de commun que le glaive. » Robespierre poursuit le 25 décembre 1793 : « La théorie du gouvernement révolutionnaire est aussi neuve que la révolution qui l’a amené. Il ne faut pas la chercher dans les livres des écrivains politiques… Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder. La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis ; la Constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible [1]. »

A Villefranche-de-Rouergue, un Comité révolutionnaire (ou Comité de surveillance) est organisé par Taillefer représentant du peuple dans le département de l’Aveyron durant cette période. Il est organisé le 24 octobre 1793, lors de son passage dans la ville. Dans ce Comité de 10 membres, Taillefer appelle les plus ardents Montagnards. Taillefer a voulu assurer la domination Montagnarde dans un département ou la Gironde était puissante. Pour cela il exclut des administrations les éléments Girondins. Des le 13 novembre 1793, le Conseil de la commune de Villefranche est épuré. Les Montagnards de Villefranche dominent dès lors la commune et envoient une adresse à la Convention nationale. Le citoyen Bach officier municipal se charge de la rédaction de celle-ci [2]. Le Conseil assemblée en séance publique adopte l’adresse qui est transcrite au registre puis imprimée et envoyée à la Convention nationale. On peut lire :

« Citoyen législateur 

« Les éloges n’entrent point dans le langage des républicains, les faits parlent. La liberté triomphe, le règne de l’égalité s’établit et se propage sur les débris des trônes. Cette étonnante révolution est votre ouvrage… Inutilement le dernier de nos tyran aurait péri sur l’échafaud ; en vain sa femme aurait vu ses jours tranchés par le glaive de la loi ; en vain les factieux renfermés dans votre sein auraient payé de leurs complots abominables ; en vrai des généraux perfides auraient succombé accablés sous leur propre trahison ; le vengeance nationale n’est pas encore satisfaite ; quelques gouttes de sang impur peuvent-elles être comparées avec les torrents de sang que les enfants de la patrie ont répondu pour la la plus juste des causes ; le coup qui a fait tomber quelques tête factieuses, a-t-il encore rétabli l’harmonie dans toutes les parties de la République ! Non législateurs, l’aristocratie quoiqu’atterrée, espère encore se relever avec plus d’audace et de fierté. Ne donnons pas à nos ennemis le temps de se reconnaître ; exerçons la plus juste des vengeances ; plus de composition ; qu’une fausse pitié ne nous fasse pas perdre le fruit de la victoire ; n’oublions pas que le dernier sentiment des traîtres était un sentiment de vengeance et de proscription ; n’oublions pas que l’atrocité de leurs complots s’est surtout manifestée lorsque la hache des lois allée frapper leurs têtes coupables.

Mais qui doit consolider le règne des lois ? Qui doit éterniser la liberté et l’égalité, s’est vous, auguste législateurs, qui [sièges] [3] sur la montagne sainte ; vous qui d’une main ferme, avez saisi les rênes du gouvernement ; vous qui tenez en mains, le fil de toutes les trames, de toutes les conspirations ; vous qui avez la volonté, ainsi que la puissance de les déjouer, et d’en punir les coupables auteurs ; c’est par vous, par vos impulsions énergiques, que les rebelles de la Vendée sont dispersés ; par vous, les départements fédéralistes sont subjugués ; par vous, par votre impulsion, les soldats de la liberté foudroyant les nombreuses cohortes de puissance coalisées…Depuis ces jours à jamais mémorables, où votre énergie proscrivit les têtes des factieux qui, renfermés dans le sein de la Convention, entravaient la marche de la Révolution, nous comptons nos jours par nos succès. Poursuivis donc votre glorieuse carrière ; ne laissés pas votre ouvrage imparfait. Celui qui a planté l’arbre de la liberté, doit en étendre et faire fructifier les rameaux… Nous jurons soumission aux lois, adhésion à tous vos décrets. Le peuple veut la liberté, il ne peut être heureux que sous le règne de l’égalité… [4] »

Cette adresse est une véritable profession de foi patriotique et d’adhésion à la Convention que dominait pas les Montagnards. La rédaction de cette adresse émane d’un Montagnard de Villefranche, elle n’est donc pas neutre ! La commune suit les changements qui ont eu lieu à la Capitale. Et-t-elle sincère ? On peut le croire, car les administrations ont été épurées des révolutionnaires proche des girondins. Que pense le peuple ?

Pendant toute la période du 24 octobre 1793 jusqu’au 5 nivôse an II, date de sa dissolution, c’est en fait le Comité qui gouverne réellement à Villefranche-de-Rouergue. La municipalité approuve et suit les directives du Comité.

Comment fonctionne le Comité ?

Celui-ci se réunissait tous les jours matin et soir. La séance du matin commençait vers 8 ou 9 heures et se prolongeait souvent jusqu’à une heure. Celle du soir commençait vers 3 heures et on siégeait jusqu’à 8 heures [5]. le comité vise, accorde ou refuse les certificats de civisme, contrôle la caisse révolutionnaire créée pour payer et entretenir l’armée révolutionnaire [6]. Il reçoit les dénonciations, fait rechercher les prêtres réfractaires, dresse la liste des suspects [7]. Il dresse également des actes d’accusations, il fait des recherches, appose les scellés sur les papiers des suspects, fait incarcérer les plus compromis. Le Comité s’occupe des suspects, fait incarcérer les plus compromis, des réfractaires, des prêtres s’ils ont prêté le serment civique, il fait des inventaires de l’argenterie des églises et des couvents. Après inventaire, il fait porter les objets à la fonderie de Toulouse ou de Montauban [8]. L’activité du Comité s’étend à la ville et dans tout le district. Le Comité examine avec attention certaines demandes de mises en liberté.

En fait, son activité est immense. Il use de la force armée contre les municipalités suspectes et l’armée révolutionnaire est envoyée dans celles-ci. Le Comité use de la force armée contre les municipalités suspectes. Il taxe les riches, nomme des commissaires pour l’emprunt forcé et 204 reclus sont obligés de payer une taxe révolutionnaire [9].

Il s’occupe aussi de l’instruction populaire. Le 26 septembre 1793, le Conseil municipal décide sur sa proposition d’entendre les instituteurs et institutrices afin qu’ils fassent leurs preuves [10]. Le 18 brumaire le Comité s’occupe de nommer quatre instituteurs au collège et il les choisit parmi les meilleurs sans-culottes [11].

Le Comité s’occupe également des subsistances qui restent une préoccupation majeure à Villefranche comme le montre le registre des délibérations du Conseil, par exemple, le 26 octobre 1793. Sous l’impulsion du Comité de surveillance et toujours sous ses recommandations la municipalité prend, le 26 octobre1793, un arrêté qui demande la surveillance des contres-révolutionnaires et des étrangers. D’ailleurs, la municipalité est invitée à redoubler de vigilance [12].

Le 5 nivôse, le Comité Taillefer est dissous par application de la loi du 14 frimaire an II sur le gouvernement révolutionnaire.

Rentré à la Convention, il fait approuver ses opérations le 3 frimaire (23 novembre 1793). Taillefer, sans prendre la défense de Robespierre, se montra opposé au 9 thermidor et, dès le 26 (13 août), il déclare que l’aristocratie se glisse dans les sections pour s’emparer du mouvement et demande que toutes les dénonciations soient portées au Comité de sûreté générale pour y être examinées [13].

Comme un grand nombre de représentants du peuple, Taillefer a fait preuve d’efficacité dans son action. Composant avec le pouvoir local, il sait s’entourer des éléments les plus révolutionnaires tout en limitant les sanctions envers « les fédéralistes et modérés » de la région.

Il faut donc se garder de simplifier et d’imaginer une gigantesque purge des missionnaires de la République lorsqu’ils arrivent dans les départements . Taillefer en est un exemple : il réorganise les administrations locales et surtout il œuvre essentiellement dans les domaines de soutien à la nation en guerre. Subsistances, réquisitions et inventaires, suspects, instruction publique, emprunt forcé et taxation des plus riches sont les domaines de prédilection de Taillefer.

Pour conclure, je reprendrai une citation de Michel Biard issue de la conclusion de son ouvrage sur les « Missionnaires de la République ». Elle illustre parfaitement bien le rôle et la place du représentant Taillefer en Aveyron notamment à Villefranche-de-Rouergue.

« J’ose vous dire que ma présence dans ce département, même quand j’y resterais oisif, ne laisserait pas d’y produire quelques effet. Vous savez que les décrets de la Convention restent trop longtemps sans exécution, et pouvez-vous penser que les arrêtés des représentants du peuple n’auraient pas le même sort, s’ils n’étaient pas là pour les faire exécuter et pour en imposer aux autorités constituées et même aux comités révolutionnaires ? Ce n’est pas l’amour du proconsulat qui me fait persister dans ma première opinion, qu’un député montagnard dans chaque département, faisant marcher la Révolution sous les ordres du comité de Salut public, avancerait de plus de six mois le terme de la Révolution. (par Roux-Fazillac le 23 novembre 1793). »

Taillefer est bien un intermédiaire entre Paris et le département de l’Aveyron. En tant que Missionnaire de la République, il joue également un rôle fondamental dans la vie politique locale, il est bien un rouage majeur, œuvrant pour la République Française.

Vandeplas Bernard vice président de l’ARBR, Docteur en Histoire contemporaine

[1BUCHEZ et ROUX, Histoire des parlementaires, t. XXX. Paris.

[2Archives Municipales registre des délibérations du Conseil, réunion du 20 novembre 1793.

[3L’orthographe est ici respectée

[4Archives Municipales, registre des délibérations du Conseil, réunion du 20 novembre 1793.

[5A.D. de l’Aveyron, dossier Comité de surveillance, district de Villefranche.

[6Idem.

[7A.D. de l’Aveyron, dossier des suspects, district de Villefranche.

[8A.D. de l’Aveyron, dossier Comité de surveillance, district de Villefranche.

[9A.D. de l’Aveyron, dossier Comité de surveillance, district de Villefranche.

[10A.M de Villefranche, registre des délibérations du Conseil, t. VII, 26 septembre 1793.

[11A.D de l’Aveyron, dossier Comité de surveillance.

[12A.M. de Villefrance, registre des délibérations du Conseil, du 26 octobre 1793.

[13KUSCINSKI A. Dictionnaire des Conventionnels, éditions du Vexin-en-Vexin, 1973.