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Lettre imaginaire de Robespierre au carrossier « Lavoisier »

Lettre imaginaire rapportée par Patrice Zahra, membre de l’ARBR à l’attention de son carrossier.

mardi 8 septembre 2020

Il arrive parfois des choses extraordinaires. Aller chez son carrossier pour un devis est un moment habituellement angoissant, sauf si ce dernier a adopté le nom de Lavoisier par admiration pour ce grand savant et que dans sa fougue pour narrer ses derniers jours, il ne peut s’empêcher de pointer la responsabilité de « la Terreur de Robespierre ». Le calme est la qualité première et médicalement indispensable des Amis de Robespierre, j’ai donc promis au carrossier de La Madeleine d’en parler à Maximilien, mais qu’a priori j’avais des doutes sur sa responsabilité dans la mort de Lavoisier en mai 1794 …

De cette conversation inédite dans l’histoire de la carrosserie est née cette lettre-réponse de Maximilien Robespierre remise à mon carrossier après une rencontre magique au « bar de l’étoile rouge », célèbre endroit du paradis des révolutionnaires, 226 ans après son dernier discours – trente pages que chaque Français devrait relire régulièrement car il lui est destiné – ce courrier imaginé de Robespierre expose à un citoyen de bonne foi le contexte de chaos organisé de l’extérieur durant cette période.

Cher Citoyen de la carrosserie Lavoisier,

Lavoisier traduit devant le tribunal révolutionnaire

Vous avez évoqué avec raison l’arrestation de cet éminent savant Antoine Laurent de Lavoisier en novembre 1793 et sa mort sur la guillotine le 8 mai 1794.

La vulgate propagée par les prédateurs de la première République et leurs héritiers dans les suivantes me désigne comme le responsable de toutes les morts violentes supportées par notre nation entre le 10 août 1792 et le 28 juillet 1794.

Évoquer mon nom dans cette tragique disparition est donc aussi logique qu’injuste.

En m’accordant votre attention quelques instants, je vous confierai les raisons pour lesquelles mon action s’est toujours située à l’opposé des actions mortifères dont notre peuple a été la seule victime, puis vous indiquerai les vrais responsables des crimes infligés à une population qui ne demandait qu’à vivre mieux et en harmonie selon la devise proposée par votre serviteur « liberté, égalité, fraternité ».

Vous avez cité une anecdote touchante concernant le marque-page que Lavoisier aurait repositionné dans son livre alors qu’il quittait la charrette le conduisant à la guillotine pensant revenir à la bonne page s’il en réchappait [1]. C’est la marque supplémentaire d’un homme de bien qui s’était lui-même constitué prisonnier lors de la décision prise d’arrêter tous les fermiers généraux. Mon respect pour ce grand scientifique est grand, ma carrière d’avocat a d’ailleurs démarré par une plaidoirie sur le paratonnerre de Saint-Omer en 1783 [2] dont je vantai les mérites et le maintien sur un toit contre un voisinage hostile.

Sachez que mon action a toujours été guidée par des principes de justice sociale, de liberté d’expression totale, de droits, de tolérance et de paix :

  • 25 janvier 1790 : motion réclamant l’établissement du suffrage universel pour tous
  • 3 septembre 1790 : discours contre la répression de soldats à Nancy
  • 9 mai 1791 : discours sur le droit de pétition et sur la liberté de la presse
  • 12 mai 1791 : discours sur la condition des hommes de couleur libres
  • 30 mai 1791 : discours contre la peine de mort
  • 22 août 1791 : défense de la liberté de la presse à la Constituante
  • 24 septembre 1791 : défense des droits politiques des hommes de couleur
  • 29 septembre 1791 défense des droits des sociétés et des clubs
  • 18 décembre 1791 : premier discours contre la guerre suivi de deux autres les 2 et 25 janvier 1792
  • 17 août 1792 : refus de la Présidence du Tribunal criminel extraordinaire
  • 1er février 1793 : refus d’imposer la révolution aux peuples étrangers
  • 6 et 10 avril 1793 : discours contre le comité de sûreté générale et la conspiration
  • 28 juin 1793 : discours contre les Enragés
  • 4 août 1793 : discours dénonçant les préparatifs d’une nouvelle « septembrisade »
  • 21 novembre 1793 : discours pour la liberté des cultes
  • 5 février 1794 : rapport à la Convention sur les principes de morale politique qui doivent la guider
  • 7 mai 1794 (veille de la mort de Lavoisier) : rapport de tolérance à la Convention sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les fêtes nationales.

Bref, vous aurez compris qu’un homme déployant l’intégralité de son énergie en faveur du peuple français n’a pu qu’être lui aussi victime des mêmes intrigants ; leur seul but, leur enrichissement vorace à travers un chaos général du pays fomenté de l’étranger.

David : portrait de Lavoisier et son épouse

Remontons le fil en partant du rustre qui aurait osé répondre au médecin de Lavoisier, Jean-Noël Hallé, venu présenter ses remarquables travaux « La République n’a pas besoin de savants … ! » [3] ; il s’agit de Jean Baptiste Coffinhal-Dubail [4], président du Tribunal révolutionnaire. Ce sinistre individu était déjà juge au tribunal du 10 août 1792 et grand ami de Duplain, royaliste exalté, septembriseur manipulé, agent anglais avéré. [5]

Le martyr de notre pays a été orchestré par Pitt [6] qui voulait faire payer à la France ses déboires dans ses colonies américaines. Son réseau d’agents anglais et français [7] a visé le chaos total en déclenchant et/ou attisant des guerres extérieures et internes, des attentats, des disettes, des faux assignats, des répressions anti-religieuses, des trahisons à répétition, la mort du roi, la corruption de nombreuses factions appelées à s’entre-tuer et à paralyser le redressement de la nation. L’augmentation délibérée du nombre d’exécutions à partir de mai 1794 préparait le coup mortel à la république ; après l’exécution d’une centaine de bons citoyens qui luttaient contre les excès et les droits naturels en juillet 1794, le suffrage universel sera aboli le mois suivant et ne reverra le jour, m’a-t-on dit, qu’en 1848 grâce à la volonté d’un autre bon Français Lamartine qui a aussi dû lutter contre les héritiers des assassins de la première république pour l’imposer.

On me cite comme homme important de cette période ; je ne suis que du peuple et membre pendant douze mois du Comité de Salut public, un douzième. L’homme le plus puissant de cette période dans notre pays, et de très loin, est William Pitt, premier ministre anglais qui pouvait compter non seulement sur ses agents, banquiers, négociants, mercenaires mais aussi les hommes clés de nos institutions provisoires.

Je nomme Barère, le « Janus à trois têtes », rapporteur du Comité de Salut public, Vadier, président du Comité de Sûreté générale et de tous leurs obligés. Pitt finançait aussi les Hébertistes pour les pousser avec d’autres à toutes sortes d’exactions commises en Province par des Commissaires que le Comité de Salut public a dû rappeler à ma demande : Carrier de Nantes, Fouché de Lyon, Tallien de Bordeaux, Barras [8]…. Le « populicide  [9] » en Vendée est cyniquement élaboré par Pitt comme il avait incité indirectement à la mort de Capet en le poussant à la faute contre la patrie. Ils se sont tous retrouvés en juillet 1794 pour exécuter une République naissante et dévastée dès le berceau par ces prédateurs corrompus. Tous étaient actionnés par Pitt, conventionnels poussant à la guerre comme Brissot, généraux passés à l’ennemi comme Dumouriez ou banquiers faux-patriotes comme Perregaux plus rusé que ce roublard de Mirabeau dans son entrée au Panthéon… Ils étaient tellement partout que je préconisais d’établir systématiquement deux plans dont l’un diffusé à l’extérieur.

J’espère que cette lettre vous aura convaincu de mon regret sincère pour cette mort du grand chimiste Lavoisier, volontairement provoquée avec plus d’un millier d’autres dans le but de m’abattre. D’autres subterfuges seront utilisés pour me discréditer auprès du peuple par ces assassins de la République croulant sous l’argent déversé par les ennemis de la France.

Très cordiales salutations à un homme de bien qui défend la mémoire d’un homme de bien.

Maximilien Robespierre


[1https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7750 – « écrivant encore à la vue d’un échaffaud » et « demande d’un délai pour terminer des expériences »

[4Il trouve une place de clerc de procureur après abandon rapide de ses études de médecine. Ami de Fouquier-Tinville, il devient juge du tribunal criminel extraordinaire le 17 août 1792 et juge du Tribunal révolutionnaire le 10 mars 1793. Les Thermidoriens l’exécutent le 5 août 1794.

[6Né en 1759, fils de William Pitt l’Ancien, il devint en 1783 le plus jeune premier ministre britannique à l’âge de 24 ans jusqu’en 1801, puis entre 1804 et jusqu’à sa mort en 1806.

[7Les Hommes de Londres – Histoire secrète de la Terreur – Olivier Blanc – 1989 – Albin Michel

[8Barras – Jean Bréhat – 1934 – éditions Baudinière, Paris

[9Wikipédia – Par ce terme, Babeuf qualifie les exterminations commises par Carrier à Nantes, ainsi que par les colonnes infernales du général Turreau qui avaient reçu des ordres d’extermination des populations de l’ouest de la France (rapport Barère du 1er octobre 1793). Des historiens comme Jean-Clément Martin reconnaissent « indiscutablement de nombreux crimes de guerre mais ni génocide ni populicide. »