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Gauthier Florence : « Adresse au peuple belgique »

Texte de Maximilien Robespierre

jeudi 5 février 2015

Florence GAUTHIER

Adresse au peuple belgique par plusieurs de ses représentants par Maximilien Robespierre

  • 2006
  • Participation aux frais : 6.50€ pour la France 7.00€ pour l’UE 7.50€ pour le reste du monde.
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  • introduction et notes de Florence GAUTHIER
  • Outre le texte originel, la brochure comporte une introduction et des notes de Florence GAUTHIER, une biographie succincte de Robespierre, le récit des élections municipales de janvier-février 1790 à Arras, le calendrier des principaux événements de l’année 1790

Adresse au Peuple Belgique par plusieurs de ses Représentants,

Fin 1789

INTRODUCTION PAR FLORENCE GAUTHIER

Nous publions ici un texte important de Robespierre resté méconnu et non réédité. Publié de façon anonyme, sans lieu ni date, il est cependant authentifié par Robespierre lui-même, dans une lettre au Comité.patriotique de Lille, datée du 12 février 1790 [1]. : « Je prends la liberté, Messieurs, de vous envoyer une brochure intitulée Adresse au Peuple Belgique, que j’ai rédigée et qui a été adoptée par plusieurs députés de cette partie de la France [...] [2]
La date de rédaction de ce texte peut être située de façon assez précise par son contexte de campagne électorale : les élections municipales eurent en effet lieu dans la période de janvier à mars 1790, suivies des élections des assemblées de départements et de districts en mai et juin suivants. Cette campagne électorale futmarquée, dès novembre 1789, par une série d’attaques et de calomnies formulées à rencontre de l’Assemblée nationale et de ses décrets, mais aussi de certains de ses députés. Robespierre mentionne’ cette campagne de calomnies dans ses interventions à l’Assemblée, comme dans sa correspondance, durant l’automne et l’hiver 1789-90. [3]On peut alors raisonnablement dater la rédaction de ce texte en novembre ou décembre 1789, si l’on tient compte de l’objectif de participer à cette campagne électorale.
Nous savons encore peu de choses sur les rapports de Robespierre avec des députés des provinces voisines de l’Artois et de leurs commettants, rapports que la lutte contre les abus des états provinciaux, depuis la convocation des Etats généraux, avait contribué à renforcer. On connaît, par ailleurs, une Lettre de plusieurs membres de l’Assemblée nationale à leurs commettants des provinces de Flandres et du Cambrésis non datée, mais publiée dans Le Moniteur du 10 décembre 1789. Cette lettre était signée par trois députés du Tiers de la gouvernance de Lille, Scheppers, Chombart, Lepoutre et un député du clergé, Nolf, par Merlin député du Tiers de la gouvernance de Douai et des deux députés du Tiers du Cambrésis, Mortier et Delambre. Les rédacteurs faisaient, eux aussi, état d’une campagne de calomnies contre les décrets de l’Assemblée, campagne menée par les partisans des privilèges de ces états provinciaux. Ces députés ont-ils soutenu l’Adresse rédigée par Robespierre ? Nos connaissances sont limitées, à ce jour, aux bons rapports qu’il avait avec Merlin.
Le texte de Robespierre se caractérise en premier lieu par l’usage de cette expression de peuple belgique qui mérite attention, pour désigner cette « partie de la France » qui regroupe, ici, Flandre, Hainaut, Cambrésis et Artois. L’expression permet de désigner cet ensemble par une unité culturelle [4] afin d’éviter de rappeler les institutions provinciales, maintenant périmées, et dont les partisans de leur maintien s’étaient d’abord révélés ennemis de la convocation des Etats généraux, telle que le roi l’avait finalement imposée, puis adversaires de ces élections qui, rappelons-le, organisaient leur suppression. [5]
Le texte de Robespierre partage avec la Lettre l’effort de répondre aux calomniateurs de l’Assemblée constituante en éclairant l’enjeu de leur campagne : qui peut exercer, légitimement, le pouvoir législatif, les états provinciaux ou les représentants élus par le peuple lui-même ?
Cet effort était rendu plus difficile par les décrets de l’Assemblée qui établissaient un système censitaire limitant l’exercice des droits politiques aux possédants. Il fallait alors démêler les mesures révolutionnaires prises par l’Assemblée de celles qui ne l’étaient pas. C’est précisément sur ce point que Robespierre apportait une contribution précieuse en rappelant le critère qui permettrait de s’éclairer : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, dont le principe avait été décidé lors de la Nuit du 4 août 1789 et qui fut adoptée le 26 août suivant. [6]
Robespierre n’offre pas ici une simple apologie de tous les actes de l’Assemblée constituante mais insiste sur l’objet qui intéresse le plus vivement le peuple et ses représentants, la constitution [7] Il offre une des premières expressions développées de ce que sera sa ligne d’analyse sous la Constituante et ensuite proposer une constitution qui soit conforme aux principes de la Déclaration des droits et faire de cette dernière la boussole pour s’orienter dans la compréhension des actes législatifs et de leur légalité. [8]

Florence Gauthier [9]
Maître de Conférences,Paris VII

A suivre


[1p. 65. La cote de ce texte a été signalée par MX. Legay, Robespierre et le pouvoir provincial, Arras, 2002, n. 28, p.14. C’est le texte que nous reproduisons et qui se trouve aux AD Pas-de-Calais, collection Barbier A 810, 34 p, anonyme, si, sd

[2Lettre publiée dans Robespierre, Œuvres, t. 3, 1926, correspondance. ».

[3Voir Robespierre, Œuvres, Paris, (1926) 2000, t. 3, correspondance p. 9 à 13 et t.6, p. 143.

[4,Voir l’entrée Belges ou belgique dans l’Encyclopédie de Diderot.

[5Voir supra Adresse à la nation artésienne

[6Voir Hamel, Histoire de Robespierre, op. cit., L. 1, chap. XXI-XXrn, qui ne mentionne pas le texte de Robespierre, mais précise le contexte de campagne électorale

[7H. Leuwers, « Des nations à la nation », in J.P. Jessenne éd., Robespierre, Villeneuve d’Ascq, 1994, Colloque d’Arras, pp. 73-87 ;

[8M.L. Legay, Robespierre et le pouvoir provincial, op. cit.

[9Les notes indiquées sont toutes de l’éditeur, Florence Gauthier.