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23 Janvier 1791 : Le clergé d’Arras va-il prêter serment ?

La Révolution au pays de Robespierre (1)

mardi 10 février 2015

La Révolution au pays de Robespierre

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Arras, dimanche 23 janvier 1791

Effervescence dans les paroisses : les curés prêteront-ils serment ?

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C’est ce jour là qu’à l’issue de la messe, prêtres et vicaires des villes du royaume doivent publiquement jurer : fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. *

Le clergé d’Arras va-t-il jurer ou pas ?

L’enjeu est de taille dans une ville réputée très catholique qui compte plus de huit cents ecclésiastiques, onze églises paroissiales, et autant de chapelles et oratoires, une quinzaine de couvents et abbayes, un évêché et son chapitre de quarante chanoines.

« Moines de toutes espèces, religieuses de toutes couleurs, caricatures processionnelles de toutes saisons, missions de tout genre, s’agitaient, fourmillaient sur le sol le plus fertile. On rencontrait dix frocs avant de rencontrer un homme, quarante surplis avant de trouver un citoyen. On voyageait , ou pour mieux dire on se faisait jour à travers les châsses, les bannières, les reliques, les reposoirs et les carrosses des abbesses… ».

Ainsi parlait un voyageur arrivé à Arras à la veille de la Révolution.

Déjà le jeudi 20 janvier le citoyen Fromentin, maire de la ville et ses officiers municipaux alertent le district par cette lettre qui trahit leur inquiétude :

« Nous venons de recevoir deux lettres des curés de cette ville qui ne sont pas disposés à prêter le serment prescrit par la loi du 27 Novembre dernier aux ecclésiastiques fonctionnaires publics ; ils nous demandent une réponse positive sur la question de savoir s’ils devront continuer leurs fonctions jusqu’à nouvel ordre.

Nous pensons que tous les ecclésiastiques qui sont dans le même cas nous ferons les mêmes questions et nous croyons messieurs qu’il est de notre devoir de nous adresser à vous afin que vous nous mettiez à même de faire à ces questions une réponse prompte et claire ; nous ne dissimulons pas quel danger serait pour la tranquillité publique et quelles funestes conséquences pourrait avoir la désertion des prêtres et la clôture des églises… ».

Sur le champ les dirigeants du district répondent que ceux qui refuseraient de prêter le serment devront cesser leur fonction publique sous peine d’être poursuivis.

Le samedi 22, le maire d’Arras s’inquiète à nouveau : « Une ville de 23000 habitants va être privée de l’administration des sacrements , et de secours spirituels ».

Ses craintes étaient fondées puisque le dimanche venu, pour toutes les paroisses, seuls le curé de St Nicolas des Fossés et son vicaire ont prêté serment.

Le conseil général de la commune se met aussitôt en branle pour assurer le remplacement de ceux qu’on dénommera bientôt les « réfractaires ». Il les trouve parmi les prêtres qui enseignaient dans les écoles et collèges, et qui presque tous acceptent de jurer ; ainsi que quelques autres religieux parmi les Dominicains, Récollets, et Carmes de la ville.

Le lendemain, 24 janvier il peut écrire au district  : « Nous avons pourvu de notre mieux à la continuation du culte et aux fonctions pastorales dans les paroisses. Mais les anciens fonctionnaires inquiètent les « intrus » et les religieux » demandent s’ils jouiront du traitement des curés.

Dans les jours et les semaines qui suivent le district a fort à faire pour régler les innombrables problèmes consécutifs à ces bouleversements.

Il précise les fonctions des religieux chargés de remplacer les curés : publier les bans de mariages, donner la bénédiction nuptiale, baptiser, signer les actes de mariage, baptême et sépulture.

De nombreux conflits naissent quand le curé jureur veut prendre possession du presbytère occupé par le réfractaire généralement soutenu par ses paroissiens.

Il lui faut régler le problème des enfants trouvés jusqu’alors à charge du chapitre d’Arras : ils seront déposés à l’hôpital de l’hôtel Dieu.

Le district assure le paiement du salaire (confortable) des curés qui ont prêté serment : 1 200 livres par an.

Les quelque 500 religieux et religieuses qui vivaient en communauté et qui ont majoritairement décidé de poursuivre leur vie commune ont droit aussi à un traitement.
Les 32 carmes chaussés, par exemple, toucheront par an : 1 000 livres s’ils ont plus de 70 ans, et 700 livres pour les plus jeunes, 300 livres s’ils ne sont que « frères ».

Des mois durant le registre du district va se remplir de délibérations consacrées aux requêtes des particuliers impactés par la nationalisation des biens de l’église. D’innombrables artisans, par exemple, ont à faire valoir les factures impayées de travaux effectués dans les propriétés religieuses ; les particuliers titulaires de pensions payées par les couvents et abbayes en réclament le paiement ; le proviseur de l’Université de Douay demande le versement d’une rente de 336 florins due par la ci-devant abbaye Saint-Vaast suite à un emprunt de 600 000 livres enregistré en 1784.

Christian Lescureux,

L’incorruptible N°87