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Mémoires d’un conventionnel : Barère

Paroles de Barère rapportées par David d’Angers.

vendredi 17 avril 2020

Mémoires d’un conventionnel :
Paroles de Barère rapportées par David d’Angers
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Portrait de Barère par J.L. Laneuville 1794.

Le 28 mai 1832, M. David d’Angers rend visite à Barère. Celui-ci logeait dans une petite chambre près des Halles. David d’Angers écoute « religieusement » et recueille les paroles de Barère sur des morceaux de papiers, écrits au crayon, voici l’une de ces notes [1] :

« Il y a de grandes choses qui ne se reproduiront jamais, au moins sous les mêmes formes. Je voudrais voir un tableau représentant la petite salle où se réunissait le Comité de salut public ;là neuf membres travaillaient jour et nuit sans président, autour d’une table couverte d’un tapis vert ; la salle était tendue avec un papier de même couleur. Chacun avait sa spécialité. Souvent, après un sommeil de quelques instants, je trouvais à ma place un monceau énorme de papiers, composé des bulletins des opérations militaires de nos armées. Leur lecture me servait à faire le rapport que je lisais à la tribune de la Convention.

Quand un soldat avait fait un trait remarquable, on lui donnait un morceau de papier sur lequel était transcrit le décret de la Convention qui déclarait qu’il avait bien mérité de la patrie. Nos soldats battaient les ennemis de la France avec des épaulettes de laine. Autour de notre petite salle de réunion, nous avions formé nos bureaux dans la salle de Diane : c’étaient là nos bras. Nous voulions donner à la France des idées d’économie : sans cela elle n’aurait jamais pu faire toutes les grandes choses qui étonneront l’univers. C’est moi qui ai fait placer les figures des consuls romains sous les portiques de la galeries Tuileries, qui donne sur le jardin, ainsi que les bustes qui sont dans les niches de la façade. Je disais qu’il y a de grandes chose qui ne reparaîtront jamais ; la France n’aura jamais toute l’Europe à combattre ; le régime de la terreur ne reviendra pas plus que le despotisme exclusif. Visconti me disait : Ce que les hommes de votre époque ont fait, ne peut pas être comparé avec les grands événements de l’antiquité ; Démosthène à la tribune luttait contre ses compatriotes pour les engager à repousser les séductions de Philippe ; Caton contre Catalina ; vous, vous avez lutté contre l’intérieur et contre toute l’Europe ! »

Jacques Louis David par lui-même

Les notes de David d’Angers prises à partir du récit de Barère attirent notre réflexion sur la transmission de la conception et les souvenirs de la Révolution et de la République par des révolutionnaires eux-mêmes. La République a donc pu survivre malgré la parenthèse monarchique.

Vandeplas Bernard, vice président des Amis de Robespierre.

[1A. Esquires, Histoire des Montagnards, deux volumes