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La naissance de la République en province : l’exemple du Cantal.

lundi 9 mars 2020

La première Assemblée électorale tenue dans la Cantal sous le nouveau régime, fut convoquée à Saint-Flour le 28 juin 1790. Il s’agissait d’élire le corps nouvellement crée qui devait désormais administrer le département du Cantal à cette époque.

LA NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE EN PROVINCE : L’EXEMPLE DU CANTAL .

La fuite de Louis XVI en juin 1791 a conduit l’espace public démocratique à avancer l’idée républicaine. Une attente républicaine voie le jour à Paris comme en Province.

Les prémices républicains dans le département du Cantal comme dans d’autres départements sont vraisemblablement présents. En effet, des mouvements populaires,des journaux, des révolutionnaires…, désacralisent progressivement l’image du roi .

La première Assemblée électorale tenue dans la Cantal sous le nouveau régime, fut convoquée à Saint-Flour le 28 juin 1790. Il s’agissait d’élire le corps nouvellement crée qui devait désormais administrer le département du Cantal à cette époque.
Sur les 396 électeurs noms par les diverses assemblées primaires, 20 membres seulement étaient absents.
Dans une si nombreuse assistance où se trouvaient réunis des délégués de toutes les parties du département, une manifestation politique s’impose. Une adresse à l’Assemblée Nationale rédigée par huit électeurs, pris en nombre égal dans chaque district, en est l’occasion.
Les rédacteurs de l’adresse traitent sans ménagement l’ancien état de choses : « Alors régnait cette division barbare et gothique connue sous le nom d’ordres au lieu de la douce égalité que vous avez établie, alors on osait à peine rappeler dans les cahiers de doléances quelques-uns des anciens abus qui affligeaient toutes les parties de l’administration, au lieu du droit que vous avez donné à tout citoyens de les dénoncer tous et de les poursuivre… Nous même, dans l’excès de notre admiration, aurions peine à concevoir comment, dans un si court intervalle, a pu disparaître cet ancien régime de tyrannie fiscale ministérielle et féodale qui nous renaît de toutes parts, si, témoins et acteurs de cette grande révolution, nous n’avions vu et approuvé qu’il n’est rien d’impossible à des hommes qui sont animés du feu sacré de la liberté1 ».

La joie d’être délivrés de l’Ancien Régime, le bonheur d’avoir une Constitution qui les rend égaux et libres, tels sont les sentiments reflétés dans cette adresse.

Un membre de l’Assemblée Départementale que l’on vient d’élire, fait ressortir les avantages du nouvel ordres de choses en montrant à ses administrés la patrie idéale qui en est le résultat : « Nous avons enfin une patrie, enfin, il nous est permis de nous appeler citoyens et d’exercer ces droits sacrés que les siècles d’oubli et de despotisme n’ont pu effacer du live immortel de la nature… » [1]. Un mois après, les nouveaux membres du département tiennent leur première réunion et rédigent une nouvelle adresse à l’Assemblée Nationale. Ils critiquent violemment l’Ancien Régime et vantent l’amour de la liberté, de la fraternité et de la patrie.

On ne peut s’y méprendre : ces hommes sont avides d’égalité et de liberté. Cette liberté et égalité n’a pas encore de nom, mais bientôt, la République ce nom tabou prendra forme dans les esprits. Car, adresses et discours sont imprimés, envoyés à chaque municipalité et affichés aux portes des églises, lecture en est faite dans les séances municipales etc… et les idées qu’ils renferment, colportées de bouche en bouche produisent un mouvement d’opinion bien marqué en faveur de ces nouveautés politiques.
Sous cette influence l’esprit public se développe progressivement. Clubs et journaux provoquent l’accélération du mouvement. Dès la fin 1790, un journal exalté à Aurillac (Le Cantaliste) , insulte les prêtres, les aristocrates et le roi lui-même.

Des troubles dans les campagnes en 1791 et 1792 participent encore à cette rupture entre un monde ancien et un nouveau qui prend bientôt le visage de la République. Cependant, il faut attendre la fuite du roi, pour que le nom de république apparaisse franchement et que le roi soit définitivement désacralisé au regard d’un grand nombre de patriotes. Mais le pas n’est pas encore franchi.

La fuite du roi fut apportée à Saint-Flour le 24 juin par un courrier spécial, puis communiquée officiellement aux districts et municipalités.

L’émotion est grande à Aurillac, et un mouvement républicain s’y manifeste nettement. Le 28 juin 1791, la « Société des Amis de la Constitution » d’Aurillac écrit : « la motion d’omettre le nom du roi dans le serment, d’ôter des cocardes la couleur blanche et de voter une adresse à l’Assemblée Nationale pour réclamer un gouvernement républicain ».

Qu’elle est donc l’accueil fait dans le Cantal à la nouvelle de l’abolition de la royauté ?

Le 21 septembre 1792 l’Assemblée Nationale, décrété après un discours anti-monarchique de l’évêque constitutionnel Grégoire, la motion de Collot d’Herbois, que « la royauté est abolie en France ».
Ce n’est que le 22 septembre qu’on parle officiellement de République. Les hésitations qui se manifestent dans le corps législatif au sujet de l’adoption de la République, apparaissent également dans l’adresse qu’envoyèrent les membres du Conseil permanent du département à toutes les municipalités cantaliennes. Leurs sentiments anti-royalistes y sont nettement marqués : « Si vous pouviez donner des regrets à cette idole trop longtemps adorée, jetez un coup d’œil sur l’histoire de notre pays où dans la longue série des rois qui ont gouverné la France, l’histoire des malheurs du peuple n’est que le récit des longs crimes de ses rois…2 » Mais le mot de République n’est pas prononcée dans cette adresse datée du 29 septembre.

Comment la population accueillit-elle la nouvelle ?

Rien ne nous permet de croire qu’elle en est mécontente. En fait, les évènements du 10 août l’y avaient préparée sans qu’il se soit élevé aucune protestation.

Les patriotes, divisés quelques semaines auparavant, paraissent se réconcilier dans ses graves circonstances. Il n’y eut néanmoins ni adhésions bruyantes, ni fêtes patriotiques à cette occasion car la République était en attente au fils du déroulement des événements

Les patriotes du département, remarquent avec une certaine inquiétude que les membres de la Convention au lieu d’imiter leur sagesse, se séparent dès les premiers jours en deux partis : la Montagne et la Gironde. Dans le département du Cantal, comme dans beaucoup d’autres, on redoute les dissensions. La monarchie n’est pas regrettée pour la plupart des habitants, mais la République reste en attente d’un équilibre se traduisant par l’union de l’ensemble des républicains de toutes tendances. Car la nouvelle Nation doit faire face à des menaces intérieurs (royalistes…) et extérieurs (coalition européenne…).

Vandeplas Bernard, docteur en Histoire Contemporaine.

[1Idem.