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Cérémonie funèbre en l’honneur des morts du 10 août 1792.

jeudi 12 avril 2018

On peut lire dans le journal les « Révolutions de Paris » à propos de la Cérémonie funèbre en l’honneur des morts du 10 août 1792 cet article qui en fait le récit :

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Un exemplaire de « révolutions de Paris »

« Le choix de l’emplacement donnait à cette fête un caractère sombre bien propre au recueillement. La pyramide couvrait le grand bassin des Tuileries, en face du château dont chaque croisée, le 10 août (1792) vomissait la mort sur les patriotes et joncha de cadavres tout l’espace environnant. Tandis que de l’autre côté sur le Carrousel, premier théâtre du massacre, le sang des traîtres coulait sur la guillotine ; dans le jardin, on édifiait un monument à la gloire des patriotes de la journée du 10.
La veille de la fête du roi massacreur, on décapita l’un de ces complices ; le lendemain de cette fête, on rendit les derniers honneurs aux citoyens massacrés. Ainsi, au même lieu, et dans la même semaine, Paris s’acquittait de tous ses devoirs à la fois ; il distribuait le châtiment et l’éloge, et satisfaisait en même temps à la justice et à la reconnaissance.
Le cortège partit de la maison commune entre cinq et six heures. Un cordon de soie avait contenu le peuple qui afflua sur la place de ville pour être témoin des apprêts. Un cavalier, au milieu de la troupe, ouvrait la marche, portant une bannière sur laquelle on lisait :

« Aux mânes des citoyens français morts pour la liberté,
La patrie reconnaissante. »

D’autres volontaires aussi à cheval suivaient avec dix bannières commémoratives des principaux massacres dont la cour et ses agents ont souillé la révolution ; on lisait :

« Massacre de Nancy. »
« Massacre de Nîmes. »
« Massacre de Montauban. »
« Massacre d’Avignon »
« Massacre de Carpentras. »
« Massacre du champ de la fédération »

La vue de cette liste horrible de tant de forfaits, dans l’espace de moins de quatre années, navrait l’âme d’abord et portait ensuite à son comble l’indignation contre les chefs et les meneurs subalternes de tant de complots scélérats contre une nation bonne et généreuse qui ne voulait que la liberté, et eût volontiers fait grâce à douze siècles d’esclavage et de misère.
À côté de la Bastille, ombragée de son drapeau, sans oublier ceux pris aux gardes suisses de Louis XVI, était portée une arche, au milieu d’un groupe attendrissant de femmes en robe blanche et ceinture noire.

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On se demandait : « que renferme donc cette arche ! »
« Lisez, disaient les citoyennes qui l’entouraient, elle renferme cette pétition du 17 juillet 1791, qui nous eût épargné la perte d’une année entière pour la liberté, en nous délivrant dès lors, si l’Assemblée constituante y eût fait droit, d’un despote ennemi né des droits de l’homme, et qui fut teinte du plus pur-sang des patriotes, sinistre prélude de ce qui devait arriver treize mois après au château de Tuileries, événement qu’elle aurait prévenu. »
Le peuple sentit tout le mérite de ce rapprochement et en su gré à ses magistrats.
Dans des nuages de parfums qu’on brûlait autour, le sarcophage des citoyens morts au massacre de la Saint-Laurent (le 10 août était le jour de la fête de Saint-Laurent) était traîné lentement par des bœufs à la manière antique, et laissait aux spectateurs le temps de payer un tribut de larmes à la mémoire de leurs frères traîtreusement immolés à la journée du 10 ; mais ce sentiment naturel de tristesse et de regrets faisait bientôt place à un autre plus convenable aujourd’hui, à la vue d’un groupe de fédérés tenant leurs sabres nus entourés de branche de chêne.
Une bannière exprimait leurs intentions dans ces deux lignes qui furent répétées de cœur et de bouche tout au long de la route :
« Pleurez, épouses, mères et sœurs, la perte de victimes immolées par les traîtres : nous jurons, nous, de les venger. »
Une autre bannière, sans contredire celle-ci dessus, tenait un autre langage, convenable aux objets qu’elle annonçait :
« Si les tyrans ont des assassins, le peuple a des lois vengeresses ».
Et tout de suite, paraissait la statue de la loi, armée de son glaive, et suivie des juges de tous les tribunaux.
La municipalité marchait ensuite devant la Liberté, que portaient une foule de gardes nationales, fières de leur fardeau. Puis venait la commission administrative provisoire qui remplace le département, et enfin l’Assemblée nationale, dont le président tenait à la main plusieurs couronnes civiques pour êtres déposés au pied du monument pyramidal des Tuileries. À l’arrivée du cortège par le Pont-Tourant, on alluma les quatre autels qui accompagnaient le tombeau, dont l’élévation et la belle masse cachaient la vue de l’odieux château. Il n’était pas nuit encore quand la tête du cortège entra dans le jardin ; et à neuf heures, à peine il était parvenu tout entier autour du bassin-théâtre de la fête, parce que beaucoup des citoyens des deux sexes voulurent en être, chacun au rang de sa section. Il y avait bon nombre de sans-culottes avec leurs piques ; mais ils étaient de beaucoup surpassés par la multitude des uniformes de tous les bataillons qui s’empressèrent de se montrer à la fête, pour se dédommager apparemment de ne s’être pas montrés le jour même de l’action.
En arrivant, on fit le tour du tombeau pyramidal de granit, et on y posa les bannières et les couronnes, au bruit de la marche des morts, composition grave et sévère de Gossec.
Une tribune aux harangues, dans le style de celle de la tragédie de Gracchus, au théâtre de Richelieu, était placée entre l’amphithéâtre occupé par les députés, administrateurs, juges et magistrats, et l’orchestre rempli d’un grand nombre de virtuoses. Après la marche des morts, Chénier monta à la tribune et y prononça un discours qui fut applaudi, et dont le peuple lui-même vota l’impression. La musique reprit et termina la fête par des morceaux vifs et brillantes, espèce d’apothéoses des illustres victimes dont on célébrait la mémoire. Tout fut terminé à dix heures ; et cette pompe, où presque tout Paris assista, ne fut attristée par aucun accident, ainsi qu’il se pratique depuis quatre ans, c’est-à-dire depuis que le peuple se charge lui-même de sa police… »

Voici donc un exemple des cérémonies révolutionnaires que nous rapporte le journal « Révolutions de Paris ».

Il me faut cependant dire un mot : [1] de cet hebdomadaire. Il parut de juillet 1789 au 10 ventôse an II (28 février 1794), soit 11 volumes, in-8°. Sa devise était :
« Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »
Le journal dut sa célébrité à Louis Marie Prudhomme. L’équipe de rédaction était composée de : S. Maréchal, Fabre d’Eglantine, Chaumette, Sonthomax et surtout d’Elysée Loustalot .

Les numéros des Révolutions de Paris se présentaient sous la forme d’une brochure d’une cinquantaine de pages racontant les événements parisiens.
En 1791, le journal décrivait la monarchie comme « le plus grand fléau qui ait jamais désolé le genre humain ».

Loustalot proposait souvent comme modèle Robespierre, Danton et Pétion. Plus tard, le journal appuya toutes les résolutions avancées de la Montagne. Après l’assassinat de Marat, le journal réclama qu’il soit honoré comme un martyr de la liberté. Le périodique eut un grand succès. « Les Révolutions de Paris » forment un tableau complet et impartial des premiers événements révolutionnaires et l’on y voit « l’opinion générale, à mesure qu’elle se dégageait dans le pays »(E. Hatin).

La santé de Prudhomme ne lui permit pas de continuer son périodique qui s’arrêta, le 28 février 1794.

Bernard Vandeplas Docteur en Histoire contemporaine

Voir en ligne : Vois les numéros de "révolutions de Paris sur Gallica- bnf


[1L’essentiel des renseignements sur le journal est extrait du dictionnaire historique de la Révolution Française, sous la direction d’Albert Soboul.