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Le combat de Robespierre, un combat d’actualité.

mercredi 6 janvier 2016, par Yves ADAM

Le combat de Robespierre, un combat d’actualité

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Qui chez les Amis de Robespierre ne s’est pas entendu dire : « Pourquoi tu t’intéresses à Robespierre ?  » comme si c’était là une lubie d’un autre âge, comme s’il fallait être un obsédé de l’Histoire pour sortir de l’oubli un personnage historique certes connu, mais qui tout compte fait n’aurait marqué l’histoire de notre pays que sur une très courte période, et qui surtout traîne avec lui l’image d’un tyran avide de sang.

C’est bien mal connaître cet homme et le modernisme de ses idées. Albert Mathiez résumait ainsi son inté­rêt pour l’homme de la Révolution : « Nous aimons Robespierre parce qu’il a incarné la France révolutionnaire dans ce qu’elle avait de plus noble, de plus généreux, de plus sincère [...] Nous aimons Robespierre parce que son nom, maudit par ceux-là mêmes qu’il a voulu affranchir, résume toutes les iniquités sociales dont nous voulons la disparition. En consacrant nos efforts et nos veilles à réhabiliter sa mémoire, nous ne croyons pas servir seulement la vérité historique, nous sommes sûrs de faire chose utile pour cette France, qui devrait rester ce qu’elle était du temps de Robespierre, le champion du droit, l’espoir des opprimés, l’effroi des oppresseurs, le flambeau de l’Uni­vers » (conférence à l’Ecole des Hautes Etudes Sociales le 14 janvier 1920).

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La « Maison de Robespierre » à Arras

Son combat pour la justice sociale, qu’il subordonne à l’égalité, aura été la grande préoccupation de sa carrière politique : « Les grandes richesses corrompent et ceux qui les possèdent et ceux qui les envient. Avec les grandes richesses, la vertu est en horreur, le talent même, dans les pays corrompus par le luxe, est regardé moins comme un moyen d’être utile à la patrie que comme un moyen d’acquérir de la fortune. Dans cet état de choses, la liberté est une vaine chimère, les lois ne sont plus qu’un instrument d’oppression. Vous n ’avez donc rien fait pour le bonheur public si toutes vos lois, si toutes vos institutions ne tendent pas à détruire cette trop grande inégalité des fortunes » (discours du 7 avril 91). C’est encore lui qui affirme : « La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là », ou encore « Peuple, souviens-toi que si Injustice ne règne pas, la liberté n ’est qu’un vain mot ».

Son combat contre le libéralisme économique est une conséquence directe de sa constante préoccu­pation égalitaire : « La liberté du commerce est nécessaire jusqu’au point où la cupidité homicide commence à en abuser », car « il n ’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle ». Il n’aura de cesse de combattre les affai­ristes et spéculateurs qui accumulent leurs richesses sur le dos du peuple : « Allez prêcher le culte de la liberté à ces spéculateurs avides qui ne connaissent que l’hôtel de Plutus\ [Dieu de la richesse dans l’Antiquité romaine] Tout ce qui les intéresse, c’est de savoir en quelle proportion le système actuel de nos finances peut accroître, à chaque ins­tant du jour, les intérêts de leurs capitaux... » (numéro du 4 juin 92 de son journal Le Défenseur de la Constitution). Comme souvent, il accompagne son propos d’une justification moralisatrice : « Nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son Voisin qui meurt de faim ».

Son combat pour la démocratie : « La démocratie est un état où le peuple souverain, guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délégués tout ce qu’il ne peut faire lui-même ». Parce que, comme le pense Robespierre « ce n’est pas être souverain que d’élire de temps en temps quelques représentants », la Constitution de 93 prévoit d’accorder au peuple souverain un droit de regard qui lui permet de valider les lois du corps Législatif. Notons au passage un de ses rares succès pendant la Constituante, quand il fera adopter par l’Assemblée une décision qu’on aurait du mal à imaginer de nos jours, à propos de la non-éligibilité des députés dans la nouvelle assemblée : « Il faut que les législateurs se trouvent dans la situation qui confond Je plus leur intérêt et leur vœu personnel avec celui du peuple ; or, pour cela, il est nécessaire que souvent ils redeviennent peuple eux-mêmes. Mettez-vous à la place des simples citoyens et dites de qui vous aimeriez mieux recevoir des lois : ou de celui qui est sûr de n ’être bientôt plus qu’un simple citoyen, ou de celui qui tient encore à son pouvoir par l’espérance de le perpétuer ? » (18 mai 1791).

Son combat pour la limitation du droit de propriété. Il a rapidement senti que c’était là une des pierres d’achoppement des objectifs de la Révolution. En juillet 91, Barnave ne déclarait-il pas : « Si la Révolution fait un pas de plus, elle ne peut le faire sans danger : dans la ligne de la liberté, le premier acte qui pourrait suivre serait l’anéantissement de la royauté ; dans la ligne de l’égalité, le premier acte qui pourrait suivre serait l’anéan­tissement de la propriété ». Et le problème de. la propriété individuelle est bien au centre de ce grand malentendu entre la plupart des députés des trois assemblées successives d’une part, et Robespierre et ses amis les plus proches d’autre part, qui, ne remettant pas en cause la propriété individuelle, ne cesseront de tenter de limiter ce droit au be­soin de chacun. Les quatre articles concernant la propriété que Robespierre va proposer lors du débat sur l’adoption de la constitution de 93 seront d’ailleurs jugés trop audacieux par les Montagnards eux-mêmes. Toutes les constitu­tions depuis 1791 font du droit de propriété un droit sacré.

C’est à l’échelle du monde et du système qui le domine que se mesure l’actualité du combat de Robespierre.

Yves Adam Secrétaire de l’’ARBR

In l’Incorruptible n°79 1er trimestre 2012