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Le Bonnet Rouge.

mardi 18 août 2015

Nous empruntons les détails suivants au très intéressant ouvrage de M. Louis Combes, Épisodes et curiosités révolutionnaires :

Le Bonnet Rouge.

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« Que la Révolution ait pris le bonnet du pauvre et de l’ancien serf pour en coiffer la liberté ; qu’elle en ait fait le sceau de l’Etat, l’enseigne des armées, le nouveau labarum, le couronnement des mâts des vaisseaux, le signe des monnaies, la marque des bornes militaires, le timbre de toutes les pièces officielles, etc. : elle demeurait fidèle à son principe ; et cela même est un témoignage de ses sentiments populaires et de la haute originalité de ses inspirations.

Quant à la couleur rouge, on l’adopta non seulement comme plus éclatante, comme la couleur de la flamme et de la vie, comme l’antique symbole de la souveraineté (c’était maintenant le peuple qui prenait possession de la pourpre), mais simplement aussi parce qu’elle était la couleur même de la coiffure populaire qu’on prenait pour insigne.

Nul alors n’avait l’idée que ce rouge fût celui du sang. Les grandes luttes n’étaient point entamées encore, et bien qu’il fût facile de les prévoir, on ne pouvait penser qu’elles seraient aussi implacables et aussi cruelles. Ceux qui depuis ont fait tant de déclamations banales sur le hideux bonnet rouge ont oublié que, non seulement les Girondins, qui contribuèrent à cette vogue, mais des hommes bien plus modérés encore, n’ont pas dédaigné de se parer de cette coiffure. Il en est même qui plus tard, ont porté des couronnes. Il suffira de citer Bernadotte.

Tous les fonctionnaires, tous les magistrats, y compris ceux qui devinrent les hauts dignitaires de l’empire et de la restauration (et même princes), tous les généraux, y compris Bonaparte, eussent trouvé choquant et ridicule de n’avoir point le bonnet de la liberté gravé sur leurs têtes de lettres et leurs pièces officielles.

Lafayette l’avait fait placer en ornement au pommeau de l’épée des officiers de la garde nationale, et mille fois les prêtres l’ont arrosé d’eau bénite dans des bénédictions de drapeaux.

Berthier, en Italie, avait pour vignette de son papier officiel une renommée planant au-dessus d’un médaillon de Bonaparte ; à droite était une Minerve qui tenait à la main une pique surmontée du bonnet.

Beurnonville, général de l’armée du Nord, en l’an VI, avait pour tête de lettres une liberté tenant un drapeau couronné du bonnet rouge, plus un autel de la patrie, le niveau, les droits de l’homme, etc.

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Timbre poste actuel : Marianne coiffée du bonnet phrygien
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Caricature d’époque.

Ce n’étaient point là cependant des terroristes. Et combien d’autres on pourrait citer, si l’on ne craignait de fatiguer le lecteur par l’énumération fastidieuse des mêmes faits !

Kellermann, plus tard Maréchal de France, Sénateur et duc de Valmy, se montra plus enthousiaste ; institua, dans son armée, le bonnet rouge comme une sorte de labarum, un signe sacré, destiné exclusivement à récompenser les belles actions ; et conséquemment il en interdit le port à tous ceux qui ne seraient point désignés, exactement comme pour les décorations et les ordres de chevalerie.

Voici l’ordre du jour qu’il fit publier le 15 juillet 1792, au camp de Wissembourg dont il était commandant : « L’intention du général Kellermann est, Monsieur, que vous fassiez connaître le prix qu’il attache au bonnet de la liberté, et que vous fassiez lire à chaque compagnie les quatre articles suivants qui y sont relatifs.

Art. 1er. Le bonnet de la liberté restera constamment placé au centre de l’armée.

Art. 2. Il sera gardé comme le symbole précieux de la liberté française (c’est-à-dire, évidemment, par un piquet d’honneur).

Art. 3.Dans les marches, il sera porté par le plus ancien sous-officier de l’armée.

Art. 4. destiné à l’avenir à être la récompense des belles actions, les corps ou les individus qui auront eu le bonheur d’être à portée d’en faire, acquerront le droit de le porter, comme le signe éclatant de la vertu guerrière et civique. »

Le général Kellermann me charge, Monsieur, de vous annoncer qu’il défend à qui que ce soit de porter le bonnet de la liberté.

Qui que ce soit, dans cette rédaction hâtive désigne ceux qui ne seraient point consacrés, décorés. Cela résulte péremptoirement des articles qui précédent.
C’est comme plus tard pour la Légion d’Honneur.

Ainsi, dans l’armée de Kellermann, le bonnet rouge devenait un ordre, l’insigne d’une sorte de patriciat révolutionnaire et patriotique. »

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10 août 1792 : Les Parisiens coiffent Louis XVI du bonnet rouge.
Bernard Vandeplas, Docteur en Histoire Contemporaine, Vice-Président de l’ARBR, les Amis de Robespierre. [1]

[1d’autres extraits de documents complémentaires à l’Histoire de la Révolution Française alimenteront le site des Amis de Robespierre.