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Devenir officier et commander un régiment sous la Révolution .

par Adrien Belanger, auteur de "Rossignol, le Général Sans-culotte

jeudi 31 décembre 2020

DEVENIR OFFICIER ET COMMANDER UN RÉGIMENT SOUS LA RÉVOLUTION .

Avant la Révolution française, fallait-il faire partie de la noblesse (d’une des noblesses) pour commander un régiment ?

Historiquement, la réponse est évidemment oui ! Les roturiers n’atteignaient même que très rarement des grades d’officiers inférieurs à celui de « mestre de camp » (cavalerie) ou « colonel » (infanterie). Pour être à la tête d’un régiment, il fallait être noble et pouvoir justifier de ses quartiers de noblesse.

Soldats d’infanterie sous l’ancien régime

Cependant, entre les années 1500 et la Révolution, du fait de leur vaillance et de leur valeur stratégique, certains roturiers ont parfois pris le pas sur les « sangs bleus ». Car, il est bien connu que dans des moments difficiles (conflits, guerres…) être de l’aristocratie ne suffit pas pour être compétent en matière militaire et surtout, être un bon chef [1] !

Les rois successifs avaient donc remarqué l’importance que prenaient certains roturiers dans leurs régiments (surtout d’origine bourgeoise et peu de prolétaires) et, pour satisfaire la noblesse et par prudence sans doute, la limiter. En réformant l’institution militaire et notamment en réservant la formation martiale aux nobles leur accession aux grades les plus élevés est devenue la règle. Ainsi, mis à part les quelques rares exceptions de roturiers haut-gradés déjà en place, le haut commandement d’un régiment est devenu inaccessible aux plébéiens qui voulaient embrasser le métier des armes.

Il en a donc été ainsi jusqu’aux dix dernières années de l’ancien régime. Durant cette période, un seul acte concernant les officiers a été décrété : la « Décision royale du 22 mai 1781 ».

Elle spécifiait bien qu’il fallait que tous les « sujets » qui devaient être proposés à des sous-lieutenances (ou équivalence de grade) dans les régiments royaux d’infanterie française, de cavalerie, de chevau-légers, de dragons et de chasseurs à cheval seraient tenus de présenter les mêmes preuves de noblesse (certificat à l’appui de quatre quartiers de noblesse de père) que pour les « sujets » présentés pour être admis et élevés à l’École royale militaire de Versailles (créée en 1751). Elle fixait une seule exception : les roturiers étant fils et petits-fils des « sujets » capitaines et récipiendaires dans l’Ordre royal et militaire des Chevaliers de Saint-Louis [2]

Il y a eu des rappels (ex : 1784), favorisant toujours la noblesse. Mais, comme toujours, il y a eu des exceptions. Ce sont quelques cas de roturiers bas-officiers (sous-officiers) qui sont tout de même parvenus à s’élever, par le rang, au premier des grades d’officiers. Sur des documents, on les retrouve un peu partout dans l’infanterie française et étrangère, les dragons (cavaliers se déplaçant à cheval mais combattant à pied), la cavalerie (hussards, chasseurs à cheval…), l’artillerie française et coloniale, les troupes de marine et dans la gendarmerie (anciens « gens d’arme » et/ou « Gardes Françaises »...). Certains ont approché, par le rang, le commandement d’un régiment.

Une chose est bien connue : depuis Louis XIV, la caste nobiliaire s’était appauvrie, surtout la noblesse de province. Et avant la Révolution, il lui était toujours interdit de travailler sur ses terres, ni dans l’industrie naissante, ni (de façon directe) dans le commerce, alors que dans le même temps les bourgeois n’avaient fait que de s’enrichir. Ces derniers pouvaient donc acheter pour eux et pour leurs fils des charges d’officiers supérieurs. Sans se ruiner, ils pouvaient s’acheter un poste de commandement mais aussi toute une compagnie, voire un régiment…

Rossignol : Infanterie : Grade Général de division

Une autre chose est tout autant connue : ce sont les plébéiens bourgeois qui ont été les acteurs prépondérants de la Révolution française. Après, ils ont réclamé ce qu’ils voulaient pour eux et, soi-disant, pour le bas peuple et en particulier, l’égalité en matière du métier des armes. Mais les bourgeois ont fait en sorte de nommer directement officiers sous-lieutenants, leurs fils, sans qu’ils passent par le rang alors que les fils des paysans, artisans et ouvriers divers, ont dû toujours passer par les grades des sous-officiers (ou bas-officiers).

Alors, si l’Ancien régime favorisait la noblesse, s’il fallait être, au moins, un hobereau de longue lignée noble pour accéder à un commandement d’un régiment, si c’était anti-populaire, la République n’a pas été égalitaire, ni même correcte envers les citoyens les moins fortunés : les exploités !

Nonobstant, des roturiers déjà hauts sous-officiers de l’Ancien régime tels que porte-drapeau (infanterie), porte-étendard (cavalerie) deviendront assez vite officiers grâce à la République naissante.

Les citoyens miliciens révolutionnaires qui seront amalgamés dans les armées réformées et devenues révolutionnaires deviendront pour beaucoup des officiers subalternes, supérieurs et même généraux. Ainsi, dans les Vainqueurs de la Bastille, l’exemple du plébéien Jean Rossignol. Il fut « élu » par ses pairs, colonel après avoir gravi tous les échelons de sous-officier et d’officier, et il fut même « nommé » par la Convention « Officier général de la 35e Division de gendarmerie et des Vainqueurs de la Bastille ». Son surnom était alors « Général Sans-Culotte » (le premier général roturier). Puis, il fut acclamé par la Convention comme étant « l’enfant chéri de la Révolution » et « fils aîné du Comité du salut public ». Enfin, il a atteint le plus haut grade de l’armée : Officier « Général en chef » car le titre (non un grade) de maréchal venait d’être supprimé par la République (mais remis plus tard en place par l’Empire) [3].

Au-delà du poste de commandement d’un régiment, les officiers généraux ont toujours été nommés par le pouvoir en place.

Joachim Murat, lieutenant au 12e chasseurs en 1792,
Jean-Baptiste Paulin Guérin, 1835.

«  En république n’espérez pas effrayer les représentants du peuple de l’idée que vous êtes entouré d’une force armée car ils sont eux-mêmes environnés de la nation dans laquelle sont confondus ceux que vous appelez vos soldats »

C’était Robespierre qui s’adressait en ces termes au marquis de La Fayette, commandant de la Garde nationale parisienne (et… bourgeoise, car ne faisant pas partie de l’armée, c’était alors une milice armée dont les officiers étaient élus par les ’citoyens électeurs’, ceux qui payaient l’impôt…).

Adrien Bélanger, Domérat le 08/04/2020


[1Il faut noter ici, même si c’est un peu hors sujet, que pour les grades supérieurs à celui de commandant d’un des régiments royaux, le préalable d’avoir été à la tête d’une telle unité n’était pas nécessaire.

[2Ordre créé par un l’Édit royal de Louis XIV du 5 avril 1693 pour récompenser les officiers catholiques les plus valeureux ayant au moins 10 ans de présence au sein des régiments du royaume quelle que soit leur condition de naissance.

[3N.B. : au sein d’un régiment républicain, le plus souvent lors d’un conflit, lorsqu’il se trouvait à manquer un sous-officier, un officier, il était d’usage que le groupe du grade inférieur désigne trois d’entre eux afin que le groupe supérieur choisisse l’un des trois à venir les rejoindre. Et cela jusqu’au grade d’officier colonel, mestre du camp… cette façon de faire n’a guère résisté après Thermidor… et elle a été complètement abolie sous l’Empire.