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Fred Vargas et Robespierre.

{Temps glaciaires}

dimanche 6 septembre 2015

Chère Fred Vargas,

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Tu pardonneras sans doute ce tutoiement. N’y vois rien de familier.
Entre citoyens égaux en droits, c’est ce que l’on fait, n’est-ce pas ?
Du moins, dans l’entre soi de notre petit milieu, c’est comme cela que l’on se parle.

Peut-être est-ce une manière pour nous de revivre un peu de 93. Une sorte de déguisement, en somme... Enfin, tu vois de quoi je veux parler. Si je prends la plume, c’est que je viens d’achever ton dernier roman. Il m’a beaucoup appris.
Une chose surtout : tu écris, quelque part,qu’il y aurait des associations robespierristes « sérieuses ». Est-ce pure invention littéraire ou alors ta prose se réfère-t-elle ici au réel ?
S’il y a quelque once de vérité, je t’en prie, signale-moi leurs noms et les moyens de les contacter !
Je ne connais malheureusement que la SER [1]. Peut-être est-ce de cette dernière, d’ailleurs,dont tu t’es inspirée ?
Pas entièrement, bien sûr, nos activités étant beaucoup moins abouties que celles que tu décris.
Comme tu le sais sans doute, nous nous réunissons chaque 27 juillet, entre initiés, dans un profond silence, autour d’un vin rouge épais, au goût amer.
Ensuite, l’un de nous prend la parole pour maudire les traîtres trop nombreux, ces êtres corrompus qui ne méritaient rien d’autre que le rasoir national.
Mais ne parlons plus de ça, car je finis toujours par m’emporter. Mon côté strictement légaliste, que veux-tu...
Quelques semaines plus tôt, nous invoquons également l’Être suprême. Inutile de mentionner la tête de veau du 21 janvier, c’est, nous semble-t-il, le moins que nous puissions faire en hommage au Grand Homme.

Nous sentons bien, néanmoins, toute l’insuffisance de ce culte modeste, reflet tronqué de notre amour pour l’Incorruptible. Depuis que nous avons lu ton livre, nous avons décidé de nous habiller en costume d’époque, lors de nos réunions. Tu vois, tu nous as donné à réfléchir ! On avance, lentement certes, mais on avance.

On a même, maintenant, un nouveau projet, un peu fou je crois : organiser des colloques et des journées d’études, peut-être même publier des livres, et pourquoi pas, au risque de paraître déraisonnable, éditer les Œuvres complètes de l’immortel avocat de la cause du peuple.

Inutile de te cacher, j’ai senti transpirer de la passion pour Maximilien dans les lignes de ton livre.

C’est pourquoi j’achèverai cette petite missive en te lançant cette invitation : rejoins-nous, il nous reste, au fond d’une armoire de fer, un déguisement d’Éléonore Duplay [2] qui n’a pas encore trouvé preneur.

Ton égal en droit,
Côme Simien


Voir en ligne : La Gazette de la SER


[1Là notre ami exagère. Il aurait pu ne pas oublier l’ARBR qu’il connaît bien par ailleurs. La lecture notre bulletin et la navigation sur notre site seraient sans doute bien utiles aussi à Mme Vargas.Nous rêvons même de réaliser un docu-fiction relatif à vie de notre concitoyen arrageois célèbre.

[2La sœur de Robespierre, Charlotte écrit à son propos dans ses Mémoires : « Accablé d’affaires et de travaux comme il [Maximilien de Robespierre] l’était, entièrement absorbé par ses fonctions de membre de Comité de salut public, mon frère aîné pouvait-il s’occuper d’amour et de mariage ? Y avait-il place dans son cœur pour de pareilles futilités lorsque son cœur était rempli tout entier de l’amour de la patrie, lorsque tous ses sentiments, toutes ses pensées étaient concentrées dans un seul sentiment, dans une seule pensée, le bonheur du peuple ; lorsque sans cesse assailli d’ennemis personnels, sa vie était un perpétuel combat ? Non, mon frère aîné n’a pas pu s’amuser à faire le Céladon avec Éléonore Duplay. On peut juger s’il était disposé à s’unir à la fille aînée de Mme Duplay par un mot que je l’ai entendu dire à Augustin [le frère cadet de Maximilien] : « Tu devrais épouser Éléonore. - Ma foi, non. » répondit mon jeune frère. » ou, plus clairement, « D’ailleurs, je puis l’attester, il me l’a dit vingt fois, il ne ressentait rien pour Eléonore ; les obsessions, les importunités de sa famille étaient plus propres à l’en dégoûter qu’à la lui faire aimer. »