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L’Empire et l’héritage républicain par Hervé Leuwers.

(The Empire and the Republican Legacy – by Hervé Leuwers)

jeudi 12 avril 2018

L’annonce de la conférence

En français

Samedi 19 mai à 14 heures à la Salle Robespierre de l’Hôtel de ville d’Arras

Hervé Leuwers, historien, professeur à l’université de Lille 3 et Président de la Société des Etudes Robespierristes, donnera une conférence pour l’ARBR :

L’Empire et l’héritage républicain.

L’ARBR s’inscrit ainsi dans l’initiative de la ville d’Arras et du Musée « Napoléon, Images de la Légende », 3e volet du partenariat entre la Ville d’Arras, la Région Hauts de France et le Château de Versailles : une exposition événement .

Cette conférence fait suite à l’exposition de l’ARBR

Le Pas-de-Calais sous l’Empire

qui a eu lieu à l’Office Culturel d’Arras en février dernier et consultable ici

ou sous forme de dépliant , ici

In English

Saturday 19 May, 14.00-15.00, Robespierre Room, Hôtel de Ville, Arras

Hervé Leuwers, historian, professor at the University of Lille 3 and President of the Society of Robespierrist Studies, will give a lecture for ARBR :

The Empire and the Republican Legacy.

ARBR is thus taking part in the initiative of the city and Museum of Arras, Napoléon, Images of the Legend, the 3rd part of the partnership between the City of Arras, the Hauts de France Region and the Château de Versailles : an exhibition event.

This lecture follows on from ARBR’s exhibition

The Pas-de-Calais under the Empire

held at the Cultural Office of Arras last February, available here

or in leaflet form, here

Le résumé de l’intervention

L’Empire et l’héritage républicain de la Révolution
(résumé de la conférence)

Dès le règne de Napoléon Ier, deux conceptions de l’Empire coexistent. D’un côté, il y a celle de ce garçon boulanger de Creil qui, en 1805, est arrêté pour avoir lancé à un membre de la Légion d’honneur « qu’il tenait le parti d’un gueux et d’un voleur de république » ; de l’autre, il y a Mme de Staël, qui voit en Napoléon un « Robespierre à cheval »... Ces regards contrastés posent la question de la persistance de l’idée républicaine dans le Consulat, puis l’Empire. Elle recule, c’est évident, mais s’efface-t-elle totalement ?
L’incertitude commence avec l’entrée dans le Consulat : pour Hugues Destrem, ancien membre de l’Assemblée législative, puis du Conseil des Cinq-Cents, c’est une trahison de l’héritage républicain ; pour Stanislas Girardin, lui aussi ancien député à la Législative, c’est une chance pour une république menacée ; pour l’abbé Bernier, enfin, c’est la promesse d’une prochaine restauration. Il est vrai que cette nouvelle république cultive l’ambiguïté ; Alphonse Aulard l’a qualifiée de plébiscitaire, « parce que l’exercice de la souveraineté nationale y fut borné à un plébiscite au suffrage universel », et que l’essentiel du pouvoir y était détenu par le Premier Consul. « La première circonstance dont on est frappé en examinant cette constitution, écrit Necker en 1802, c’est que, dans un gouvernement intitulé républicain, aucune portion des pouvoirs politiques, aucune, réelle, n’a été confiée à la nation ». Il s’agit de finir la Révolution et de stabiliser le régime nouveau, au besoin en restreignant certaines libertés ; symboliquement, les fêtes de l’anniversaire de la République en l’an IX (septembre 1800) mettent simultanément à l’honneur Turenne, le maréchal de Louis XIV dont les restes sont transférés aux Invalides, et Kléber et Desaix, deux généraux républicains récemment décédés pour lesquels commence à s’élever un monument commémoratif.
Très vite, dès 1802 et le Consulat à vie, une tentation monarchique se laisse apercevoir. Autour de Bonaparte, les bottes s’effacent devant les souliers à boucles, les pantalons devant les bas de soie, les sabres devant les épées de parade. Plus encore, la Légion d’honneur est officiellement fondée pour substituer la distinction des civils et des militaires méritants aux « distinctions nobiliaires » et instituer dans la société des « intermédiaires » qui encourageront le respect et le service de l’état, le sens de l’effort, le don de soi. Cette Légion inquiète cependant ; même si elle n’est pas un « ordre », même si elle ne distingue pas ses grands officiers, commandants, officiers et légionnaires par une décoration (introduite en 1804), ne menace-t-elle pas le principe d’égalité ? Ne menace-t-elle pas également l’idée de république ?
Un nouveau pas est franchi en 1804, avec la création d’un Empire que l’on présente pourtant comme destiné à sauver la république. La nouvelle constitution précise : « Le gouvernement de la République est confié à un empereur, qui prend le titre d’empereur des Français » (18 mai 1804 – 28 floréal an XII). C’est le début d’un effacement progressif de la référence républicaine. Dès l’entrée dans l’Empire, dans la correspondance officielle du chef de l’Etat, l’appellation « citoyen » est remplacée par « Monsieur ». A compter du 1er janvier 1806, le calendrier grégorien entre de nouveau en usage et, le mois suivant, un nouvel agenda festif s’organise autour du 15 août, jour anniversaire de Napoléon transformé en fête du « rétablissement de la religion catholique en France », et du premier dimanche du mois de décembre, anniversaire du sacre et de la victoire d’Austerlitz. Deux ans plus tard, l’empereur rétablit une hiérarchie complète de titres nobiliaires. En 1810, cette fois, il épouse la fille de l’empereur François Ier et nièce de Marie-Antoinette, Marie-Louise, âgée de 18 ans. Est-ce à dire que l’idée républicaine est définitivement effacée ? Probablement pas. Aux yeux de l’Europe, la France impériale reste la fille de la Révolution...
Après la campagne de France de 1814, l’Empire s’effondre ; le 2 avril 1814, le Sénat proclame la déchéance de Napoléon ; le 6, ce dernier abdique sans condition à Fontainebleau. L’année suivante, les Cent-Jours paraissent cependant réactiver l’espoir dans les conquêtes de la Révolution : l’abolition de la « féodalité », des dîmes, des privilèges... Beaucoup vivent 1815 comme un nouveau 1789. Même l’empereur semble se souvenir de la Révolution. Il se fait libéral, supprime la censure, interdit la traite des esclaves, fait adopter un « Acte additionnel aux constitutions de l’Empire »... Quelques jours après Waterloo, Napoléon est cependant contraint à l’abdication.
En 1815, l’ambiguité de l’Empire apparaît en toute clarté. Malgré l’ambition monarchique de Napoléon, l’Empire n’a pu totalement rompre avec la Révolution. La souveraineté nationale, le droit de suffrage, les biens nationaux ou le drapeau tricolore sont là pour faire le lien avec les années 1790 ; et quand le danger d’un retour en arrière se précise, les principes républicains se ravivent, comme en 1815. Pour l’Europe des princes, de plus, la France de l’Empire est encore celle de la Révolution. La « loi d’amnistie » de janvier 1816 exclut ainsi « à perpétuité » du royaume les membres de la famille Bonaparte et tous les régicides qui ont manifesté leur appui à « l’usurpateur », ou en votant l’acte additionnel, ou en acceptant des fonctions publiques. Quelques jours plus tard, le 19 janvier, une loi ordonne un deuil général pour le 21 janvier et l’édification d’un monument expiatoire en l’honneur du roi-martyr.


Voir en ligne : Pour se renseigner sur l’exposition « Napoléon images de légendes ».