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Les références à la Révolution Française chez les nationalistes du Maghreb

jeudi 12 décembre 2019

L’ARBR est une association trentenaire dont la vocation est de faire connaître la vie et l’œuvre de Robespierre et les réalités de la Révolution française. Elle compte aujourd’hui près de 400 membres répartis dans toute la France et aussi à l’étranger. La pétition entreprise de 2012 à 2014 pour réclamer l’existence d’un espace muséographique consacré à notre révolutionnaire dans sa ville natale reçut elle aussi un large écho à travers le monde grâce à l’internet. C’est dire que la réalité de la révolution c’est aussi le large écho et l’intérêt que cette période de notre Histoire suscite encore parmi les citoyens de nombreux pays. Notre but s’oppose à toutes les tentatives idéologiques actuelles qui consistent à fossiliser ce moment extraordinaire de notre passé inscrit dans l’imaginaire de chacun et à contrario d’en éclairer les objectifs et les idéaux dont la réalisation est toujours inachevée et demeurent d’actualité.

Il peut paraître surprenant, voire saugrenu, que notre association s’intéresse à la manière dont les nationalistes du Maghreb se sont emparés ou inspirés de l’Histoire de la Révolution d’un pays devenu colonisateur après avoir « inventé les droits de l’homme » , et cherche à savoir comment elle a pu influencer leur pensée. Cet intérêt est communément admis lorsqu’il s’agit de la Révolution soviétique – demandez-vous sous quels rapports – il n’échappe à personne pour l’Histoire de la brève république de Florence, mais il nous a semblé qu’il l’était moins pour une Histoire qui est pourtant celle des origines de près de 7 millions de nos concitoyens.

Notre intention nous est venue de l’exemple de Patrick Boucheron publiant avec l’aide de 120 de ses collègues une « Histoire Mondiale de la France ». Quelles références à la Révolution française et à Robespierre peut-on lire dans l’œuvre des nationalistes du Maghreb ? C’est la question que nous avons posée à notre invité.

Sa réputation d’historien n’est pas à faire. Il est connu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de l’immigration algérienne et des mouvements nationalistes dans la région. Je ne saurais que vous recommander la lecture des 4 ouvrages qu’il a publiés à cet égard. [1]

Je lui cède la parole.

La conférence : Les références à la Révolution Française chez les nationalistes du Maghreb Par Jean-René Genty

INTRODUCTION

Remerciements

Citation de Bernard Lewis [2] : « La Révolution française a été le premier grand mouvement d’idées de la chrétienté occidentale à s’être imposé à l’Islam ».

Plusieurs points en propos introductifs :

Ce récit concerne le plus souvent le monde des élites mais pas uniquement. Les populations s’emparèrent à intervalle régulier de ces différentes thématiques. Il concerne deux ensembles géopolitiques et de ce fait, les questions de traduction et de translation des concepts sont importantes (watan, thouira, hogra, fitna) [3].

L’histoire est mouvement et il faut bien comprendre que l’appropriation des concepts et leur définition se modifient au fil des événements historiques survenus au cours du XIX et du XXe siècles et en particulier la révolution turque et la révolution bolchévique. Ainsi, Benjamin Stora évoque-t-il, pour la mouvance PPA, la lecture « 89 par 17 » [4].

Par ailleurs ces références ou ces invocations à la Révolution française empruntent soit des formes explicites soit d’autres plus implicites, les acteurs concernés adoptant, réinterprétant les concepts et les analyses pour les adopter voire les adapter ou les réfuter.

L’intervention se concentrera sur la situation algérienne qui, à bien des égards, présente des caractéristiques exacerbées : processus de colonisation d’une extrême brutalité, système porteur de contradictions avec un statut juridique classique – trois départements – qui régit une société clivée avec une minorité – européenne – disposant d’une citoyenneté pleine et entière et une majorité « indigène » (la question des juifs [5] étant distinguée à part).

Cette intervention s’articulera selon la progression suivante :

-*Une première approche qui esquissera une généalogie historique de l’appropriation, l’acculturation des concepts de la Révolution et plus généralement de ceux des « Lumières » à travers trois moments historiques : l’expédition d’Égypte, le réformisme de l’Empire ottoman puis la République turque.
-*En second lieu, à partir de cette situation, on évoquera le rôle très important dans le domaine les idées des penseurs « évolués » de la première génération.
-*La troisième partie sera consacrée aux positions des nationalistes contemporains notamment pendant la guerre de libération.

REPÈRES SUR L’ACCUEIL DES THÉMATIQUES RÉVOLUTIONNAIRES PAR LE MONDE ARABO MUSULMAN

1- Une longue maturation depuis le XVIIIe siècle

1-1 Orientalisme et instrumentalisation

Le monde intellectuel et diplomatique européen et plus particulièrement français se passionne pour la « question de l’Empire ottoman ». Une majorité des philosophes se sont intéressés à cette question et ont écrit à ce sujet. Il y a une passion française pour l’orient. Les « Lumières » élaborent et popularisent des concepts positifs mais aussi des éléments plus contestables qui auront une postérité détestable (dévoiement du principe des nationalités imprégné de racialisme). Cet intérêt puissant est aussi articulé sur des représentations fantasmées et à l’origine de l’orientalisme que Edward Saïd analysera par la suite [6].
La question ottomane constitue alors une des principales questions internationales.
En 1789, l’opinion intellectuelle et politique se partage en deux lignes à ce sujet :

  • L’une plutôt rousseauiste qui considère que la société islamique est certes despotique mais démocratique car égalitaire. Son moindre avancement dans la voie du progrès la rend plus proche de l’authenticité et de la vérité du temps des origines de l’Humanité. Elle est moins corrompue que les sociétés européennes ;
  • Pour la deuxième tendance, la société ottomane est le produit de la domination d’une aristocratie de conquérants turcs exploitant une masse chrétienne (un Tiers-État oriental composé d’anciennes nations).
    Le pouvoir révolutionnaire va osciller entre ces deux tendances selon les différentes phases.

Ainsi, la politique menée par le comité de Salut Public plutôt « rousseauiste » tente de renforcer ses liens avec l’Empire ottoman pour prendre à revers les coalisés. À l’inverse, les autres équipes gouvernementales plutôt de l’autre tendance et hostiles à l’Empire ottoman et à la civilisation arabo-musulmane considèrent ces derniers avec mépris.

1-2 L’héritage des « Lumières » et des révolutions européennes

En fait « les Lumières » ne sont pas un bloc. Les différents courants qui sont englobés développent outre les valeurs universalistes mais aussi, le nationalisme, le racisme, le scientisme etc. Mais des idées fortes se répandent : production d’un programme politique sécularisé. Souveraineté nationale, etc. Le corpus commun des Lumières se définit en termes d’optimisme et de foi en l’avenir (sauf Rousseau), de rationalisme conquérant qui s’attaque à tout ce qui symbolise le passé, le despotisme (sauf éclairé), les abus et les superstitions.
En réalité, il faut élargir le périmètre des influences à ce que l’on appelé « Les Lumières » et à ce que Jacques Godechot [7] avait désigné comme le « siècle des Révolutions ». A cet égard, la Déclaration d’Indépendance des 13 colonies américaines constitue une référence forte [8].
« Lorsque dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité l’oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation. »

Les principes de la déclaration d’Indépendance vont entrer en résonance avec la déclaration en 14 points du président Wilson et notamment le point 5 :
Point 5 : « Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu’en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. » et vont attirer l’attention des Algériens.

Cette déclaration aura une résonance considérable parmi les peuples colonisés.

Ce corpus thématique des Lumières peut être résumé par la devise républicaine, « Liberté, Égalité, Fraternité » qui rassemble toute une série de principes : l’égalité civile, égalité de tous les citoyens ; limites bien connues dans le domaine politique. La Liberté représente et englobe la liberté individuelle, traduction notamment dans le domaine de la justice, prolongement du travail des Lumières, liberté d’opinion et liberté de conscience (fin du monopole de l’église catholique), souveraineté du peuple, régime représentatif fondé sur la séparation des pouvoirs.

L’attrait des doctrines militaires est puissant car les techniques militaires françaises du XVIIIe siècle impressionnèrent et influencèrent l’Empire Ottoman.

Mais l’héritage des « Lumières » est aussi très composite : Déborah Cohen [9]

« La différence entre aujourd’hui et les années 1960 et 1970, c’est que l’historiographie a reconnu que les Lumières considérées comme un tout n’existaient pas vraiment (2). Je ne pense pas que la chose la plus intéressante soit d’affirmer que le XVIIIe siècle, les Lumières ou la Révolution française considérés comme un bloc seraient responsables de la situation dans laquelle nous sommes. C’était une période de bouleversements de la pensée tels que beaucoup de possibles étaient ouverts. Je suis d’accord pour dire que le nationalisme, le racisme, le scientisme étaient absolument au nombre des composantes des Lumières » [10].

1-3 L’expédition d’Egypte : un événement fondateur

La politique musulmane de Bonaparte

Tous les historiens européens et arabes s’accordent pour considérer l’expédition d’Égypte comme un événement fondateur qui relève d’une démarche politique du Directoire et non pas d’une aventure personnelle.

La décision mêle plusieurs objectifs : (rappels)
-* Depuis la conquête de l’Italie, la République est limitrophe de l’Empire ottoman et les frictions ont tendance à se multiplier 
-* La ligne politique incarnée par Bonaparte l’emporte avec le concept de « Grande Nation » qui vise à imposer la Révolution par les armes en s’appuyant sur les minorités révoltées ;
-* L’affrontement avec le Royaume-Uni qui se poursuit avec l’idée de contrôler les routes commerciales en Méditerranée et prendre l’ennemi à revers 

La fascination de l’Égypte.
L’expédition d’Égypte, outre son aspect proprement militaire, revêt une dimension idéologique très forte. Bonaparte emmène, certes, une mission scientifique importante mais il élabore un discours idéologique spécifique qu’il expliqua plus tard dans son récit de la campagne. Il mêle rhétorique révolutionnaire française et légitimation islamique des révoltes contre un sultan despotique donc corrompu qui a donné le pouvoir aux mamelouks qui exploitent le peuple égyptien.

Extrait du film Adieu Bonaparte Y. Chahine
Extrait du film ’Adieu Bonaparte’ Youssef Chacine

Cette démarche tourne court notamment en raison de l’athéisme militant des troupes françaises et de la réaction du gouvernement ottoman [11].

Pour le monde musulman, l’expédition d’Égypte ouvre l’ère des agressions coloniales des pays européens à la fois militaires et idéologiques mais le choc est tel que cet événement irrigue l’ensemble du siècle.

Les milieux progressistes et les milieux conservateurs vont s’emparer des concepts révolutionnaires pour les travailler et les adapter.

Cela passe par un important travail de conceptualisation qui emprunte aux domaines juridique, religieux, philosophique et linguistique. Comment désigner, fonder des concepts comme Révolution, liberté individuelle, libertés publiques etc. Il faut donc prendre des termes existants et en modifier le sens comme celui « d’ El Watan » [12], par exemple. Au départ ce terme est plus ou moins synonyme de « oumma » puis il est utilisé pour désigner le peuple au sens de Nation dans une perspective sécularisée. Althawra désigne la Révolution après avoir évoqué le coup de force.

La campagne d’Egypte par le cinéma (Y. Chahine)

Ce travail multiple et généralisé va se construire soit en rupture avec les concepts islamiques soit en articulation avec eux.

1-4 Le bouillonnement intellectuel du XIXe siècle

  • Les évolutions politiques
    L’Empire ottoman, qui s’est rangé suite à l’expédition d’Égypte du côté des puissances conservatrices, ainsi que ses différentes composantes entreprennent à travers de nombreuses vicissitudes au début du siècle un processus de modernisation. Le premier domaine concerne la question militaire.
    La première partie du siècle est marquée par un affaiblissement du pouvoir central qui se traduit par la révolte de minorités qui se réclament directement du principe des nationalités notamment la révolte grecque. Celle-ci caractérise le début d’un processus des révoltes centrées sur des processus ethniques et religieux avec le soutien des pays européens.
    Parallèlement les composantes de l’Empire prennent de plus en plus leur autonomie comme le montre l’émergence de l’Égypte ou Mohammed Ali mène une politique volontariste de modernisation en important les techniques et en recourant à des intervenants français notamment saint-simoniens. Le gouverneur de l’Égypte adopte un discours officiel qui plaît aux occidentaux et se place délibérément dans le sillage de Bonaparte.
    La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par la publication des Tanzimat [13] qui constituent un effort sans précédent de modernisation de l’Empire Ottoman qui concerne tous les aspects de la vie et de l’organisation sociale et politique.
    L’influence des philosophes français demeurera au centre des réflexions politiques du monde arabo-musulman et notamment Jean-Jacques Rousseau – mais aussi Montesquieu ou Auguste Comte – dont l’influence sur l’Orient et l’Asie sera considérable au XIX° et au XXe siècle. Ainsi, Messali Hadj écrira dans ses mémoires à la fin de sa vie, en 1972 (cahier n°12, p.4-761) [14].
    « L’’œuvre de Jean-Jacques Rousseau m’a marqué jusqu’à écrire mes Mémoires, après avoir longtemps été indécis. À l’époque, il m’avait éclairé sur les problèmes de la liberté, de la démocratie, de la justice. Ne peut-on pas dire, en exagérant à peine, que J.J. Rousseau a été le père de la Révolution française ? Ou du moins celui qui l’a annoncée ? À dire vrai, même si cela peut sembler étrange, j’en étais justement à me demander, en 1935, si je n’étais pas sur une voie révolutionnaire depuis plusieurs années ».
  • La renaissance religieuse
Djemal ad Din al Afghâni (1838-1897)

Les milieux religieux, passé le choc de l’expédition d’Égypte et l’hostilité à l’athéisme républicain, vont entamer un processus de réflexion théologique prenant en compte – même pour s’y opposer – les concepts des « Lumières » en s’inspirant explicitement du protestantisme.

C’est le mouvement incarné notamment par des penseurs comme Djamal ad Din Al Afgani [15] ou Moh Abdou [16]. La démarche suivie par ces théologiens repose sur le retour au texte originel (salafisme) et affirme qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la foi et la raison, celle-ci l’emportant.

Mohammed Abduh (1849-1906)

Les principes de la liberté et de la responsabilité de l’homme sont mis en avant. La prise en compte des concepts de la Révolution s’opère au prisme de l’expédition d’Égypte. Les deux hommes sont farouchement anti-impérialistes. Ajoutons qu’ils sont fortement influencés par le soufisme et ont été francs-maçons [17].

Ce mouvement de fond va jouer un rôle important dans le mouvement national algérien [18].

1-5 L’époque de tous les possibles

  • La démarche autoritaire incarnée par le kemalisme
Mustapha Kemal’Mustapha Kemal, le ghazi (le Victorieux)1881-1938

Le kémalisme bénéficie d’un préjugé favorable en Occident en raison du fait qu’il illustrerait le modèle d’une action rapide de modernisation sociale, culturelle et politique réussie d’un pays musulman. Cette image a été largement mise en avant par le pouvoir kémaliste qui n’a pas hésité à afficher ses références aux « Lumières » notamment à Jean-Jacques Rousseau dont Mustapha Kemal possédait des ouvrages annotés.
« La grande Révolution Française a très bien démontré quels prodiges pouvait réaliser un peuple exalté et rempli d’amour pour la Liberté et l’indépendance » (Mustapha Kemal) [19]

Les piliers de la doctrine sont au nombre de deux :

  • Un nationalisme turc exacerbé marqué par un racialisme – la langue soleil – qui va devenir de plus en plus obsédant et dominant au cours des années trente ;
  • Une laïcité autoritaire revendiquée : on retient les différentes lois scandant la laïcisation : abolition du califat en 1924, loi des casquettes, vote des femmes, répression épouvantable de la révolte kurde de 1925, interdiction des confréries…
    En 1937, la révision [20] constitutionnelle intègre le principe de laïcité mais une laïcité « spécifique » : « Puisque, Dieu merci, nous sommes tous Turcs, donc tous musulmans, nous pourrons et devrons être tous laïques ». (Mustapha Kemal)

Cette citation indique bien une conception de l’Islam, religion d’État, composante essentielle du nationalisme. Tous les Turcs payent un impôt qui financent uniquement le culte sunnite [21] en ignorant par exemple les Alévis [22]. Elle illustre également une conception de la République fondée sur la langue, la religion voire la race. La référence demeure le principe des nationalités. Ce modèle va inspirer d’autres régimes autoritaires (parti Baath ; nassérisme etc.)

  • Une approche démocratique : la constitution égyptienne de 1923
    L’évolution de l’Egypte à la fin du XIXe apparaît assez remarquable dans le sens où elle propose une autre voie que le républicanisme autoritaire. La devise du parti nationaliste Wafd, « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous », est assez éclairante. Le Rescrit royal inscrit dans la constitution de 1923 dont l’article 3 proclame :
    « Tous les Egyptiens sont égaux devant la loi. Ils jouissent également des droits civiques et politiques et sont également soumis aux droits et devoirs publics sans aucune distinction de race, de langue et de religion… »
    Suivi de l’article 4 : « La liberté individuelle est garantie ».
    L’ensemble de ces éléments contribuent à créer le climat dans lequel le nationalisme algérien moderne va se construire.
    De manière générale, la période est marquée par l’émergence du « je » individuel dans un univers constitué par un enchevêtrement de liens religieux, ethniques, tribaux, la fameuse société segmentaire analysée par Ernst Gellner. Cette question est au cœur du dernier livre de Mahmoud Hussein intitulé :« 
    Les révoltés du Nil, une autre histoire de l’Égypte » [23].

L’ACTION DES PREMIÈRES ÉLITES ALGÉRIENNES

1- Une société coloniale profondément inégalitaire et violente : L’exemple de la scolarisation
L’Algérie représente une situation paroxystique de la colonisation à la française caractérisée par les éléments suivants :
-*Conquête militaire particulièrement violente ;
-*Colonie de peuplement créant une situation paroxystique de violence institutionnelle
-*Système complexe à la fin du XIXe siècle : juridiquement des départements français mais avec deux populations : la population européenne et les populations d’origine régis par des statuts juridiques différents et inégalitaires.
La question scolaire illustre assez précisément cette situation et elle a un lien direct avec notre sujet puisqu’il s’agit de transmission. Rappelons quelques points :

En 1870, création des 2 sections : européens et indigènes à côté de la filière musulmane.
1889 : 2% des enfants musulmans scolarisés ; 84% des enfants européens ;
1943 : moins de 10% des enfants musulmans scolarisés : hostilité des élus européens et résistance passive des musulmans.
Abolition en 1948 de la séparation entre les 2 systèmes,

Néanmoins, cette école française, là où elle a réellement fonctionné, a joué un rôle important dans la transmission. Les leaders nationalistes qui passèrent par celle-ci (indigène ou classique) rendront tous hommage à leurs enseignants y compris pour avoir développé leur sens critique.

Dans ses mémoires d’un combattant, Hocine Aït Ahmed évoquera cette période de son enfance dans des termes élogieux :

« Cet établissement comportait deux sections : la section française, réservée aux fils de fonctionnaires français, et la section indigène. Le directeur, un « métropolitain », s’appelait M. Thomé. C’était un humaniste, un enseignant aussi dévoué que compétent (en dernière année, c’est lui qui me préparera spécialement au concours d’admission au lycée). Nos maîtres, d’origine kabyle, avaient une formation aussi robuste que leurs coups de poing -lesquels étaient sans doute nécessaires pour tenir en main des classes de soixante à soixante-dix élèves. Et encore étions-nous des privilégiés, car peu de douars possédaient leur école, moins de 10 % des jeunes Algériens étaient scolarisés » [24].

Pour sa part, Sadek Hadjeres, [25] élève dans les années trente de l’EPS [26] de Tizi Ouzou se montrera plus critique sur les contenus :

« De 1800 à nos jours, l’histoire résumait ainsi toute la barbarie et le fanatisme de notre côté, tout l’héroïsme, toute l’humanité du côté des nouveaux venus et de leur système. Nous éprouvions un mélange de honte et d’irritation, de désarroi et de colère. La honte et le désarroi venaient de ce que, dans nos pauvres cervelles, nous n’avions pas grand-chose de précis à opposer ce qui était écrit là noir sur blanc, dans ce livre qui ne devait pas mentir, puisque ne mentaient ni le livre d’arithmétique ni celui de leçons de choses…" [27] »

2- La dénonciation de la situation algérienne par la première génération, « évolués » et « réformistes »
Au début du XXe siècle, en dépit de la faible scolarisation des jeunes algériens, des individus ayant atteint un niveau élevé de formation publient des textes qui tentent de concilier l’ancrage dans le monde arabo-musulman avec des nuances marquées et la volonté de prise en compte des valeurs de la République. Ils vont interpeller celle-ci sur la manière dont elle n’applique pas les principes républicains qu’elle proclame ;

2-1 Des militaires saisis par la citoyenneté : Cadi et Khaled

Deux officiers algériens vont jouer un rôle dans cette réflexion intellectuelle, le lieutenant-colonel Cherif Cadi et le capitaine Khaled.

Colonel (cr) Cherif Kadi

Cherrif Cadi [28] est né en 1867 dans un douar près de Souk Ahras dans une famille « hilalienne » [29]. Il suit l’école coranique jusqu’à 12 ans mais ses frères le scolarisent à l’école française puis au collège de Constantine. Bachelier en sciences, il obtient une bourse pour suivre des études supérieures à Alger. En 1897, il est reçu à polytechnique. À sa sortie, il choisit l’artillerie et obtint sa naturalisation en 1887. Sa carrière militaire se déroule sans à-coups mais il n’obtient pas les avancements auxquels il aurait eu droit et notamment celui au grade de colonel en fin de carrière après la campagne du Hedjaz.

Retiré en Algérie, il publie des livres et des articles dans lesquels il tente d’opérer une synthèse entre les valeurs de l’Islam et celles de la République. Les cadres généraux de sa pensée s’organisent autour des postulats suivants :Suprématie absolue de la civilisation française et de ses valeurs et conscience aigüe de la richesse du passé du Maghreb, exaltation de l’arabisme et silence sur les Berbères.

Par beaucoup de côtés, Cherif Kadi se rattache au mouvement de réformisme musulman. Pour lui, l’Islam est le sceau des prophètes et contient l’ensemble des religions du Livre. Il prône le retour aux textes et la réfutation de l’islam populaire – le maraboutisme. Par ces aspects, il se rattache au salafisme. Mais il attache une grande importance à la Nation française. Le programme qu’il défend dans ses articles et dans ses livres vise à préserver les valeurs de l’Islam tout en « faisant abstraction de toute la partie sociale et politique qui, je le répète, est variable dans le temps et dans les différentes parties de notre planète ».
Cherif Cadi insiste sur l’importance de l’éducation des jeunes, la condition des femmes et le statut des Indigènes.

Emir Khaled

Un autre officier va se faire le porte-parole des revendications algériennes et devenir un symbole, le capitaine Khaled [30]. Le petit-fils de l’Emir bénéficie ou souffre du statut particulier fait à la famille d’Abd-el-Kader par les autorités françaises. Né à Damas en 1875, il est le fils de Sidi El Hachemi. Pensionné du gouvernement français, il suit sa scolarité à Louis le Grand puis à Saint-Cyr. Refusant de demander sa naturalisation, il suit une carrière d’officier indigène qui s’achève au grade de capitaine. À partir de 1913, il devient une figure politique en Algérie et se signale par différentes prises de position. Khaled se situe à la confluence de son héritage et de son rang social — héritier d’une famille chorfa [31], petit-fils de l’Emir – et de son attention aux nouvelles situations, l’émigration, et des nouvelles forces politiques (le communisme).

Khaled fait partie, avant-guerre du mouvement dit des « Jeunes Algériens ». Engagé politiquement, il publie de nombreux textes critiques dans lesquels il réclame la suppression du régime de l’indigénat, la représentation des musulmans dans les instances locales et l’assimilation. En mai 1919, il fait remettre à un membre de la délégation américaine une adresse destinée au président Wilson en présentant la condition de l’Algérie à la lumière du point. La lettre présente l’argumentaire suivant : Appropriation des terres par les colons qui engendre le paupérisme de la population indigène ; Le poids de la fiscalité ; Une Algérie française prospère qui contraste avec la misère des Algériens ; Régime de l’indigénat et conscription obligatoire ; Le rôle de la première Guerre Mondiale ; Misère en Algérie ; Rappel de la déclaration de Wilson et de son article 5 :

« Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu’en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. »

En juillet 1924, Khaled fait un séjour à Paris pris en charge par le PCF. Il prononce deux conférences au cours desquelles il expose ses vues politiques.

Dans ses conférences l’émir Khâled revendiquait, comme dans sa lettre au Président du Conseil, une représentation parlementaire à proportion égale, avec les « Européens algériens », « c’est-à-dire six députés et trois sénateurs pour 5 millions d’habitants » ; « la suppression du régime de l’indigénat ; l’égalité devant le service militaire ; la libre accession à tous les grades civils (sic) et militaires ». Il demandait aussi la liberté de presse et d’enseignement, l’application au culte musulman de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, « l’application aux indigènes des lois sociales » et la liberté absolue pour les ouvriers indigènes de se rendre en France. De ce programme, L’Humanité disait qu’il visait essentiellement ces droits que la bourgeoisie considère « comme les plus belles et les plus glorieuses conquêtes de la démocratie ».

Certains thèmes qui seront plus tard fort utilisés par les nationalistes algériens apparaissent, pour la première fois publiquement, dans la bouche de Khâled : l’idéalisation du passé de l’Algérie avant « l’occupation française » (« les centaines de millions de francs des biens habous » — « les 300 000 élèves indigènes des écoles coraniques d’avant la conquête ») et la dénonciation de l’accroissement du « paupérisme » lié aux spoliations coloniales.

2-2 Le renouveau islamique

Le réformisme algérien se situe dans le mouvement général de la renaissance musulmane de la fin du XIXe siècle que l’on appelle la Nahda [32] qui correspond à une ouverture au monde et le recours à la raison. Il se réclame des enseignements de Rachid Rida, de Moh Abdu ou de Jamel Al Afghani caractérisés par le recours à la raison et le retour aux textes initiaux.

Mais les réformistes algériens vivent au contact de la culture française et se réclament des grands principes républicains et notamment ceux de la devise de la République.

Les questions qui fâchent sont les suivantes :

  • Les réformistes sont admiratifs des progrès scientifiques et techniques de l’Occident mais se méfient de ses mœurs ;
  • Ils considèrent l’occident comme responsable du laxisme qui gagne la jeunesse algérienne et se méfient de l’école française qui scolarise les « élites » algériennes.
Cheikh Ben Badis (1889-1940)

De la culture française, les réformistes musulmans ne semblent vouloir admettre que l’enseignement scientifique, les techniques et la pensée des meilleurs philosophes (Rousseau) Politiquement, ils se montrent modérés.

« Je suis satisfait des réformes promises par le gouvernement Blum-Viollette, en attendant que le suffrage universel soit réalisé pour tous, permettant l’intégration pure et simple de la collectivité musulmane dans la grande famille française » [33]

Deux événements marquent les pays coloniaux et le Maghreb en particulier : la révolution turque et la révolution bolchévique.
La première est symbolisée notamment par le refus de Mustapha Kemal d’accepter le règlement imposé par les grandes puissances et la seconde semble marquer un début d’un processus d’émancipation des peuples orientaux avec notamment la question du « communisme musulman ». Le mouvement révolutionnaire algérien va être profondément marqué par cette influence et ce contexte.

Dans ses mémoires, Messali Hadj insista sur l’importance de la révolution turque :

« Dans tous les foyers, on ne parle que des succès remportés par les Turcs contre les Grecs. Les gens portaient dans leur portefeuille la photographie des héros turcs, Mustapha Kemal et Ismet Pacha. Des voyageurs venus de Tunis racontaient que, là-bas, on avait promené dans la rue l’effigie de Mustapha Kemal tandis que la population l’arrosait de parfums et lui envoyait des fleurs » [34].

Octave Depont, cadre important du gouvernement général, « expert » de la situation algérienne, va beaucoup insister sur les liens entre communisme et « indigènes algériens ».
« Bonaparte avait ses mameluks, les sultans ont encore des gardes noires. Et voici la garde berbère des futures armées rouges qui s’avance parmi les oriflammes de Lénine au transfert des cendres de Jaurès, et qui s’offre comme un bouclier protecteur aux entrepreneurs du Grand Soir » [35].

2-3 La transition : Ferhat Abbas

Ferhat Abbas qui fut un homme de « l’entre deux » illustre de manière presque pure l’analyse et le positionnement d’un produit de l’école française.

Ferhat Abbas

Ferhat Abbas est probablement celui qui est allé le plus loin dans une tentative de synthèse entre l’attachement aux valeurs de l’arabité et de l’Islam et les valeurs républicaines au centre desquelles se trouvent la liberté individuelle, les libertés collectives et l’indépendance. C’est quelqu’un qui, par sa formation initiale – école française, études de pharmacie – et son positionnement politique est en mesure d’exprimer précisément les évolutions de sa pensée. Il va le faire dans un livre bilan qu’il écrit en 1962 alors qu’il est retiré des affaires. Dans « La nuit coloniale » publié en 1962 il revisite l’histoire de l’Algérie et va longuement développer les références à la Révolution Française.
« Il existait pourtant une analogie fondamentaliste entre les courants d’idées qui animaient les peuples européens après les guerres napoléoniennes et les aspirations nationales des peuples africains, après les deux dernières guerres. Avec cette différence qu’entre temps, la France avait changé de position ».

Pour Ferhat Abbas, le scénario français pouvait s’appliquer à la situation de l’Algérie.
« Et nos soldats fellahs se mirent à espérer beaucoup de la solidarité du peuple français. Ceux qui avaient pu aller à l’école partageaient cette espérance. Nos livres représentaient la France comme le symbole de la Liberté. A l’école, on oubliait les blessures de la rue et la misère des douars, pour chevaucher avec les révolutionnaires français et les soldats de l’An II, les grandes routes de l’Histoire… […] Les enseignants, dans une grande proportion, étaient des Républicains, foncièrement démocrates… […] Personnellement, je me suis mis à penser que l’Algérien était à la veille de 1789. Nos paysans étaient semblables aux paysans français décrits par La Bruyère. L’Européen entourés de ses mandarins arabes (caïds, bachagas et marabouts) était le féodal. La France était le Roy ». (P 114).

Les thèmes de la période fondatrice que représente pour des milliers de jeunes Algériens le passage par « l’école de la caserne et de l’usine », c’est-à-dire l’engagement dans la première mondiale et dans l’immigration vont être repris et proclamés par le mouvement National.

2-4 Les avant-gardes et les masses : l’importance de l’immigration

A l’origine de l’immigration, on trouve bien entendu des considérations « économiques » qui jouent un rôle très important mais il ne faut pas ignorer d’autres motivations parfaitement exprimés pat ailleurs par quelqu’un comme Messali Hadj. Emergence de l’articulation « découverte de l’universel » - la découverte du travail industriel le contact avec d’autres réalités culturelles et sociales. De ce fait, le migrant n’est plus le « paysan algérien ». Il est devenu l’Maigri décrit et analysé pat Abdelmalek Sayad.

Parmi ces nombreux migrants (140 000 au lendemain de la Première guerre Mondiale, certains vont être en contact direct avec les organisations politiques et syndicales de la métropole et le communisme va jouer un rôle prépondérant dans les années de l’après-guerre. Ces militants vont trouver le chemin de 89 par 17.

Messali Hadj’Messali Hadj, le Zaïm :

— « 1789 à la lumière de l’Islam :»
Messali Hadj, le fondateur du nationalisme révolutionnaire illustre cette attitude et ces migrants rencontrent le militantisme politique via le syndicalisme révolutionnaire (la CGTU) et le communisme : Création en 1922 du journal « Le Paria » organe de l’Union Intercoloniale ; L’Etoile Nord-Africaine, 1926.

« Les travailleurs algériens ont tiré de la manifestation du 14 juillet un certain nombre d’enseignements. Ils ont compris que si les travailleurs français eux-mêmes ont été obligés de descendre dans la rue, d’occuper des usines, des magasins et manifester par dizaines de milliers dans les artères de la capitale française pour obtenir une certaine amélioration de leur niveau de vie, il leur faudrait eux-mêmes plus d’efforts, plus de souffrances et de résistances pour acquérir leur droit à la vie » [36].

Au contact des militants français, les Algériens vont adhérer, participer aux actes rituels de la Gauche républicaine et révolutionnaire, que ce soit au cours des années vingt, trente. Cette tradition est vivifiée par les contacts étroits avec une partie de la direction de l’Etoile puis du PPA avec l’extrême-gauche non communiste.

2-5 Un exemple d’influence de l’école française : le groupe de Ben Aknoun

Kateb Yacine

L’après-guerre est marqué par un ralliement de couches sociales de plus en diversifiées autour du nationalisme révolutionnaire et de ses analyses. Un aspect notable réside dans l’adhésion de « jeunes intellectuels » issus d’une école française qui s’ouvre enfin aux couches moyennes algériennes au PPA comme par exemple le poète Kateb Yacine. Une étude récente d’Ali Guenoun [37] décortique le « groupe du lycée de Ben Aknoun ». Elle nous renseigne très précisément sur ces nouveaux profils [38]. Partant d’une étude de la crise berbériste de 1949, il étudie la composition d’un groupe de lycéens originaires de familles moyennes de Haute Kabylie ; ils ont été très tôt mêlés à la vie du Parti et exerceront par la suite des responsabilités importantes au sein du FLN, le plus connu étant celui d’Hocine Aït Ahmed. Ces lycéens opèrent une synthèse entre la tradition religieuse (certains appartiennent à des familles maraboutiques), la culture française littéraire philosophique et l’ouverture au monde. Tout cela s’articule avec l’expérience et le souvenir de mai 1945. Ils vont tout naturellement s’orienter vers la lutte armée en s’inspirant des expériences chinoise et vietnamienne.

Le recours à la langue française et aux concepts qu’elle véhicule est défendu est illustré par la fameuse déclaration de Kateb Yacine qui considère la langue française comme un « butin de guerre » qu’il faut retourner contre l’oppresseur. Ces lycéens qui vont devenir ensuite des cadres importants du FLN ont assimilé les références révolutionnaires. Un rapport rédigé en 1948 par l’un des plus connus d’entre eux, Hocine Aït Ahmed, alors chef de l’OS, affirme la nécessité de recourir à l’action militaire contre le colonisateur en ayant recours à la guerre populaire théorisé par Clausewitz et Engels tout [39] en s’inspirant de la stratégie de l’IRA, de Ho Chi Minh et de Mao Tsé Toung sans oublier les nombreuses révoltes qui scandent le territoire algérien depuis Jugurtha. Ce faisant, il attaque avec virulence la direction du PPA et surtout le mouvement communiste :

Hocine Aït Ahmed,
le théoricien de la guerre révolutionnaire
(1926-2015)

« conception de dernier cri, il faudrait et il suffirait d’organiser autour du Palais Carnot des manifestations populaires gigantesques pour obliger l’Assemblée algérienne pour proclamer la Constituante. Un 89 algérien ? Avec prise de Barberousse et serment du jeu de paume […] La considération qui saute aux yeux est que la Révolution française est un phénomène intérieur, un phénomène français… elle oppose des classes sociales […] Engels souligne en substance que la tactique est fonction de la technique ; elle est commandée par le niveau de l’armement […] Les effets extraordinaires de la Révolution française […] l’extraordinaire bouleversement de l’art de la guerre qui rendit inefficace une bonne partie des méthodes de guerre des meilleures armées, proviennent de l’extraordinaire bouleversement de l’art de la guerre qui rendit inefficace une bonne partie des méthodes de guerre des meilleures armées, et de toute évidence moins des méthodes nouvelles introduites par les Français dans la conduite de la guerre que des changements dans le caractère du gouvernement et dans la condition du peuple… »

2-6 La référence à la France de 1789 pendant la guerre d’indépendance

Pendant la guerre d’indépendance, l’ensemble de ces différentes sensibilités vont se rejoindre dans la dénonciation d’une République qui viole les principes qu’elle a voulu affirmer à la face du monde en pratiquant une guerre qui s’oppose à l’émancipation d’un peuple. Alors que jusqu’en 1950, le discours réformiste et le discours révolutionnaire mettent face à face deux France, la France démocratique et humaniste qui s’oppose à la France coloniale, il n’en est plus rien à partir de 1956.

Les références du côté du FLN

« Ce qu’il faut, c’est la Révolution à 1789... Notre combat est légitime. Il entre dans la pure tradition de la France révolutionnaire » (« Résistance algérienne », 20-31 mai 1957).

El Moudjahid, 1er novembre 1958 : Déclaration de Krim Belkacem
« La Révolution devient ainsi le creuset ou les hommes de toutes conditions, paysans, artisans, ouvriers, intellectuels, riches ou pauvres, subissent un brassage tel qu’un type d’homme nouveau naitra de cette révolution ».

El Moudjahid, 1er novembre 1961 : « appel aux démocrates français ! »
Depuis sept ans, la sale guerre d’Algérie corrompt toutes les valeurs de liberté et d’humanisme que votre pays avait jadis proposé au monde. Voyez ce qu’est devenu Paris, qui fut la capitale du droit d’asile. Combattez la répression colonialiste et faites que Paris ne devienne pas la capitale du racisme. Hommes de gauche ! Observez comment au nom de la répression du juste combat d’un peuple pour sa liberté, les règles, les mœurs et traditions d’honneur de votre pays se dégradent à mesure que la répression se développe et que la guerre se poursuit ».
« Depuis sept ans, la sale guerre d’Algérie corrompt toutes les valeurs de liberté et d’humanisme que votre pays avait jadis proposées au monde »
Cette référence est particulièrement récurrente dans les textes et les prises de position des étudiants algériens en France puis en Belgique.
« Nous dissocions culture française et régime colonialiste, et cela justement parce que nous voulons maintenir dans leur pureté certaines traditions très françaises : l’esprit « jacobin », la constante démocratie française, le sentiment républicain français. Nous restons fidèles à cet esprit qui justement avait triomphé lors de la déclaration des droits de l’homme » [40] (« Je t’avoue que j’arrive de moins en moins à dissocier la France réelle de la France légale. Je cherche la France que j’ai apprise sur les bancs de l’école, et je ne la trouve que chez quelques Français qui précisément rougissent d’être Français lorsqu’il est question de la guerre d’Algérie. C’est à ces Français, c’est à ces quelques amis que j’ai pensé en ce 14 juillet » (A. Taleb, 1966) [41]

Les références du côté messaliste
Les revendications du Parti du Peuple Algérien (Mouvement pour le triomphe des Libertés Démocratiques), 1951
Les références explicites à la Révolution de 1789 à travers la prise de la Bastille enrichies par celles à la Commune de Paris, à la révolution d’octobre et au Front populaire demeureront constantes dans le discours messaliste allant de pair avec une hostilité grandissante à l’égard de l’Union Soviétique et du PCF qui, dès les 1957 soutiennent le FLN.
En contact étroit avec certains secteurs de l’extrême-gauche non communiste, trotskistes lambertistes et anarchistes, Messali continue d’user de ce registre chaque fois qu’il le peut. Il développera notamment le thème de l’assemblée constituante algérienne qui, dans son esprit, doit réunir les différentes communautés d’Algérie mais il s’éloignera de la référence à la révolution bolchévique.
Du côté syndical (USTA), les références au mouvement ouvrier international furent encore plus explicites soutenues par des minorités des grandes fédérations françaises, Force ouvrière et la Fédération de l’Education Nationale.

CONCLUSION

Contrairement à certaines assertions, les concepts et les valeurs démocratiques forgées au XVIIIe siècle par les intellectuels occidentaux ont rencontré un écho considérable dans le monde arabo-musulman où beaucoup, de toutes conditions sociales, s’en sont emparés en fonction du degré de connaissances de chacun et les ont retravaillés.
Que ce soit les jurisconsultes, les cadres politiques et administratifs de cette énorme entité qu’était l’Empire ottoman, chacun a puisé son inspiration dans les écrits des philosophes en essayant de les interpréter et de les articuler et/ou de les légitimer à la lumière de la tradition musulmane. Ainsi, la bibliothèque personnelle du Ghazi lors de son décès comportait un exemplaire du contrat social annoté de sa main.
Cette recherche de la synthèse ou de la meilleure articulation possible constitue l’élément commun à toutes les démarches mises en œuvre après le choc de l’expédition d’Égypte. À de rares exceptions près, l’ensemble des penseurs et des acteurs tentent de construire une articulation rationnelle entre concepts politiques hérités des Lumières – au sens large et pour une large part Marx relève des Lumières – et le corpus musulman. Que ce soit au XIXe siècle et au XXe siècle, l’obstacle principal se situe au niveau du religieux. C’est ce qui achoppe très vite entre nationalistes algériens et parti communiste, l’Etoile Nord-Africaine s’autonomisant aussi et surtout sur cette question. Et les théoriciens du « communisme musulman » – sultan Galiev [42] – en dépit de tous leurs efforts ne réussissent pas à surmonter cet obstacle.
La vision commune des nationalistes algériens est que 1789 constitue une étape sur une histoire humaine linéaire de l’émancipation des hommes et que ces événements constituent une rupture historique dont il faut absolument s’emparer mais qu’on ne peut pas transposer telle quelle. Les officiers kemalistes considéraient qu’ils iraient plus loin que les révolutionnaires français et que leur tâche est en devenir. Le même schéma était mis en œuvre pour analyser la nature de la révolution bolchevique
Ces thématiques vont ressurgir avec force lors du mouvement dit du « printemps arabe » au cours duquel, des secteurs entiers de population se sont réclamées de ces principes. De même, les manifestants d’Algérie brandissent actuellement la revendication d’une « Assemblée constituante », mot d’ordre central du PPA puis des messalistes.

LA DISCUSSION

Question 1

L’auditrice demande au conférencier des précisions quant à la scolarisation des enfants Arabes dans l’Algérie coloniale.

Jean-René Genty précise les contradictions entre les discours coloniaux et la réalité sur le terrain, en particulier l’absence de services publics, les conditions de vie des familles et la grande misère matérielle des conditions de scolarisation. Il explique le fonctionnement de deux systèmes scolaires parallèles : l’école pour les Indigènes et l’école française. Les programmes y sont différents. Il existe parallèlement une école coranique pour les enfants musulmans.

Il souligne l’engagement militant de certains enseignants français dont on trouve trace dans les mémoires des élites du mouvement nationaliste. A titre d’exemple, il témoigne de l’engagement de certains inspecteurs d’académie ou de directeurs d’école normale qui chercheront à rassembler la formation des maîtres des deux écoles et l’application des mêmes programmes. Les programmes d’histoire sont ceux de la 3e république pour l’école des colons.

Il explique également la méfiance des familles vis-à-vis de l’école coloniale dans laquelle les discriminations et le mépris racial existent.

Question 2

L’auditeur interroge sur la persistance ou le rapport à Robespierre.

Robespierre n’est pas référencé dans le monde Arabo musulman, bien que Rousseau soit une référence constante.

Deux hypothèses sont avancées dans le débat. Il est clair que les références à la révolution française chez les leaders algériens vont se transmettre par l’école et l’acculturation. Dans l’historiographie de la troisième République Robespierre n’y apparaît que sous l’angle de « sa légende noire ». Ainsi, dans l’imaginaire de la révolution deux évènements sont valorisés : la constitution, et Valmy. La terreur n’y apparaît pas.

Une autre hypothèse est avancée. 89 et Valmy sont des évènements-références positifs et pouvant servir le militantisme anticolonial (La France des Droits de l’Homme et celle de la victoire des sans-culottes). Robespierre assimilé à la Terreur et à Thermidor en symbolise alors par opposition l’échec.

Cet apparente contradiction interroge, d’autant plus que la politique de Robespierre, s’inspire de la philosophie de Rousseau dont le conférencier a montré l’importance auprès de élites religieuses intéressées par la place que le philosophe accorde à la Nature. Ainsi, la position de Robespierre sur son rapport à la justice et à l’égalité sociale, aux droits, en particulier celui de la liberté des cultes et à la Nature et l’existence d’un Être Suprême s’inscrit dans cette culture rousseauiste.

Question 3

Les solidarités

Cette intervention est davantage le témoignage personnel de l’engagement des militants progressistes à favoriser la scolarisation et le soutien aux guerres d’indépendance. Le conférencier rappelle à ce titre l’engagement de la sociologue Germaine Tillon et les contradictions qu’il contenait.

Documents

Proclamation aux égyptiens du général Bonaparte 1798

« Dieu, de qui tout dépend, a dit : le règne des Mameluks est terminé. On vous dira que je viens détruire la religion de l’islamisme ; répondez que j’aime le Prophète et le Coran, que je viens pour vous restituez vos droits.

Nous avons dans tous les siècles été les amis du grand sultan. Trois fois heureux ceux qui se déclareront pour nous ! Heureux ceux qui resteront neutres ! Malheur aux insensés qui s’armeront contre nous ! Ils périront ! ».

Extrait du discours de Wilson reprenant les quatorze points :

  1. « Des traités de paix ouverts, auxquels on a librement abouti, après lesquels il n’y aura ni action ou décision internationale privée d’aucune nature, mais une diplomatie franche et transparente »
  2. « Une absolue liberté de navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, en temps de paix, aussi bien qu’en temps de guerre, sauf si les mers doivent être en partie ou totalement fermées afin de permettre l’application d’alliances internationales. »
  3. « Le retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et l’établissement d’une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s’associant pour la maintenir. »
  4. « Des garanties adéquates à donner et à prendre afin que les armements nationaux soient réduits au plus petit point possible compatible avec la sécurité intérieure. »
  5. « Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu’en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. »
  6. « L’évacuation de tout le territoire russe et règlement de toutes questions concernant la Russie de sorte à assurer la meilleure et plus libre coopération des autres nations du monde en vue de donner à la Russie toute latitude sans entrave ni obstacle, de décider, en pleine indépendance, de son propre développement politique et de son organisation nationale ; pour lui assurer un sincère et bienveillant accueil dans la Société des Nations libres, avec des institutions de son propre choix, et même plus qu’un accueil, l’aide de toute sorte dont elle pourra avoir besoin et qu’elle pourra souhaiter. Le traitement qui sera accordé à la Russie par ses nations sœurs dans les mois à venir sera la pierre de touche de leur bonne volonté, de leur compréhension des besoins de la Russie, abstraction faite de leurs propres intérêts, enfin, de leur sympathie intelligente et généreuse. »
  7. « La Belgique, et le monde entier agréera, doit être évacuée et restaurée, sans aucune tentative de limiter sa souveraineté dont elle jouit communément aux autres nations libres. Nul autre acte ne servira comme celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu’elles ont établi et déterminé elles-mêmes pour le gouvernement de leurs relations avec les autres. Sans cet acte curateur, l’entière structure et la validité de la loi internationale est à jamais amputée. »
  8. « Tous les territoires français devraient être libérés, les portions envahies rendues, et les torts causés à la France par la Prusse en 1871, concernant l’Alsace-Lorraine, qui a perturbé la paix mondiale pendant près de 50 ans, devraient être corrigés, de telle sorte que la paix soit de nouveau établie dans l’intérêt de tous. »
  9. « Un réajustement des frontières d’Italie devrait être effectué le long de lignes nationales clairement reconnaissables. »
  10. « Aux peuples d’Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d’un développement autonome. »
  11. « La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devraient être évacués ; les territoires occupés devraient être restitués ; à la Serbie devrait être assuré un accès à la mer libre et sûr ; les relations des États des Balkans entre eux devraient être déterminés par une entente amicale le long de lignes historiquement établies d’allégeance et de nationalité ; des garanties internationales quant à l’indépendance politique et économique, et l’intégrité territoriale des États des Balkans devrait également être introduites. »
  12. « Aux régions turques de l’Empire ottoman actuel devraient être assurées la souveraineté et la sécurité ; mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d’une façon autonome ; quant aux Dardanelles, elles devraient rester ouvertes en permanence, afin de permettre le libre passage aux vaisseaux et au commerce de toutes les nations, sous garantie internationale. »
  13. « Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »
  14. « Une association générale des nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États.

watan = patrie = pays peuple – citoyen

On sait que l’idée de citoyenneté est généralement considérée, en Europe, comme héritée de la cité grecque (polis), à l’origine de l’invention de la « politique », comme gouvernement de la cité. Les mots « cité », et « citoyen », renvoient au latin civitas, qui reprend le sens du grec polis, et qui désigne une communauté d’hommes libres regroupés dans et autour de l’espace de la ville. [...]

Il faut toutefois attendre la Renaissance, puis les siècles des Lumières et la Révolution française, pour que l’idée de citoyen soit redécouverte et la citoyenneté réinventée, dans le contexte de l’autonomisation croissante des villes puis du renversement du pouvoir féodal. [...]

Dans le monde arabe et musulman du 19e siècle, les penseurs de la Nahda [43], intrigués par ce qu’ils observent dans la société européenne, et préoccupés par ce qui leur apparaît comme un déclin des sociétés musulmanes, en particulier au sein de l’empire ottoman, développent à leur tour une réflexion sur l’idée de citoyenneté, en s’inspirant de la pensée occidentale des Lumières, tout en l’inscrivant dans le contexte de leurs sociétés, avec les mots de la langue arabe. […]

C’est chez Rifa‘a al-Tahtawî (réformateur égyptien) que l’on trouve les premiers écrits discutant des notions de « citoyen » et de « citoyenneté », telle qu’il les a rencontrées à Paris, dans la France postrévolutionnaire, où le citoyen est indissociable de l’idée de la patrie. […]

La première difficulté sur laquelle j’ai butté est la traduction de madîna, utilisée par l’auteur pour parler de la « cité » au sens de lieu du politique, mais aussi de la ville, comme fait social.
Mais le problème le plus délicat, on le devine, est posé par la constellation des dérivés du mot watan (watanî, wataniyya, muwâtin, etc.) et du vocabulaire du nationalisme d’un côté (qawm, qawmî, umma), de la civilité de l’autre (madîna, madanî…).

Le mot watan n’avait pas autrefois le sens de « patrie » qu’il a pris aujourd’hui, mais simplement de pays natal, où l’individu a ses racines, auquel il est attaché sentimentalement. […]

En tout état de cause, il est clair que la racine watan, qui donnera le mot muwâtin, aujourd’hui habituellement utilisé dans le sens de « citoyen », donne à l’idée de citoyenneté une dimension patriotique, une référence à l’idée nationale, qui était sans doute présente dans la France révolutionnaire, mais qui ne l’est plus, aujourd’hui. Lorsque Wajih Kawtharani (professeur de sciences politiques libanais) insiste sur « l’importance de la question démocratique » dans le cadre d’une nécessaire refondation des sociétés politiques arabes, il appuie celle-ci sur l’association de l’idée de cité (madîna) et de celle de patrie (watan), et sur la double dimension civile (madaniy) et patriotique (wataniy) de la citoyenneté (muwâtana).

Élisabeth Longuenesse, « Traduire la citoyenneté », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypothèses.org), 21 septembre 2012. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/4185

La controverse Renan/Afghani analysée par Henry Laurens, professeur au collège de France

« Renan est à la fois très respectueux des gens de religion mais très hostile à ce qui est religieux, au sens où il y voit le danger du fanatisme, de l’interdiction de la pensée libre… selon lui, l’Islam ne serait que la version exacerbée de toute tendance religieuse à s’opposer à la pensée libre ».

La réponse d’Afghani est qu’il ne faut pas sacrifier les musulmans à cette vision des choses et que toute religion est hostile à la libre pensée.

Afghani, en revanche, était plutôt un réformateur de l’Islam, qui se revendiquait des réformateurs européens. Ses modèles sont plutôt Calvin et Luther ». Campus « Lumières de l’Islam »

Ferhat Abbas

« Personnellement, je me suis mis à penser que l’Algérien était à la veille de 1789. Nos paysans étaient semblables aux paysans français décrits par La Bruyère. L’Européen entourés de ses mandarins arabes (caïds, bachagas et marabouts) était le féodal. La France était le Roy ». Ferhat Abbas, La Nuit coloniale (p 114).

Colonel (cr) Cherif Cadi :

« Mes congénères ont versé sans compter leur sang sur tous les champs de bataille de l’immense front…Je suis en droit de demander à nos parlementaires de supprimer les injustices flagrantes dans leur traitement…C’est un devoir pour les dirigeants français d’exiger l’égalité de traitement dans l’impôt du sang et dans la manière de rendre la justice. En accordant au peuple musulman algérien les réformes qu’il demande…le gouvernement assurera notre entrée réelle dans la grande famille française ce qui est le rôle civilisateur de notre mère patrie ».

Messali Hadj :

« L’œuvre de Jean-Jacques Rousseau m’a marqué jusqu’à écrire mes Mémoires, après avoir longtemps été indécis. A l’époque, il m’avait éclairé sur les problèmes de la liberté, de la démocratie, de la justice. Ne peut-on pas dire, en exagérant à peine, que J.J. Rousseau a été le père de la Révolution française ? Ou du moins celui qui l’a annoncé ? A dire vrai, même si cela peut sembler étrange, j’en étais justement à me demander, en 1935, si je n’étais pas sur une voie révolutionnaire depuis plusieurs années ». Messali Hadj, mémoires.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE
Les principaux textes philosophiques des « Lumières »


Le XVIIIe siècle est celui de la naissance et de l’épanouissement de l’économie politique. Tous ceux qui écrivent à ce sujet - et ils sont nombreux – s’intéressent de près à la situation du monde arabo-musulman dans une perspective comparatiste. De Rousseau à Voltaire en passant par les physiocrates et les premiers orientalistes, chacun propose sa théorie et son analyse. A bien des égards, ce bouillonnement d’idées peut être rapproché de celui que nous connaissons dans la période actuelle.
Montesquieu (Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de), Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1996.
Rousseau Jean-Jacques, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1990.
Voltaire (François-Marie Arouet, dit), Œuvres complètes
Et tous les autres : Condorcet, Sade, Turgot, Prévost…. et Volnay.

Les textes des intellectuels arabo-musulmans

Abdel Malek Anouar, La pensée politique arabe contemporaine, Paris, Editions du Seuil, 1975.
Dupont Anne-Laure, Mayeur-Jaouen Catherine, Verdeil Chantal, Le Moyen Orient par les textes – XIXe-XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2016.
Ernest Renan Ali Mohammad Gamâl al-Dîn al- Afgânî, L’Islam et la science : avec la réponse d’al-Afghânî, l’Archange Minotaure, collection Vers l’Orient, (octobre 2005).

Les écrits des acteurs

Abbas Ferhat, La nuit coloniale, Paris, Editions du Seuil, 1962.
Aït Ahmed Hocine, Mémoires d’un combattant., L’esprit d’indépendance, 1942-1962, Paris, Editions Messinger, 1983.
Harbi Mohammed, Les archives de la révolution algérienne, Paris, Editions Jeune Afrique, 1983.
Hadj Mohammed, Les mémoires de Messali, Paris, Jean-Claude Lattès, 1982.
Kateb Yacine, Nedjma, Paris, Editions du Seuil, Points, 1981.

Les travaux philosophiques historiques et sociologiques

Altusser Louis, Montesquieu, la politique et l’histoire, PUF, collection Quadrige, 2003.
Bozarslan Hamit, Histoire de la Turquie contemporaine, Paris, Editions de La Découverte, 2016.
Cadi Jean-Yves Bertrand, Cherif Cadi, serviteur de l’Islam et de la République, Paris, Maisonneuve et Larose, 2003.
Charnay Jean-Paul, Regards sur l’Islam, Freud, Marx et Ibn Khaldoun, Paris, Editions de l’Herne, 2003.
Colonna Fanny, Instituteurs algériens 1883-1939, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1975.
Guenoun Ali, « Des intellectuels et l’idée nationale, parcours du groupe de Ben Aknoun » in Une histoire intellectuelle sociale et culturelle du politique en Algérie et au Maghreb. Etudes offertes à Omar Carlier (sous la direction de Morgane Carrion et de M’Hamid Oualdi), textes inédits, Paris, Editions de la Sorbonne, 2018.
Hussein Mahmoud (Baghat el Nadi et Adel Rifaat), Les révoltés du nil, une autre histoire de l’Egypte, Paris, Grasset, 2018.
Laurens Henry, Orientale I « Autour de l’expédition d’Egypte, Paris, CNRS éditions, 2004.
Lewis Bernard, Islam, Paris, Gallimard, 2003.
Luizard Pierre-Jean, Laïcité autoritaire en terres d’Islam, Paris, Fayard, 2008.
Merad Ali, Le Réformisme musulman en Algérie (de 1923 à 1940). Essai d’histoire religieuse et sociale, La Haye, Editions Mouton, 1967.
.Neaimi Sadek, L’Islam au siècle des Lumières. Image de la civilisation islamique chez les philosophes français du XVIIIe siècle, Paris, L’Harmattan, 2003.
Simon Jacques, Messali Hadj par les textes, Paris, Editions Bouchene, 2000.

Les journaux et revues

Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, n° 58-59, 1989 « Les Arabes, les Turcs et la Révolution Française ».
El Moudjahid, organe central du FLN.
Le Cri du Peuple algérien, organe central du Mouvement National Algérien.

Les sites internet :

Campus Les Lumières de l’Islam (Fondation de l’Islam de France)

https://campuslumieresdislam.fr

Cours d’Henry Laurens au collège de France, titulaire de la chaire « histoire du Moyen orient » ;
Cours d’Edhem Eldem au collège de France sur l’histoire turque et ottomane.

https://www.college-de-france.fr 

IReMMO (Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient)
. http://iremmo.org

Orient XXL
https://orientxxi.info


[1Bibliographie :

  • Les étrangers dans la région du Nord. Repères pour une histoire régionale de l’immigration dans le Nord-Pas-de-Calais (1950-1970) Lharmattan (2009)
  • Le mouvement nationaliste algérien dans le nord (1947-1957) Fidaou al Djazaïr Lharmattan (2008)
  • Des Algériens dans la Région Du Nord De la catastrophe de Courrières à l’Indépendance Lharmattan (2005)
  • L’immigration algérienne dans le Nord Pas-de-Calais 1909-1962 Lharmattan (1999)

[2Lewis Bernard, Islam, Paris, Gallimard, 2005.

[3Voir compléments en fin de texte

[4Stora Benjamin, « L’effet 89 » dans les milieux immigrés algériens en France (1920-1960), Revue du monde Musulman et de la Méditerranée, n° 52-53, 1989, « Les Arabes, les Turcs et la Révolution française ».

[5Décret Crémieux : Décret no 136 « B. no 8 -p. 109 - RÉPUBLIQUE FRANÇAISE No 136. - DÉCRET qui déclare citoyens français les Israélites indigènes de l’Algérie. Du 24 Octobre 1870
« le gouvernement de la défense nationale décrète : Les israélites indigènes des départements de l’Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française, tous droits acquis jusqu’à ce jour restant inviolables. Toute disposition législative, tout sénatus-consulte, décret, règlement ou ordonnances contraires, sont abolis. Fait à Tours, le 24 octobre 1870. Signé : Crémieux, Gambetta, Glais-Bizoin, Fourichon. »
Les Musulmans sont « sujets ». Ils conservent leur statut d’Indigènes et ne sont pas reconnus comme citoyens. Voir à ce sujet :« No 137. - DÉCRET sur la Naturalisation des Indigènes musulmans et des Étrangers résidant en Algérie. du 24 octobre 1870.

[6Saïd Edward, L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 1980.

[7Godechot Jacques, Les Révolutions, Paris, Nouvelle Clio, PUF, 1966.

[8Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique réunis en Congrès le 4 juillet 1776

[9Deborah Cohen, Maîtresse de Conférence en histoire moderne, Université de Rouen-Normandie. (débat dans L’Humanité)

[10L’Humanité, 8 novembre 2019, quel combat des Lumières pour notre temps ? », entretien entre Matrkus Rediker, Stéphanie Roza et Deborah Cohen.

[11la question de l’expédition d’Égypte et ses différentes significations a été portée à l’écran par le cinéaste égyptien Youssef Chahine en 1985. Le film financé et tourné grâce au soutien de Jack Lang et donc présente une « version nassérienne de gauche » de cet épisode.

[12Voir note en fin de document

[13Le terme de Tanzimat (« réorganisation » en arabe) désigne le mouvement de réforme et de modernisation qui secoue l’Empire ottoman entre 1839 à 1878. Les Tanzimat répondent aux préoccupations grandissantes des hommes d’Etat et des intellectuels ottomans sur la survie de l’Empire, alors fortement affaibli, en proie à des contestations internes, et sous pression des puissances européennes. Ils voient dans le libéralisme, idéologie dominante dans le Vieux Continent, la solution aux maux de l’Empire. Ils entreprennent ainsi, pendant près de quarante ans, une série de réformes, calquées sur le modèle européen, qui va transformer profondément les institutions et la société ottomane et aboutira à la promulgation de la première Constitution ottomane en 1876.

[14On retrouvera cet intérêt chez les militants et les dirigeants algériens du XXe siècle.

[15Dajamel ad-Din al Afghani, 1936-1987.

[16Mohammed Abduh, 1899-1939.

[17La franc-maçonnerie jouera un rôle important parmi les élites religieuses.

[18Voir les travaux de Pierre Vermeren et notamment : Maghreb, les origines de la révolution démocratique, Paris, Hachette Pluriel, 2011.

[19Luizard Pierre-Jean, Laïcité autoritaire en termes d’Islam », Fayard, Paris, 2008, p78.

[20Gellner Ernest, Les Saints de l’Atlas, Paris, Bouchène, 2003.

[21Le sunnisme est le principal courant religieux de l’islam représentant 90 % des musulmans du monde. Constituant l’un des trois grands courants de l’islam avec le chiisme et le kharidjisme, le sunnisme se distingue des autres courants de l’islam par son interprétation de la religion. Voir aussi https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/les-mondes-de-lislam-210-sunnites-chiites-etc

[22Les Alévis (15 millions en Turquie) persécutés par l’Empire Ottoman, sont très différents des autres musulmans. Ils ne vont pas à la mosquée, ne prient pas 5 fois par jour, ne jeûnent pas durant le Ramadan, boivent du vin… Le chef spirituel des Alévis est le dede. Le lieu de culte des Alévis est le cemevi ou maison de jam, prononcer djème de l’arabe jam qui signifie rassemblement, communion. Les Alévis sont très libéraux. Ils sont monogames, les femmes ne portent pas le voile, les filles ont accès à l’éducation scolaire tout comme les garçons.

[23Hussein Mahmoud (Baghat El Nadi et Adel Rifaat), Les révoltés du Nil, une autre histoire de l’Egypte, Paris, Grasset, 2018.

[24Hocine Aït Ahmed, Mémoires d’un combattant. L’esprit d’indépendance 1942-1952, Paris, Editions Sylvie Messinger, 1983, pp 18-19.

[25Sadek Hadjeres (1923) : dirigeant des scouts musulmans puis militant du PPA, il adhère le parti communiste algérien en 1951. Il co-dirige pendant la guerre de Libération les "combattants de la Libération’ organisation armée du PCA. Après l’indépendance il fonde le Parti de l’Avant Garde Socialiste (PAGS) clandestin et participe à l’Organisation de Résistance Populaire (ORP) dirigées par Mohammed Harbi. Condamné plusieurs fois à mort par les islamistes, il s’exile en France où il devient professeur associé et chercheur à Paris VIII.

[26Ecole primaire supérieure : L’enseignement primaire supérieur préparait au Certificat d’études primaires supérieur4 (rebaptisé Brevet d’études primaires supérieures en 1917), au Brevet élémentaire (BE), au concours d’entrée des écoles normales primaires et au Brevet supérieur (BS) pour certaines écoles primaires supérieures. C’est le lycée des « pauvres ».

[27Gilles Manceron, Hassan Remaoun, D’une rive à l’autre, la guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire, Paris, Syros pp 112-114

[28La photo de Cherif Cadi est extraite de la série « Frères d’armes. Ils se sont battus pour la France depuis plus d’un siècle » réalisée par Pascal Blanchard et Rachid bouchareb, Tessalit Productions, 2014.

[29Les « familles hillaliennes » sont les descendants des tribus hillaliennes issues du Hedjaz arrivées en Afrique du Nord entre le Xe et le XIIIe siècle.

[30Ageron Charles-Robert. Enquête sur les origines du nationalisme algérien. L’émir Khaled, petit-fils d’Abd El-Kader, fut-il le premier nationaliste algérien ? In : Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°2, 1966. pp. 9-49.doi : 10.3406/remmm.1966.929 ttp ://www.persee.fr/web/revues/home/presc...

[31Les familles « chorfa » sont censées descendre du prophète et de ses premiers compagnons.

[32Au XIX e siècle, la Nahda (en arabe : النهضة, al-Nahḍa) que l’on peut traduire par « essor » ou « force » est un mouvement transversal de « renaissance » culturelle arabe moderne, à la fois littéraire, politique, culturel et religieux.

[33Déclaration de Ben Badis, 1936. La « deuxième génération » : « 89 par 17 »

[34Messali Hadj, Les mémoires de Messali Hadj, Paris, JC Lattés, 1982, p 113.

[35Depont Octave, L’Algérie du centenaire. L’œuvre de libération, de conquête morale et d’évolution sociale des indigènes. Les Berbères en France. La représentation parlementaire des indigènes, Paris, Recueil Sirey.

[36Journal de Messali, manuscrit p 4846 cité par Benjamin Stora, article cité.

[37Guenoun Ali, « Des intellectuels et l’idée nationale, parcours du groupe de Ben Aknoun » in Une histoire sociale et culturelle du politique en Algérie et au Maghreb. Etudes offertes à Omar Carlier,(direction : Morgan Carrion et M’hamid Oualdi textes inédits, Editions de la Sorbonne, 2018.

[38Omar Oussedik alias Si Tayeb, membre du CNRA puis du GPRA, carrière de diplomate,

[39Rapport d’Aït Ahmed, décembre 1948 in Harbi Mohammed, Les archives de la révolution algérienne, Paris, Editions Jeune Afrique, 1981.

[40Pervillé Guy, Les étudiants algériens de l’université française, 1880-1962. Populisme et nationalisme chez les étudiants et intellectuels musulmans algériens de française, Paris, Éditions du C.N.R.S., 1984, p 274.

[41Extrait cité par Benjamin Stora, article cité.

[42Sultan Galiev (Mirsayet Soltangaliev), 1995-1940, instituteur d’origine tatar, devient un important militant bolchevik. A partir de 1917, il exerce de fonctions importantes au commissariat aux nationalités dirigé par Joseph Staline et préside le collège militaire musulman. Il participe à la création du parti communiste musulman rapidement dissous par le pouvoir. Il rallie à l’armée rouge d’importantes fractions des peuples musulmans. Sur le plan théorique, il tente avec d’autres une synthèse du marxisme et des concepts islamiques dans l’optique à terme de laïciser les populations musulmanes. Avec la mort de Lénine, le temps des persécutions commence. Il est finalement fusillé sur ordre de Staline en 1940.

[43La Nahda (arabe : النهضة , romanisé : an-nahḍa , qui signifie ’l’éveil’ ou ’la Renaissance ’), aussi appelée la renaissance arabe ou le siècle des lumières, était un mouvement culturel qui a débuté à la fin du 19e et au début du 20e siècle. En Égypte, ensuite dans des régions arabophones à domination ottomane, dont le Liban, la Syrie et d’autres. Il est souvent considéré comme une période de modernisation et de réforme intellectuelles. Dans l’érudition traditionnelle, la Nahda est considérée comme liée au choc culturel provoqué par l’invasion de l’Égypte par Napoléon en 1798 et à la volonté réformiste de dirigeants ultérieurs tels que Muhammad Ali d’Égypte. Toutefois, des travaux récents ont montré que la renaissance au Moyen-Orient et en Afrique du Nord était un programme de réforme culturelle aussi ’autogénétique’ que d’inspiration occidentale, lié au Tanzimat ottoman et aux changements internes de l’économie politique et des réformes communales en Égypte et en Syrie. Liban.