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Napoléon à Arras ou l’histoire des paillettes et de la propagande

A propos de l’exposition« Napoléon » d’ARRAS que B.Decriem a visitée.

mardi 25 décembre 2018

Troisième exposition après celles des carrosses royaux puis du château de Versailles, désormais c’est à la gloire de napoléon et de l’Empire qu’Arras se destine ! Réalisée avec de gros moyens, notamment publicitaires (on ne peut y échapper en venant à Arras), elle présente des tableaux qui sont la propriété du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, rarement exposés au public.
Napoléon à Arras ou l’histoire des paillettes et de la propagande

Durant ces vacances scolaires, présent dans le Pas-de-Calais, je me suis décidé à visiter la fameuse exposition Napoléon au musée des Beaux-Arts d’Arras. Ça tombait bien, mon fils Maxime scolarisé en 4e venait justement de terminer en cours d’histoire l’étude du premier Empire napoléonien.

Ce partenariat Arras-Versailles se situait à nouveau dans la logique de la célébration monarchique, de ses fastes et de ses splendeurs !!!

Troisième exposition après celles des carrosses royaux puis du château de Versailles, désormais c’est à la gloire de napoléon et de l’Empire qu’Arras se destine ! Réalisée avec de gros moyens, notamment publicitaires (on ne peut y échapper en venant à Arras), elle présente des tableaux qui sont la propriété du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, rarement exposés au public.

Disons-le tout net pour commencer, une heureuse surprise m’attendait au tout début de l’exposition.

Un tableau exceptionnel a retenu mon attention, celui de Jacques Bertaux peint en 1793 et présentant la fameuse prise des Tuileries le 10 août 1792. Ce tableau extrêmement réaliste (prise des Tuileries par les sans-culottes et combats contre les gardes suisses défendant la royauté) m’était connu depuis plus d’un demi-siècle et souvent reproduit dans les ouvrages de la Révolution française mais il était très peu exposé au public. Le découvrir a été un pur bonheur même s’il a visiblement peu retenu l’intérêt des visiteurs . Il paraît que le jeune Bonaparte était présent ce 10 août 1792 comme spectateur et c’est sans doute la raison pour laquelle ce tableau fut présenté. Bonaparte, évoquant lui-même sa présence aurait dit, vers 1800 ou plus tard, « Si j’avais commandé cela ne se serait pas passé comme cela »

Une seconde toile, célèbre, représentant la prise de la Bastille et l’arrestation du gouverneur de Launay, mérite également l’attention. Voilà pour la Révolution française et la fin de l’Ancien Régime. Il est vrai que le thème de l’exposition consiste à célébrer la gloire de l’Empereur !

Certaines œuvres sont très connues notamment celles de Gros, Bonaparte au pont d’Arcole et celle de David, Bonaparte, premier consul, franchissant le Grand-saint-Bernard. Ce qui frappe dans ces tableaux comme dans d’autres, c’est avant tout la propagande déployée afin de vanter Napoléon : tout un art et un appareil d’état mis au service du pouvoir d’un homme et de sa légende.

Le coté dynastique n’est pas oublié avec une succession de portraits de toute la famille Bonaparte, de toute les (nombreuses) femmes et maîtresses de Napoléon, de ses généraux serviles et autres personnalités arrivistes croulant sous les honneurs.

Comme on le voit ici (mais on le savait), ce n’est pas le XXe siècle qui a inventé le culte de la personnalité !

Les tableaux des champs de bataille des guerres napoléoniennes sont des modèles de propagande, qui désireraient nous faire oublier le sang versé pour l’ambition d’un homme et les centaines de milliers de victimes sur toute l’Europe, de l’Espagne à la Russie.

Et finalement, on finit par se demander au fil de ces œuvres à la gloire du Corse et de sa légende fabriquée, mais que diable la ville d’Arras a-t-elle à voir avec ce personnage, peut-être héroïque, mais certainement despotique ?

Peut-être d’anciens révolutionnaires liés à Arras sont-ils exposés ? Effectivement, on en trouve deux et non des moindres !

Lazare Carnot, ex-député du Pas-de-Calais à la Convention et ancien membre du Comité de Salut public, raide comme un piquet et engoncé dans son habit d’Empire, ayant « réussi » comme ministre napoléonien, est bien là.

Non loin de lui, voici Joseph Fouché, ancien séminariste d’Arras, dans son habit d’apparat de duc d’Otrante. Il est récompensé pour ses multiples trahisons et autres « retournements de vestes ». Il ne manquait plus que son alter ego, Talleyrand présent aussi évidemment, mais en petit-format !

Et Robespierre dont Napoléon, à Sainte-Hélène parla dans ses Mémoires en termes respectueux ? On aurait pensé qu’étant quand même le local de l’histoire et ayant même inspiré le jeune Bonaparte à ses débuts, l’Incorruptible aurait été au moins évoqué et présenté. Ce n’est pas le cas ! Il est vrai qu’il aurait peut-être fallu un autre thème d’exposition traitant de la Révolution et de ses idéaux, la démocratie et les Droits de l’Homme, des valeurs peu compatibles avec Napoléon 1er

Finalement, ne pas être associé à ces personnages me semble être plutôt à l’honneur de Robespierre et on préfère se diriger vers sa maison-musée où figure une exposition, enfin, vraiment progressiste !

Bruno DECRIEM (février 2018)