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La Terreur ou la terreur ?

« T » majuscule ou « t » minuscule ?

vendredi 4 mars 2016, par Yves ADAM

La Terreur ou la terreur ?

« La Terreur est une période de la Révolution française caractérisée par le règne de l’arbitraire et des exécutions de masse. Son instauration ayant été progressive, [...] elle voit le point culminant des massacres suivant la prise de pouvoir des députés montagnards en 1793, et s’achève le 28juillet 1794 (le 9 thermidor de l’an II), avec la chute de Robespierre qui meurt guillotiné. »

Cette introduction de l’article sur la Terreur dans Wikipédia pose de nombreuses questions. Retenons-en deux :

Ce n’est qu’à partir du 19ème siècle que la Terreur (avec un T majuscule) est décrite comme une « période de la Révolution Française » avec son cortège de guillotines, de Tribunaux révolutionnaires ou de lois scélérates. Les révolutionnaires de 1793 ne se sont jamais dit qu’ils allaient commencer un nouveau cycle par l’instauration de ce qui s’appellera « la Terreur ». C’est le 5 septembre 1793, sous la pression des sans-culottes de la Commune de Paris, que les législateurs décident de placer la terreur à l’ordre du jour.

De quoi s’agit-il ? Très prosaïquement, de terroriser les contre-révolutionnaires en prenant des mesures propres à mener la révolution jusqu’à la paix. Comme le fait remarquer Hervé Leuwers « la terreur » (avec une minuscule) qui se met en place en 1793 n’est pas « la Terreur » (avec une majuscule) que les historiens d’aujourd’hui tentent de nous décrire. La terreur de 1793 ne constitue pas une manière d’organiser le gouvernement. « Cultivez la vertu, invite Robespierre, et terrrorisez les ennemis de la liberté », « La terreur du gouvernement révolutionnaire n’est pas celle, arbitraire et sans loi, du despote, qui s’abat sur ses sujets » [1]. N’est-ce pas d’ailleurs Robespierre lui-même qui réclame l’indulgence envers ceux qui se sont fait abuser.

Tous les états en situation de guerre ont pratiqué, et pratiquent encore, un système de terreur sous des formes qui leur sont propres. Encore faut-il qu’il soit imprégné de vertu robespierriste pour être historiquement acceptable. Les résistants de la 2ème guerre mondiale n’étaient-ils pas des terroristes » ?

Claude Mazauric parle lui, à propos de la terreur, d’une réaction défensive « qui plonge ses racines dans les manifestations de la violence populaire induites par la peur ».

D’autre part, la présentation de Wikipédia prétend que la Terreur et les massacres qu’elle provoque prennent fin avec la mort de Robespierre. Doit-on oublier qu’il a suffi qu’il fût déclaré hors-la-loi pour être mis à mort en compagnie de 21 autres Montagnards - et cela sans aucun jugement ? Que les jours suivants 83 autres prirent le même chemin, et que la réaction thermidorienne s’en donna à cœur joie à Paris comme en province jusqu’à la fin du Directoire pour exterminer ce qui restait de l’esprit révolutionnaire de 1793 ?

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de nier les aspects parfois inutilement violents qu’on pu prendre les évènements en 93-94. Comme le dit Jean-Clément Martin, si « la mise à l’ordre du jour n’a pas été effective institutionnellement, la terreur a bien été à l’ordre du jour dans de nombreux endroits suite à des initiatives individuelles ou à l’action de groupes armés » [2] . Mais cessons de rendre Robespierre responsable de toutes les atrocités qu’il a d’ailleurs souvent combattues, comme les exactions de J-B Carrier à Nantes, de J. Fouché à Lyon ou J-L Tallien à Bordeaux.

YvesAdam In l’Incorruptible n°95 mars 2016 ;

« Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur ; la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier, qu’une conséquence du principe général de démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie » Robespierre 5 février 1794


[1Hervé Leuwers, Robespierre, 2014, p. 314-318

[2Violence et Révolution. Essai sur la naissance un mythe national, Paris, Seuil, 2006, p. 189 On lira avec intérêt l’article de Jacques Guilhaumou, ’La terreur à l’ordre du jour : un parcours en révolution (1793- 1794)’, mis en ligne le 6 janvier 2007 (http://revolution- francaise.net/2007/01/06/94-la-terreur-a-lordre-du-jour-un- parcours-en-revolution-juillet-1793-mars-1794)