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Jean Rossignol : un vainqueur de la Bastille

mardi 25 décembre 2018

Nous reprenons le texte publié au édition « Le temps retrouvé, Mercure de France », Paris, 2011. Édition présentée et annotée par Antoine de Baecque.

Jean Rossignol un vainqueur de la Bastille

Jean Antoine Rossignol est né le 7 novembre 1759, d’un père facteur des messageries et d’une mère factrice, qui ont toujours habité aux alentour du port Saint-Paul, à l’ombre de la Bastille. Il est le cadet de cinq enfants. Il apprend le métier d’orfèvre puis à seize ans, il se fait soldat. « Au bout de huit années d’armée, j’ai eu mon congé [1]. » Il revient à Paris au printemps 1789. Le 13 juillet il est au Palais-Royal : « Je vis des orateurs montés sur des tables, qui haranguaient les citoyens et qui réellement disaient des vérités que je commençais à apprécier. Les motions tendaient toutes à détruire le régime de la tyrannie et appelaient aux armes pour chasser toutes les troupes étrangères à Paris [2]. » Le 14 juillet celui-ci participe activement à la prise de la Bastille et devient dès lors : « un des vainqueurs de la Bastilles. »

Le 27 juillet 1793, il est nommé par décret de la Convention, général en chef de l’armée de l’Ouest, Rossignol est au sommet de sa carrière. Il dit dans ses mémoires : « J’avoue franchement que cela me surpris beaucoup, et je dis moi-même à tous ceux qui étaient présents que je ne pouvais accepter ce grade, et qu’il y avait bien d’autres hommes plus éclairés que moi, et que je ne connaissais rien aux affaires de cabinet. Me voilà général en chef. Je ne pouvais concevoir par qui et comment cela m’était venu [3].
Après Thermidor, la Convention le craint : ne pourrait-il pas être le bras armé d’une réaction sans-culotte à la chute de Robespierre ? On le convoque, on l’attaque, on le rend responsable de l’échec de la politique de Terreau. Bourdon de l’Oise l’accuse… La Révellière-Lépeaux lance : « Qu’on aille dans l’Ouest, on verra ces prairies, jadis si fertiles, blanchies maintenant par les ossements des victimes de Bouchot et Rossignol. Cet homme est un mangeur d’enfants" [4]

Rossignol est enfermé pendant 16 mois au château de Ham, en Picardie dans la Somme, de juillet 1794 à octobre 1795.

Le 26 octobre 1795, la Convention nationale, dans sa dernière séance, vote une loi d’amnistie ainsi que l’abolition de la peine de mort.
Il est donc libre. On retrouve le militant sans-culotte, en mai 1796, il propose ses services à Gracchus Babeuf lors de la conjuration des Égaux.
Une fois au pouvoir, Bonaparte le bannit, le considérant, comme un rival potentiel sur sa gauche. déporté aux Seychelles avec 132 compagnons d’infortune néo-jacobins, puis il meurt en avril 1802 sur l’îlot d’Anjouan, au large de Madagascar, victime d’une épidémie. [5]
Le soldat ,pendant sa détention , rédige un mémoire justificatif retranscrit ici.

Mémoire justificatif, écrit en 1795

Au Peuple Français

« Je suis né dans cette classe du peuple pour qui le travail est un besoin. Sans fortune comme sans intrigue, je n’ai reçu de mes parents qu’une éducation très ordinaire, un bon métier et l’exemple de la plus austère probité. dans l’ancien régime, je pouvais tout au plus espérer, après quinze ou vingt années de service, devenir caporal ou sergent. Dans le nouveau, j’ai été général en chef.

Je n’ai pas l’amour-propre de croire que j’eusse les talents militaires des généraux illustres dont l’histoire fiât l’éloge, mais j’ai l’orgueil de dire hautement que j’avais au moins autant de courage et de probité qu’eux, surtout un amour brûlant pour ma patrie, pour l’égalité, la liberté et pour le peuple, première vertu des républicains.

On m’a accusé d’avoir trahi mon pays. peu habitué à répondre aux chicanes des procureurs, je sais dire la vérité, je la dis tout entière. Tant pis pour ceux qui ne peuvent s’habituer à ce langage mâle et ferme ! J’aime mieux assister à dix combats, me mesurer corps à corps avec un ennemi, que de répondre à des calomnies artistement entortillées et auxquelles je ne connais rien, sinon que ce sont de belles phrases, de grands mots, dont se servent d’adroits fripons dans les moments orageux, pour ternir la réputation des gens de bien et souvent les envoyer à l’échafaud.

Je donne donc sans plus de mesures un démenti formel à tous ceux qui ont eu l’impudente audace de me peindre, aux yeux de la France entière, comme un traître. Je répondrai aux faits que quelques-uns d’entre eux ont avancés contre moi, avec toute la franchise et la dureté d’un soldat qu’on attaque dans ce qu’il a de plus cher au monde : l’honneur ! J’opposerai des preuves à des allégations vagues et insignifiantes, des écrits à des paroles ; enfin j’offrirai à mes concitoyens le tableau de ma conduite et de mes actions. C’est un compte que je dois aux républicains dont j’ai eu la confiance, je le rendrai fidèlement.

Je brave ensuite les menaces et les sarcasmes des royalistes, des brigands, des chouans et de tous leurs affidés ; ils ne peuvent m’assassiner qu’au nom de leur roi, de leur Dieu ! moi, je les ai combattus au nom de la République française et de l’humanité.

Un vainqueur de la Bastille, un homme du 10 août, un des fondateurs de la République, a fait d’avance le sacrifice de sa vie… Un républicain doit s’estimer heureux quand il peut se dire à lui-même : j’ai travaillé avec désintéressement au bonheur de ma Patrie, j’ai fait tout ce qui dépendait de moi pour assurer son indépendance et sa liberté… Je puis, comme tant d’autres, être emporté par le torrent de la Révolution, mais un jour la postérité me rendra justice !

Je ne connais point encore mon acte d’accusation, mais je juge qu’il doit principalement reposer sur les dénonciations faites contre moi à la Convention par quelques-uns de ses membres : je vais donc les indiquer et y répondre. »

Vandeplas Bernard, vice-président des Amis de Robespierre.

[1« Vie de Jean Rossignol, vainqueur de la Bastille », ed. Mercure de France, Paris, 2011.

[2Idem, p. 12 présentation d’Antoine de Baecque.

[3Idem, p.21.

[4Idem, p. 25.

[5Idem, p. 27.